Chronique politique hebdomadaire du vendredi

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                              Depuis que Vladimir Poutine a pris en mains les destinés du pays, il n’a eu de cesse de redonner sa place à la Russie sur la scène internationale, sans craindre de faire monter les tensions.  Il a rendu à la Russie rang et fierté. Devenu incontournable en Syrie, au Moyen-Orient et dans la lutte anti-terroriste, quel avantage pouvait-il tirer d’une exécution d’un ancien espion russe qui ne représentait, depuis longtemps, aucun danger pour Moscou ?

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a redit le 13 mars dernier que la Russie n’avait rien à voir avec l’empoisonnement de l’ancien agent double. Il a reproché à la Grande-Bretagne de ne pas lui avoir donné accès aux échantillons prélevés à Salisbury.

La première ministre britannique, Theresa May, qui a acquis la conviction de la responsabilité « hautement probable » de Moscou, a exigé de Vladimir Poutine qu’il s’explique sur l’utilisation d’un gaz neurotoxique de qualité militaire d’un type développé en Russie.

Soit Moscou est directement responsable de l’empoisonnement de Serguei Skripal et sa fille Loulia, soit il a permis aux agresseurs de se procurer l’agent neurotoxique utilisé, a déclaré la première ministre.

Elle aura pu ajouter, soit une organisation étatique l’a acheté de responsables russes corrompus, la CIA par exemple.

La guerre de l’ombre que se livrent les agences de renseignements, américaines, russes, anglaises, françaises, israéliennes et autres, est un secret de polichinelle. Les règlements de comptes et les coups fourrés sont légion.

Devant la résilience de l’ours russe malgré les sanctions, le Pentagone poursuit son action de diabolisation du locataire du Kremlin. Rien n’est à écarté, rien n’est impossible.

Aujourd’hui, la tendance à l’apaisement ressentie chez les Européens à l’égard de Moscou, n’est plus de mise. Il faut punir l’ignoble empoisonneur. Les américains ne veulent pas d’une Russie européenne, mais est-ce de l’intérêt des Européens ?

Avec les sanctions, dont on connaît les limites, on est en train de jeter la Russie dans les bras de la Chine.

La République populaire de chine est actuellement l'un des principaux partenaires économiques de la Moscou. La Russie est également impliquée dans la construction de réacteurs nucléaires à Tianwan. En mai 2014, la Chine et la Russie ont signé un accord gazier d'une valeur de 400 milliards d'euros, pour une livraison de gaz sur une période de 30 ans.   

Redoutable attelage pour le monde « libre », car si aujourd’hui, la Russie est une économie de moyenne importance, elle est la seule puissance nucléaire égale aux Etats-Unis : en armement, en ogives et en nouvelles technologies nucléaires militaires.

Parfois, on a l’impression que les Etats-Unis sont revenus au temps du Maccarthysme. ‘Haro sur ce pelé, ce galeux, d’où vient tout le mal’, la CIA, le FBI voient partout la main de la Russie.

Un ancien président français estimait « que si la Russie est menaçante, elle doit être menacée. » Les Occidentaux savent-ils traiter avec Poutine ? Il ne faut pas juger le pouvoir autoritaire du locataire du Kremlin à l’aune des seuls critères des pays occidentaux. La Russie est un pays qui défie les jugements hâtifs.

Poutine fascine ou rebute, mais ne laisse personne indifférent. Il divise, suscite l’admiration ou la haine. Depuis l’implosion de l’URSS, la fédération russe a été traitée de haut par les Occidentaux, aussi le peuple russe lui sait gré de ce retour sur la carte du monde.

Pour certains, toute faiblesse dans une pleine solidarité avec le Royaume-Uni sera considérée comme une victoire du Kremlin. Alors serrer les rangs derrière Londres ; Paris, Berlin et Washington condamne d’une même voix « l’attaque contre la souveraineté britannique ». L’unité est donc parfaite, apparemment. Le porte-parole d’Emmanuel Macron a vite était rappelé à l’ordre, pas de doute sur la culpabilité de Moscou, ‘please’ ! Même Rasmussen, le secrétaire général de l’OTAN, y a été de sa condamnation et de ses fanfaronnades.

Les rumeurs ne manquent pas au sujet des responsabilités possibles : des opposants intérieurs dans le système Poutine qui ont voulu créer une situation de tensions avec l’occident, à la veille de l’élection présidentielle, un avertissement sans frais aux opposants intérieurs par Poutine. Mais quel profit pour Poutine à commanditer une telle opération. Il faut chercher à qui profite le crime, très banale et classique approche.

Un diplomate occidental a considéré que les relations avec Moscou sont exceptionnellement fraiches. Le monde, hormis les Etats-Unis, a-t-il intérêt à une guerre froide ? Assurément non, Moscou est le lien, le pont, entre cette Asie triomphante et l’Europe. En ignorant la Russie, en lui tournant le dos, les européens se coupent de l’Asie ; en clair, ils risquent de rester à l’écart du grand basculement géopolitique du XXIe siècle.