Gabriel Banon, Politiquement Incorrect.

03 novembre 2019

CATALOGNE : LE DESSOUS DES CARTES

Ayant été en déplacement en Europe toute la semaine, rentré hier soir tard dans la nuit, je vous donne aujourd'hui seulement ma chronique politique hebdomadaire du vendredi

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        Pour les inconditionnels de la démocratie, les peuples ont le droit inaliénable de disposer d’eux-mêmes. Aussi, si le peuple catalan, pour autant qu’il soit un peuple distinct de celui de l’Espagne, veut son indépendance, il a toute la sympathie du monde démocratique. Encore faut-il s’assurer que ce peuple, dans sa majorité, veut cette indépendance brandie par les indépendantistes catalans.

  Qu’en est-il vraiment ? Le monde n’est-il pas manipulé par une poignée d’aventuristes qui voient un avenir radieux, pour la Catalogne et ou pour eux ?

 Toutes les études les plus objectives montrent l’inanité d’une telle aventure qui risque d’aboutir à la ruine économique de cette province espagnole.

  En réalité, intimidations, pressions sur les fonctionnaires et les policiers, embrigadement des enfants dans les écoles, les indépendantistes catalans ont cherché à imposer la sécession à une population qui, dans sa majorité, n’en voulait pas.

  Régulièrement, les indépendantistes catalans expliquent que l’Espagne n’a de démocratie que le nom. Ils ignorent délibérément tous les classements internationaux qui, année après année, placent l’Espagne parmi les démocraties les plus abouties au monde. 

  En septembre 2017, en prévision du référendum illégal du 1eroctobre, sans attendre le résultat dudit référendum, le Parlement régionale été amené à s’exprimer sur une loi « fondamentale » provisoire pour la future République catalane indépendante.

   De nombreux citoyens catalans auraient pâti de l’application de cette loi. Leurs droits fondamentaux auraient été réduits à néant : les fonctionnaires menacés de mesures de rétorsion s’ils n’obéissaient pas à des ordres manifestement anticonstitutionnels, la justice subordonnée au bon vouloir de l’exécutif, en contradiction au principe démocratique de la séparation des pouvoirs. La République catalane voulue par les indépendantistes, refusera la citoyenneté aux anciens fonctionnaires de l’État  ainsi qu’à ceux qui avaient fait carrière dans l’armée ou la police. En clair, ces citoyens deviendraient des étrangers dans leur propre pays. Les partis qui militeraient au retour dans le giron espagnol seront interdits.

  Ce que les indépendantistes préparaient est, en fait, une république indépendante peu démocratique.

   En outre, ils agissent à contre-courant de l’histoire moderne du monde qui construit de plus en plus des grands ensembles et non  un retour au morcellement  archaïque du moyen-âge.

Il existe aujourd’hui deux tendances dont les flux apparemment sont opposés : la constitution de grands ensembles politico-économiques intégrant en son sein des nations, et une revendication régionale qui permet de confirmer une identité par trop diluée dans la tendance agrégative ci dessus. 

 En réalité les catalans cherchent,  tout comme d’autres, bretons, basques, irlandais, écossais, corse, à retrouver une identité mythique structurant leur univers. Cette identité n’existe pas plus qu’une quelconque autre identité nationale, car toutes ces identités ont été forgées pour donner de la cohérence aux populations regroupées sur un  même territoire placé sous une autorité politique unique. C’est ainsi que c’est forgé la France, tout comme l’Allemagne, l’Espagne et la plupart des Nations.

 

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25 octobre 2019

TURQUIE, RUSSIE : FAUX ALLIÉS ET VRAIS ENNEMIS

Voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi

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  Pour comprendre ce qui se passe dans cette région du Moyen-Orient, il nous faut remonter à l’Empire ottoman et celui de la Sainte Russie,  le premier musulman, le second chrétien. 

Erdogan, le président turc, comme Poutine, le Tsar de toutes les Russies, rêvent de leur splendeur passée. Le problème est que la géographie n’a pas changé et pousse à l’affrontement ces deux puissances, malgré quelques accords tactiques.

 La poussée des Russes vers le Sud est une histoire millénaire. Ils viennent du froid, et cherchent depuis toujours un débouché sur les mers chaudes. Mais pour y arriver il a d’abord fallu qu’ils se débarrassent de la tutelle des Mongols, culturellement cousins des Turcs, puis qu’ils bousculent des populations tatares, encore une variante des Turcs, pour atteindre la mer Noire.

Mais la mer Noire est pratiquement une mer fermée. Pour atteindre la Méditerranée il faut passer par le Bosphore. Or c’est le cœur de l’empire ottoman et aujourd’hui celui de la Turquie. 

Chassés des bords de la mer Noire par l’effondrement de l’URSS, les Russes de Poutine s’y réinstallent en enlevant l’Abkazie à la Géorgie en 2008 et en annexant la Crimée en 2014. Le Donbass ukrainien quasi annexé par l’armée russe, n’est pas loin.

 Poutine va contourner la Turquie par le Sud, en implantant une base puissante en Méditerranée, en Syrie, justement.     Aujourd’hui il est l’homme fort de ce pays par-dessus Bachar El Assad. 

 Le rêve ottoman d’Erdogan est contrecarré ainsi, par la stratégie géopolitique de Poutine. Pour lui, comme pour beaucoup de Turcs, le drame a été la disparition de l’Empire lors de la première guerre mondiale. Dans un premier temps, ce fut même celle de l’actuelle Turquie qui était en jeu, car il a fallu laisser de la place non seulement aux Arabes, mais aussi aux Arméniens, aux Grecs et aux Kurdes.

  La stratégie de Mustafa Kemal à lépoque a été de prendre aux Occidentaux ce qui fait leur puissance, constitution, laïcité, droits des femmes ; et alla plus loin en abandonnant l’alphabet arabe et ce pour consolider la laïcité. Aujourd’hui, on idéalise l’européanisation de la Turquie par Atatürk en oubliant que pour sauver son territoire, il a physiquement éliminé les Arméniens et les Grecs d’Anatolie, et ses successeurs ceux de Constantinople, de la côte de la mer Noire et du Nord de Chypre en 1974.

 Quand aux Kurdes, Mustafa Kemal  sabotera la création de leur État prévu par les Français et les Anglais.

La déportation, le massacre ou la soumission des Arméniens, Grecs et Kurdes ont été volontairement oubliés par les Occidentaux la Turquie étant une alliée face à l’URSS, avait bien sûr adhéré à l’OTAN pour être protégée de son éternel adversaire russe.

  Sous le régime kémaliste, ont perduré les cercles religieux ou islamistes représentant une petite majorité de la population. Cette majorité prendra le pouvoir avec l’instauration de la démocratie sous la pression de l’Union européenne qui a donc œuvré ainsi à l’apparition d’une république islamiste.

  L’Europe a étalé sa faiblesse ou son indifférence en ne pouvant empêcher la déportation et le massacre des Arméniens, puis ceux des Grecs et en renonçant à l’État kurde promis. 

Cela découle notamment de la pression américaine favorisant la Turquie, « qui a la plus grande armée de l’OTAN ».

Le soulèvement du peuple syrien contre la dictature de Bachar al Assad, a été pollué par larrivée des islamistes soutenus financièrement et en armement, par les Turcs et les Saoudiens, ce qui a permis à Bachar al-Assad de se proclamer « bouclier anti-islamiste ».

Bachar al-Assad était pratiquement vaincu lorsque sont arrivées les troupes et surtout l’aviation russes à partir de leur base méditerranéenne située dans la région alaouite.

Les alaouites pratiquant une variante du chiisme étaient soutenus par l’Iran, directement ou via le Hezbollah libanais, chiite lui aussi.

L’objectif de l’Iran est connu, réaliser « l’arc chiite » (Irak, Syrie et Liban) lui donnant accès à la Méditerranée.     Les Kurdes d’Irak et de Syrie gênent le milieu de cet « arc »

La politique des divers gouvernements d’Ankara vis-à-vis des Kurdes de Turquie a plusieurs fois changé. Elle leur est maintenant hostile depuis plusieurs années, du fait de l’alliance du principal parti turc, l’AKP du président Erdogan,  avec le parti ultranationaliste MHP. La répression tournera à la guerre civile vers  2010. 

On comprend donc que le président Erdogan craigne, ou fasse semblant de craindre, d’avoir une entité autonome kurde de Syrie à sa frontière sud.

Erdogan proclame vouloir déporter les refugiés syriens qui sont en Turquie, de plus en plus mal tolérés par la population turque, pour les installer au nord de la Rojava dont on aura expulsé les Kurdes. 

En effet l’inquiétude électorale du président Erdogan est grande depuis l’élection municipale qui lui a fait perdre la métropole, Istanbul dont une partie de la population est kurde, et la capitale, Ankara. Il a perdu son principal atout, la réussite économique, alors que son autoritarisme et son islamisme vont croissant.

Donald Trump ayant décidé de rapatrier les soldats américains, pour des raisons électorales lui aussi (c’était sa promesse de campagne), vient de trahir les Kurdes qui se sont faits tuer en luttant contre État islamique. Ce retrait a donné le feu vert de fait à l’offensive turque contre la Rojava. Et va probablement permettre à l’État islamique de sortir de la clandestinité et de reprendre ses opérations, les Kurdes étant occupés ailleurs et n’ayant plus l’appui des forces spéciales américaines et françaises.

La Rojava étant un territoire syrien, l’armée nationale est venue au secours des Kurdes, ce qui n’a été possible qu’avec l’aval de la Russie. Revoilà nos deux alliés/ennemis face à face.

Erdogan a perdu la première manche de sa recherche impériale en échouant à éliminer Bachar el Assad pour le remplacer par un féal sunnite, proche comme lui des Frères musulmans.

Les résultats de la deuxième manche se limitent pour l’instant à l’occupation de quelques kilomètres carrés de territoire syrien qu’il lui faudra probablement quitter un jour ou l’autre.

Erdogan, en fait, essuie un échec brulant pour son rêve impérial de la Turquie La réussite de Poutine est par contre éclatante : la démission américaine lui a permis de retrouver le rôle international qu’avait l’URSS dans la région.

La géographie étant aussi têtue que les faits, Moscou ne viendra jamais fondamentalement au secours d’Ankara et imposera sa stratégie en Syrie au président turc Erd

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18 octobre 2019

LES FRONTIÈRES, UN TABOU EN AFRIQUE

Vendredi, voici ma chronique politique hebdomadaire

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 Il y aura le rêve africain, comme il y a eu le rêve américain et aujourd’hui, le rêve chinois. L’Afrique, tous les économistes sont d’accords pour la classer « continent d’avenir ». Mais pour cela, il faut que les Africains résolvent certains problèmes fondamentaux qui freinent le développement des États africains.

 L’Afrique a plusieurs tabous, dont celui des frontières. Il est malséant d’en parler, comme de parler d’une corde dans la maison d’un pendu. Et pourtant, le Larousse insiste sur les frontières comme un des éléments qui déterminent un pays, une Nationun État souverain est vu comme délimité par des frontières territoriales établies, à l'intérieur desquelles ses lois s’appliquent à une population permanente.

 Certains pays en Afrique n’ont vu le jour qu’à la fin des colonisations européennes. Le découpage artificiel des pays, des frontières fixées arbitrairement, souvent à la règle, ont fait fi du respect dû aux peuples, aux ethnies, à l’Histoire. Si sage qu’a été la décision de l’OUA sur l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation et entérinées par l’ONU, il n’en demeure pas moins vrai que certains peuples  continuent  à en souffrir.  La mémoire collective est là pour le rappeler aux gouvernants successifs. Les frontières artificielles auront été un cadeau empoisonné qui a contribué au retard pris dans le développement de l’Afrique.

 Ce développement passe par la mise en cause tôt ou tard, de ces frontières léguées par la colonisation.Au moment des indépendances africaines, il a été décidé de ne pas remettre en cause les frontières. Cinquante cinq ans après, que peut-on dire de l’intangibilité des frontières africaines ? Ces frontières ont dans bien des cas, fait fi des réalités ethniques, linguistiques, religieuses et politiques des peuples africains.

 La négligence et la volonté d’ignorer ce substrat géographique et les divisions socio-politiques traditionnelles engendrèrent une série de difficultés que les commissaires d’abornement furent les premiers à relever. Ils tenaient compte parfois des limites naturelles infranchissables, mais ont également tracé des lignes droites sur l’inconnu et les ont appelé frontières. Lord Salisbury, lui-même un des grands « partageurs du gâteau » africain déclarait alors : « Nous avons entrepris de tracer sur les cartes des régions où l’homme blanc n’avait jamais mis le pied. Nous nous sommes distribués des montagnes, des rivières et des lacs, à peine gênés par cette petite difficulté que nous ne savions jamais exactement où se trouvaient ces montagnes, ces rivières, ou ces lacs »

 Les frontières ainsi tracées ont divisé des groupes consanguins et provoqué, après l’indépendance, des guerres inutiles et des génocides, les équilibres ethniques étant rompus.

  Pour dénoncer ce partage préjudiciable à la viabilité durable des Etats, les dirigeants africains, favorables à la remise en cause des frontières, réunis au sein du « Groupe de Casablanca » voulaient une refonte des frontières africaines en 1963.

D’autres dirigeants, à l’inverse, souhaitaient le maintien du tracé hérité de la colonisation. Pour ce second groupe de dirigeants, appelé « Groupe de Monrovia », le statu quo territorial avait comme objectif la stabilité des frontières coloniales, permettant de sécuriser les confins des Etats africains nouvellement indépendants. 

  C’est dans ce contexte de forte controverse au sujet des frontières des Etats africains, que la Conférence des Chefs d’Etats et de Gouvernements de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) réunie au Caire, opta en faveur du « principe de l’intangibilité » des frontières en Afrique, le 21 juillet 1964. L’enjeu étant d’empêcher les conflits dus aux remises en cause de frontières et de stabiliser les édifices étatiques hérités de la colonisation.

  55 ans après l’intangibilité des frontières africaines, quel bilan peut-on établir ? Les problèmes de frontières en Afrique, constituent toujours une source persistante de conflits.  Comment parvenir à les surmonter ?  On peut envisager la constitution d’ensembles économiques, allant éventuellement jusqu’à la création d’États fédérés.

  Cette poussée vers l’unité africaine qui est déjà une base politique du continent africain, est la meilleure réponse que l’Afrique peut donner aux séquelles de l’ancien colonialisme. C’est la seule réponse au risque de retomber dans un système néocolonialiste, un système de domination extérieure, directe ou cachée. Les candidats ne manquent pas : la France qui considère une partie de l’Afrique comme son pré-carré, les Etats-Unis, la Chine qui développe actuellement une véritable mainmise sur les richesses de l’Afrique.

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13 octobre 2019

QUE CHERCHE ERDOGAN ?

Avec retard et excuses, voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi.

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      Officiellement l'intervention militaire turque dans l'enclave kurde de Syrie, est justifiée par la volonté d'y installer des réfugiés syriens. Bien peu pourtant souhaitent s'y rendre.

 C'est au nom des 3,6 millions de Syriens refugiés en Turquie, tout du moins en partie, que le président turc Recep Tayyip Erdogan a lancé le 9 octobre dernier, son intervention militaire dans le nord est de la Syrie. 

  La crise économique et les difficultés politiques du parti au pouvoir, l'AKP du président Recep Tayyip Erdogan, qui a perdu les villes d'Istanbul et d'Ankara au printemps,  n’est pas étrangère à cette aventure militaire.  Les refugiés syriens, ne sont plus les "invités" des premiers jours. 

En début de semaine, il a reçu le feu vert du président américain, malgré les hurlements des Démocrates et d’une grande partie des Républicains. L’opinion américaine ne comprend pas que Washington puisse abandonner leurs alliés, les Kurdes, dans la lutte contre l’hydre islamique, prétendument État islamique en Syrie.

L'objectif réel est d'occuper une bande frontalière dans cette région syrienne passée sous contrôle kurde à la faveur de la guerre contre l’EI.

 Ankara veut y reloger des centaines de milliers de réfugiés syriens. En vérité  Erdogan veut empêcher l'installation durable d'entités autonomes kurdes sous le contrôle des Forces démocratiques syriennes (FDS), armées et entraînées par les Etats-Unis pour combattre l'EI.  Ankara redoute que l'établissement d'un "Etat kurde" dans le pays voisin ne galvanise les velléités séparatistes des Kurdes sur son propre sol. 

Pour neutraliser les velléités de l’Union européenne, Erdogan n’hésite pas à recourir, au chantage : vous me laisser faire, ou j’ouvre les portes qui permettront à des millions de migrants de déferler sur l’Europe. Il n’hésite pas, ainsi, à violer l’accord conclu avec l'UE prévoyant qu'Ankara stoppe la traversée de migrants vers la mer Egée en échange d'une aide de 6 milliards d'euros. 

 

Avantage supplémentaire aux yeux du dirigeant turc, l'installation de réfugiés en grande majorité arabes sunnites permettrait de diluer la population kurde du secteur. Une pratique récurrente dans la région.

Les réfugiés installés en Turquie ont longtemps bénéficié d'un statut favorable en comparaison à celui des autres pays de la région. Officiellement "invités" par le président turc, qui soutenait le soulèvement contre le président syrien, ils ont bénéficié d'une "carte de protection temporaire"(Kimlik). 

Depuis que la spectaculaire croissance des quinze dernières années a cédé la place à la stagnation actuelle, plusieurs formations politiques turques font de la surenchère anti-réfugié. "L'opposition, d'abord, rejointe ensuite par l'AKP, quand celui-ci s'est allié aux ultranationalistes du MHP, en 2018. Le discours anti-syrien s'est propagé à tout le pays.

  Il est certain que cette opération militaire turque ne risque pas d’embraser la région. Trump a déjà fait savoir qu’il n’interviendra pas en faveur des Kurdes qui « ne sont pas venus aider les soldats américains en Normandie !!! ». La Russie, si elle n’est pas un allié d’Erdogan en Syrie, et cependant un compère dans l’opération. Elle n’a aucun intérêt à contrarier les plans locaux du Président turque.

  L’Union européenne est vouée à la neutralité sur place, à part des discours de commisération à l’égard des Kurdes.

  La grande perdante c’est la Morale. Mais la Morale n’a jamais était une menace pour aucun gouvernement au Monde, à fortiori à un dictateur comme Erdogan.  

 

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04 octobre 2019

DE L’ÉCONOMIE ÉCOLOGIQUE

Nous sommes vendredi, le jour de ma chronique politique hebdomadaire 

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      Le secrétaire générale des Nations Unis, Antonio Guterres, a offert la tribune de l’ONU à la jeune suédoise, Greta Thunberg, haut-parleur de ses parents, des militants écologiques inaudibles. Elle a accusé la terre entière de lui avoir volé son enfance, diantre, elle a raison, sa place est en classe, à l’école. Ses parents devraient être poursuivis pour exploitation éhontée de la naïveté de leur fille.

Les écologistes adorent pronostiquer le pire. En 1974, René Dumont, premier candidat vert à une présidentielle française, affirmait qu’on allait manquer d’eau très bientôt. Pour les années 1980, on allait avoir une hécatombe planétaire de cancers de la peau, dues au trou de la couche d’ozone (qui s’est naturellement rebouchée depuis). En 1989, le bureau de l’environnement des Nations Unis annonçait la disparition des Maldives, les Seychelles et les Pays-Bas, engloutis par les flots, pour l’an 2000. L’urgence climatique est réelle, mais ne transformons pas l’écologie en une nouvelle religion millénariste.

Mais que sait-on de l’économie écologique ? Elle en est à ses débuts, et développe nombre de théories que d’aucun considèrent utopiques.  En fait, elle est peu connue des économistes, peu d’entre eux se sont penché sur ce domaine. Pour certains observateurs écologistes, nous entrons dans une crise écologique et sociale sans précédent historique, pouvant aller jusqu’à un « effondrement » humain mondial. Rien que cela ! Ils jugent que si la prise de conscience tarde, c’est parce que les manifestations de cette crise restent limitées, surtout pour les catégories dominantes et dans les pays riches. 

 Pour eux, les solutions existent, mais  heurtent de front les intérêts privés à court terme. La logique de la mondialisation financière, et l’avidité consumériste, ne militent pas pour une prise de conscience universelle des problèmes écologiques.

Plusieurs écologistes, et pas des moindres, ont fait fortune sur ce thème. Le plus connu d’entre eux est l’icône française auto-proclamée, Nicolas Hulot.

 L’économie écologiste se veut être une branche de l’Économie en interface avec l’écologie. Ses hérauts affirment que la nature n’est pas soluble dans le marché, un peu absconde comme déclaration.

La sphère écologique serait intégrée dans un système plus grand, la biosphère, dont elle dépend. C’est sur ce socle commun que se construit, actuellement, un champ de recherche au croisement des sciences de la vie et des sciences sociales.

Il va être intéressant de voir si ces recherches vont pouvoir guider l’action des opérateurs économiques, publics et privés.

Assurer un développement durable, le rêve de tout acteur économique, pour cela, il faudra pouvoir concilier progrès économique, justice sociale et préservation de l’environnement. Pour nombre d’économistes, c’est la quadrature du cercle.

 L’économie écologiste a un caractère résolument holistique et transdisciplinaire, mais il faut qu’elle surmonte les barrières existantes entre les disciplines scientifiques.

In fine, son but, apparemment utopique, est de parvenir à isoler stabilité économique et croissance, tout en restant à l’intérieur de l’échelle écologique.

 L’économie écologiste fait appel à différents « capitaux », naturel, social, culturel et humain, avec lesquelles elle entend atteindre ses objectifs : un cadre durable assurant une distribution juste des ressources et une allocation efficace de ces ressources.

  Pour cela, il faudra faire appel aux financiers pour assurer les investissements nécessaires dans les technologies nouvelles et les besoins d’amélioration des écosystèmes. D’autres investissements importants ne pourront pas être assurés seulement par le discours écologiste : l’éducation, les infrastructures publiques, l’efficacité énergétique. Les écolos, qui ont réponse à tout, déclarent, on fera appel aux fonds privés ! !

Leur objectif est de répondre aux besoins des générations actuelles sans compromettre la capacité des générations futures. Comment ? La question est sans réponse pour le moment.

Mais les réalités économiques amènent les dirigeants politiques à prioriser le présent devant la hantise de cette récession qui, aujourd’hui, pointe son nez.

Oui, une économie écologiste est en train de se mettre en place. Cette écologie est en fait avalée et digérée par le capitalisme qui s’ouvre ainsi d’autres secteurs de profitabilité. 

 L’Économie n’est ni de droite ni de gauche, elle a ses propres lois et fait fi des régimes politiques dans lesquels elle s’exprime. L’écologie, le Bio ne sont que des nouveaux  marchés comme les autres et obéissent eux aussi à ses règles et contraintes.

 

 

 

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30 septembre 2019

L’ADIEU À CHIRAC

                                

   La mort sublime toujours l’homme politique qui vient de mourir.  Pour peu qu’il soit populaire, il devient une icône que le peuple est prêt de pleurer.

  C’est ainsi, que devant le monde dubitatif, la France a rendu un vibrant hommage à son ancien Président de la République.

Il était parmi les personnalités les plus appréciées des français, une catégorie qu’il n’a jamais intégrée au cours de sa très longue carrière politique. 

  Force de la nature, animé d’une ambition à laquelle il ne refuse rien, il fait ses débuts en politique sous Georges Pompidou qui le nomme secrétaire d’État à l’emploi à 34 ans, un certain 5 avril 1967. Il ne quittera plus les ors de la République qu’à son retrait de la vie politique et publique en 2011.

 Il y a plusieurs Jacques Chirac, l’homme qui aime les français et ne recule devant aucun geste qui le rapproche du peuple, et l’homme politique, ambitieux, intraitable avec tout ce qui pouvait entraver sa marche vers l’Elysée. Le peuple français, il l’a toujours compris jusqu’à son divorce avec son opinion publique. Ce fut à la fin de son premier septennat, le deuxième, par respect à la vérité historique, lui ayant été offert par Le Pen candidat du Front National, arrivé deuxième, à quelques voix de Chirac. Le candidat qui a plafonné à 20% à ses   quatre premiers tours d’une présidentielle, va être celui qui bat le record sans doute jamais égalé de 25,54 millions de voix recueillies sur son nom en 2002.

 Il incarnait non pas la France, mais le peuple de France, buveur de bières et amateur de choucroute. Nul doute que c’est le Président qui a le plus aimé les français qui le lui rendront bien, surtout après son retrait de la vie publique. Sa longévité politique lui avait fait intégré le cercle familiale de la France profonde.

  Bulldozer, comme le surnommait Georges Pompidou, homme toujours au grand cœur mais parfois sans scrupules, il a été un tueur sans état d’âme, de tous ceux qui pouvaient lui porter ombrage. On lui doit, en partie, le désert d’hommes d’envergure chez la droite française. La liste serait trop longue, si on devait nommer toutes ces victimes.

 Sur la scène mondiale, Jacques Chirac restera célèbre pour avoir défié les Américains sur l’Irak, une véritable star de la rue arabe pour avoir dit non à Bush.

 Sur son petit nuage à l’Élysée, il y résidera douze années où tant de réformes auraient pu être menées ou initiées. Pas de vagues aurait été sa formule préférée. Où est passé le Bulldozer de Pompidou ? Il semble que la résidence présidentielle était le terminus de ses ambitions.

 Homme charmant, ouvert et accessible, il forçait l’amitié. Les français et une grande majorité de ceux qu’on appelle l’Élite l’ont aimé avec ses défauts et ses qualités.

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27 septembre 2019

LE DÉCLIN DE LA FRANCE, UN TABOU ?

Les événements en France, hormis le décés du président Jacques Chirac, m'ont amené à écrire cette chronique avec quelque véhémence/

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Dominique de Villepin, alors premier ministre de la France, considérait que « les déclinistes disent n’importe quoi » Depuis, force est de constater que les Français s’enlisent dans le pessimisme et ne cachent pas leurs inquiétudes. Le journal Le Monde du mardi 17 septembre, au vu du sondage Ipsos-Sopra Sterla, à propos de l’enquête annuelle « Fractures françaises », note que « le déclinisme repart à la hausse. » 73% des français pensent que la France est en déclin.

  La lutte contre les discriminations et les enragés des « droits de l’Homme » récoltent là les fruits de leur bataille contre la famille. Les normes naturelles jusqu’alors, sont battues en brèche par des « élites » dont l’arrogance de détenir la vérité, n’a d’égale que leur incurie à prendre en mains les véritables problèmes du peuple de France.

  Madame Nicole Belloubet, garde des Sceaux déclare : « Nous créons un mode de filiation qui est totalement déconnecté de la vraisemblance biologique », mieux, le député LREM, Jean-Louis Touraine, rapporteur de la loi de bioéthique enfonce le clou ; « Il n’y a pas de droit de l’enfant d’avoir un père. » Nicole Belloubet qui devrait dire la Loi en sa qualité de ministre de la Justice déclare : «  l’accouchement ne fait pas filiation, » Mesdames les mamans, vous n’êtes plus la maman de vos enfants, il semble qu’il vous faut vous conformer à la nouvelle loi et faire les démarches qui s’imposent pour faire reconnaître votre qualité de maman. Dans cette nouvelle société que nous concoctent tous ces apprentis-sorciers, il n’y a plus de père, de mère, non, il y a deux mamans pour un enfant sans père. Tout cela au non de la lutte contre les discriminations et répondre aux désirs d’une minorité.

 Je suggère à Madame la garde des Sceaux de citer au tribunal Dame Nature pour discriminations notoires. Elle crée des hommes et des femmes,  des blancs, des jaunes et des noirs, des beaux et des laids, des grands, des petits, des intelligents et des abrutis, des pères et des mères, et cela journellement.

  À force d’attaquer la cellule maîtresse de nos sociétés, à savoir la famille, on a semé le doute et l’inquiétude. On a obtenu le rejet des élites et l’absence de confiance en nos hommes politiques.

 Tout cela se fait au nom du progrès, de l’égalité, de la lutte contre les discriminations. Cette loi va cacher aux enfants l’existence du père biologique. Tout un chacun connaît la souffrance des enfants qui ont été privé de leur père. Cette loi va imposer la discrimination aux enfants privés de parents naturels.

  Le silence des responsables politiques est assourdissant. La macronie donne le spectacle d’une caste sans doctrine, préoccupée seulement par sa survie.

 L’homme d’État français, Henry Queuille disait : « la politique ne consiste pas à faire taire les problèmes mais à faire taire ceux qui les posent ». Il semble qu’il a fait des émules.

 Le déclin de la France est-il un sujet tabou ? Est-il politiquement incorrect d’aborder le sujet ? 

 

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20 septembre 2019

PLAIDOYER POUR UN CAPITALISME HUMANISTE

Voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi:

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  Certains ministres français, à commencer par Bruno Le Maire, chargé de léconomie de la France, développent les vieilles thèses anti-profit des années soixante. On pouvait croire que la gauche et les autres étaient vaccinés contre les faux-procès du capitalisme et du profit.

Dans une interview accordée au magazine Le Point le 24 juillet dernier, Bruno Le Maire affirmait : que « le capitalisme que nous avons connu au XXe siècle est dans une impasse ». Selon lui, « le capitalisme ne peut plus se donner comme seul objectif de générer du profit. Il doit avoir un sens politique et social. Il a conduit à la destruction des ressources naturelles, à la croissance des inégalités et à la montée des régimes autoritaires. Entre le capitalisme financier américain et le capitalisme d’État chinois, nous devons définir un capitalisme européen durable et responsable ».

 Si on veut éviter la récession qui sannonce, il faut baisser les impôts, les taxes et alléger les réglementations ainsi que le train de vie de lÉtat.  La cible ne peut pas être le capitalisme mondial !

 Cest la politique consumériste « du toujours plus » qui a et continue à détruire les ressources de la planète. Ce nest pas le fonctionnement du régime capitaliste qui crée les inégalités, mais ce que lon fait des richesses quil produit. Les entreprises doivent faire du profit, cest aux politiques de décider ce quil faut en faire.

  Les temps où il était de bon ton pour les pseudo-marxistes de s’en prendre au profit, sont révolus. Marx faisait le lien entre la lutte des classes et le profit, considérant que celui-ci est un instrument d’exploitation dans les mains de la bourgeoisie. Or, l’histoire du capitalisme a montré exactement le contraire : le profit capitalistique a créé les richesses qui ont sorti les masses de la pauvreté. À aucune autre période de l’humanité, nous n’avons été aussi riches et aussi bien portants. Et cela grâce au profits générés par le capitalisme. Le problème nest pas le capitalisme, mais la redistribution du profit dans certaines économies de la planète. Oui, il faut humaniser non pas le profit, non pas le système capitaliste, mais la finance internationale avec son économie virtuelle. 

 Oui, les inégalités subsistent, principalement dans des autocraties comme la Russie et la Chine, ou dans des pays encore en développement comme l’Inde. Mais globalement, dans le monde, au vu du rapport. de la Banque mondiale, elles se réduisent, tout comme la pauvreté : « les inégalités dans le monde sont en recul constant depuis 1990 et, bien souvent, les inégalités au sein de la population d’un même pays refluent depuis 2008 ». Toujours selon la Banque mondiale, désormais 800 millions de personnes ne disposent que de moins de 1,90 dollar par jour pour vivre, contre 1,95 milliard en 1990, alors même que la population de la planète a augmenté de 50% sur la même période. 

 Dire que le capitalisme a conduit à la destruction des ressources naturelle, est une ineptie. Cest la surconsommation, le laisser-aller et la gabegie de nos sociétés. Grâce à l’innovation, de nouvelles ressources sont découvertes et de nouveaux moyens pour les extraire sont utilisés. En fait, les ressources naturelles n’ont jamais été aussi abondantes, à commencer par le pétrole. 

 Par ailleurs, contrairement à ce que soutient monsieur Le Maire, les régimes autoritaires ne sont pas plus nombreux aujourd’hui. En 1989, moins de 50 % de la population mondiale vivait dans des pays démocratiques contre deux tiers maintenant. (sources ONU).

La crise que nous vivons n’est pas celle du capitalisme mais celle de l’étato-capitalisme. Ce dont on souffre, ce n’est pas de trop de marché, mais de pas assez de marché. Tel est le message que répand une génération d’économistes contestataires. 

 La pensée libérale est en train de renaître, d’évoluer d’une manière scientifique. Cette approche tend à donner un sous-bassement scientifique à une idéologie, à une conception du monde, qui jusque-là était essentiellement de nature politique.

  Aux dire du philosophe, Jean-François Revel, «  La société souffre non pas de trop de marchés, mais de trop d’État. »

La paradoxe est que battu en brèche tous les jours au niveau idéologique, le capitalisme est vigoureusement courtisé au niveau pratique. Aussi bien les pays socialistes (Chine comprise désormais) que ceux du tiers monde, font appel aux investissements, à l’aide technologique, à la capacité importatrice de la poignée de pays capitalistes développés dont ils proclament, d’autre part, le système mortellement atteint.

Depuis quatre ou cinq ans, un groupe de jeunes économistes français a développé une recherche originale. L’objectif est de faire la théorie du capitalisme tel qu’il est, et aussi tel qu’il peut être, en se tenant à égale distance de l’optimisme de la théorie libérale classique et des critiques caricaturales de la vulgate marxiste.

Mais ces économistes de la nouvelle école ne se livrent pas à une attaque simpliste de l’Etat, ils montrent seulement que l’Etat n’est pas un bon économiste. 

  Pour eux, les difficultés des sociétés occidentales révèlent moins de la faillite de l’économie des marchés que de la faillite des mécanismes politiques. Il faut mettre au point une nouvelle technologie politique, une démocratie affinée, par rapport aux procédures de choix, inventées au XIX° siècle et trop brutales pour la complexité des options . Qu’ils soient de droite ou de gauche, les techno-bureaucrates d’Etat ont des méthodes semblables pour se substituer aux vrais décideurs : les citoyens, les consommateurs, les entrepreneurs. 

La mondialisation économique, qui s’est accélérée au cours des dernières décennies, est en train de conduire à une convergence des modèles nationaux de capitalisme vers un modèle unique de capitalisme de marché. 

Plusieurs économistes, sociologues, écrivains de renom se sont penché sur ce capitalisme que l’on dit moribond.

D’aprèsImmanuel Wallerstein, il y a de bonnes raisons de croire à un effondrement prochain du système capitaliste, tel qu’on l’a connu jusqu’à ce jour .

Graig Calhoun estime qu’un capitalisme réformé́ pourrait être sauvé, si une fraction suffisamment éclairée des décideurs capitalistes assume ses responsabilités et affronte les coûts systémiques de son action. Il souligne que le capitalisme est une économie politique, dans un cadre institutionnel et façonné́ par des choix politiques, et qu’il ne peut pas survivre sans les États-nations. Il évoque divers scénarios d’organisation institutionnelle possibles, estimant que l’émergence d’un capitalisme d’État de type chinois, avec davantage de régulations et de contrôles, est une hypothèse plausible. 

Michael Mann est également favorable à une solution de type social-démocrate aux problèmes du capitalisme, mais il met en évidence la complexité́ des interrelations entre l’économie, la politique, la géopolitique, l’idéologie, la diversité́ régionale du monde contemporain. Cette complexité́ rend l’avenir très difficile à prévoir. 

 

L’incertitude entraine de la confusion, de la colère, des rebellions contre les élites et surtout une peur aiguë. Cette vague d’anxiété́ encourage la recherche d’alternatives politiques inédites. Elle attise la recherche de boucs émissaires. Mais elle favorise aussi la possibilité́ de déconstruire les préjugés profondément enracinés sur le fonctionnement du système du monde moderne.

 Nous devons aller résolument vers un capitalisme humaniste.

Les académiciens définissent ainsi le mot humanisme : « doctrine, attitude philosophique, mouvement de pensée qui prend l’Homme pour fin et valeur suprême, qui vise à l’épanouissement de la personne humaine et au respect de sa dignité ».

 Propagateurs de la pensée humaniste, les philosophes de la Renaissance, Dante, Pétrarque puis Marsile Ficin, Pic de la Mirandole et plus tard Montaigne  se sont systématiquement référé aux penseurs grecs et romains et n'ont eu de cesse d'en faire l'éloge.

 Ernest Renan écrit : « organiser scientifiquement l'humanité, tel est le dernier mot de la science moderne, telle est son audacieuse mais légitime prétention »

 Le patronat français, par la voix de sa présidente d’alors, Laurence Parisot citait en 2012 Érasme: « L’esprit d’entreprise est bien supérieur à l’activité de commerce qu’il engendre. » L’humanisme est fréquemment présenté comme une référence par les managers.  

La considération du profit ne domine pas l’économie mais est et a toujours été tout simplement la mesure de l’efficacité de l’entreprise. Pour un capitalisme humaniste, l’Homme est au cœur du projet de l’entreprise.

Replacer l’homme au centre n’est ni un voeu pieux ni une utopie. Dans le monde d’aujourd’hui, c’est une condition existentielle. Il a fallu peu de temps aux managers des entreprises multinationales pour vérifier que le bon management, efficace, ne peut s’appuyer que sur le respect des personnes.

Le capitalisme n’est pas un des systèmes économiques, mais l’expression de l’Économie et ses lois. Devant l’évolution de nos sociétés, la dimension humaine doit être prise en compte et donner naissance à un capitalisme humaniste dont les rouages de fonctionnement restent immuables, mais dont la répartition des fonctions et des profits doivent être revus.  

 

 

 

 

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15 septembre 2019

ALLONS-NOUS VERS UNE RÉCESSION ?

Voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi avec retard. Retard occasionné par un déplacement inopiné à l'étranger.

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     Pendant que l’opinion publique s’assoupissait tout doucement dans l’anesthésie des vacances, ce repos nécessaire et bien mérité pour nombre de citoyens, n’a pas arrêté le bon ou le mauvais déroulement des événements économiques.

 Les risques d’une récession mondiale s’accumulent pour 2020. 

Les observateurs de l'économie sont unanimes. La tourmente qui frappe les bourses mondiales et les devises annoncent la probabilité d'un repli généralisé de l'économie mondiale.

Tous les voyants sont au rouge, tant sur le marché obligataire, où les rendements aujourd'hui sont négatifs, que sur le front de l'endettement privé et public, à des niveaux sans précédent, dans un contexte de taux négatifs persistants.

Les indicateurs qui s’amoncellent jour après jour, ne sont pas encourageants, loin s’en faut.

 L’Allemagne, moteur de la zone euro, est en train de rentrer, petit à petit, en récession. Ses exportations ont chuté dramatiquement. La croissance américaine pour 2019 serait autour de 1% seulement, contre 2,8% l’an dernier.
L’or, valeur refuge par excellence en période de crise ou d’incertitude, flambe. Le pétrole chute, comme le minerai de fer.

  La demande pour de nombreuses matières premières chute et leurs prix dégringolent, signes d’un ralentissement des activités.

 L’annonce, par Donald Trumpde nouvelles sanctions contre des importations en provenance de Chine, a traumatisé un peu plus les marchés. Pékin a répliqué sans tarder, en laissant filer sa monnaie. À la guerre commerciale et technologique, s’ajoute aujourd’hui la guerre des monnaies. L’économie a horreur des incertitudes et réagit en freinant des quatre fers. À mesure que les Etats-Unis et la Chine s’éloignent l’un de l’autre, sur fond de guerre commerciale, les risques de récession globale, déjà nombreux prennent de l’ampleur.

 À ce stade, on ne voit pas la fin du bras de fer sino-américain, qui dure voilà maintenant plus d’une année.

  Face à la détermination chinoise, parfaitement incarnée par Xi Jinping, les tweets vengeurs de Donald Trump perdent de leur force. Quant à l’Europe, secouée par ses propres démons, elle ne parvient toujours pas à présenter un front uni et une vision commune. Difficile, dans ce contexte, de savoir où s’arrêtera la surenchère entre les deux grandes puissances de la planète.

  Ces conflits commerciaux avec la Chine et d'autres pays, les restrictions sur les migrations, l'investissement direct étranger et les transferts technologiques, vont avoir de profondes conséquences sur les chaînes d'approvisionnement mondiales, et accentuer la menace d'un ralentissement de la croissance et l’augmentation de l'inflation. La diminution de la croissance américaine est réel aujourd'hui, la relance associée à la législation fiscale de 2017 a fait son temps.

 La fragilité de la croissance en Chine ainsi que sur d'autres marchés émergents, demeure préoccupante, tout comme le sont les risques économiques, législatifs, financiers et politiques en Europe. Un choc économique suffisamment violent pourrait déclencher une récession mondiale, même en cas de réponse rapide des banques centrales.

Les tensions actuelles affectant d'ores et déjà la confiance des entreprises, des consommateurs, des investisseurs, et ralentissant la croissance mondiale. 

A mesure que les deux camps, USA et Chine, s'éloignent l'un de l'autre, l'espace propice au compromis se réduit, et le risque de récession ou de crise planétaire se fait croissant, dans une économie mondiale déjà fragile.

 « Le monde entier a décidé après 2008 que la récession n’était plus acceptable, et la politique monétaire est expansionniste partout », constate Patrick Artus. Mais cela a des inconvénients car le taux de chômage est devenu faible dans les pays avancés. 

  Cette situation « crée des taux d’intérêt nuls et négatifs, qui affaiblissent les banques, détruisent le rendement de l’épargne et donc tuent le niveau de vie des futurs retraités. Il se crée des bulles, notamment immobilières », poursuit l’économiste. 

Pour lui, « la menace à moyen terme pour l’humanité, c’est que nous avons collectivement décidé (sauf certains comme l’Allemagne) de rester à des politiques expansionnistes avec un faible niveau de chômage. »

  Force est de constater que l’économie mondiale tourne au ralenti, avec les conséquences sociaux-économiques qui vont avec. On sait, quand on entre en récession, mais bien malin qui pourra dire quand on en sort.

 

 

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05 septembre 2019

LE « BIG BROTHER » CHINOIS

Heureux de vous retrouver. Je reprends dès aujourd'hui la publication de mes chroniques hebdomadaires du vendredi. Je repars cette après-midi pour l'étranger, le devoir m'appelle. e serai de retour samedi prochain et la régularité sera retrouvée.

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  Lors des négociations de l’entrée de la Chine au sein de l’OMC, les entreprises occidentales ont souhaité, avant de s’engager en Chine, mieux connaître leurs futurs partenaires chinois. Pour ce faire, ils avaient demandé que soit mis en place un système d’évaluation des entreprises suivant le modèle des agences de notation occidentales.

 Paradoxalement, c’est cette demande qui est à l’origine du projet à long terme des autorités chinoises, appelé SCS (Social Credit Systeme).

Sous l’effet de la bureaucratie chinoise, le projet a pris une toute autre dimension. Il ne s’agit plus d’un instrument économique visant à favoriser le bon fonctionnement des entreprises et du système financier, mais d’augmenter les qualités vertueuses du citoyen chinois. 

La Chine a commencé à mettre en place son système de notation dont lachèvement est prévu pour 2020. Le projet vise à récompenser les bons comportements et à punir les mauvais, suivant un système de points. Des points en plus pour l'achat de produits chinois, de bonnes performances au travail ou la publication sur un réseau social d'un article vantant les mérites de l'économie nationale. Des points en moins en cas d'opinions politiques dissidentes, de recherches en ligne suspectes ou de passages piétons traversés à la hâte, alors que le feu est rouge. 

La Chine travaille depuis 2014 sur ce système d'évaluation de ses propres citoyens. L'empire du Milieu a même accéléré le calendrier. Selon deux communiqués de la Commission nationale de développement de la réforme, 

 les individus ayant une mauvaise «note sociale» seront inscrits sur une liste noire les empêchant , par exemple, d'acheter des billets de train ou d'avion pour une période pouvant aller jusqu'à un an.

 À ce jour, ce projet n’est pas appliqué  partout, mais il devrait l’être à terme. Il prendra des formes très différentes selon les villes, car il a été jugé préférable qu’il bénéficie dans son application d’une certaine souplesse.

  Lin Junyue, père du projet, souhaite que son système soit exporté vers les pays qui participent au « Nouvelles routes de la soie ».

Le système s’appuie, bien entendu, sur la haute technologie (caméras intelligentes, reconnaissance faciale, intelligence artificielle) mais aussi sur les fondements philosophiques qui structurent la pensée culturelle chinoise, l’intérêt de la société prime sur celui de l’individu qui n’existe que par l’ensemble du peuple dont il n’est qu’un infime rouage.

Les bouleversements socio-économiques provoqués par la croissance économique extrêmement rapide et l’exode rural massif de ces dernières décennies ont profondément troublé la société chinoise. Les antiques réseaux familiaux, les réputations ancestrales dans les villages, les systèmes traditionnels de surveillance réciproque des citoyens mis en place par l’Empire depuis la plus haute antiquité, tout a été bouleversé, d’abord par le communisme, puis par le capitalisme, qui est la révolution continuée par d’autres moyens. Le SCS veut remettre de l’ordre dans ce désordre contemporain, rétablir des distinctions claires entre les bons et les mauvais citoyens, alléger l’angoisse de ceux qui se demandent s’ils sont sur le bon chemin. 

Cette peur de l’indistinction suscitée par le capitalisme, existe en Occident comme en Chine, mais c’est la religion et la perspective du jugement dernier, qui y répondaient. Le jugement du monde et celui de Dieu ne se confondaient pas. 

Vu d’Europe, le SCS paraît une horreur, pourtant, nous sommes aussi en train de le mettre en place, sous des noms différents : dénonciation des entreprises qui ne respectent pas les normes gouvernementales, loi anti fake news qui peut aboutir à une définition d’une vérité d’État, etc.  

Non, nous ne sommes pas si différents des Chinois en effet. On attend du pouvoir une récompense et quil punisse les méchants. Il nous arrive à tous de souhaiter que nos contradicteurs et nos rivaux soient rejetés dans les ténèbres extérieures de l’hérésie, c’est-à-dire, en termes contemporains, qu’ils soient convaincus de propager des mensonges. 

 Cependant, en Occident et plus largement dans les démocraties, on a voulu croire, jusqu’à aujourdhui, qu’il y avait une place pour la conversation civilisée. « Je prétends certes détenir la vérité, mais j’admets que ce n’est peut-être pas le cas, qu’à ma gauche quelqu’un est susceptible de dire quelque chose qui mérite d’être entendu ». Si on est au centre, comme la Chine et le Parti communiste chinois, tout ce qui est à la gauche et à la droite est a priori discrédité, mauvais, rejeté dans les ténèbres extérieures et c’est moi, le bon citoyen qui incarne le Bien.

Lespace de débat civilisé qui n’existe pas en Chine, est en train de disparaître en Occident.

Peu de monde s’inquiète de ce système et du contrôle social opéré par la technologie numérique. Le crédit social n’assure-t-il pas la victoire des États sur les personnes, avec l’assentiment tacite des personnes elles-mêmes ?

Le SCS manifeste la parfaite disparition de la distinction entre le domaine public et le domaine privé. Il n’est pas tellement certain quen Europe on soit contre le goût de punir les opinions et les attitudes qui nous déplaisent. « Balance ton porc » et autres « Me Too » manifestent la permanence de cette « mentalité persécutrice » dont parlait Nathaniel Hawthorne et après lui Philip Roth. 

Mais tandis qu’en Occident, ce sont les réseaux sociaux qui crient haro sur le baudet, en Chine cette fonction importante est la prérogative du pouvoir.

Le parti communiste est engagé dans un projet de restauration de la puissance impériale chinoise qui porte avec lui une dimension civilisationnelle évidente. La Chine na jamais connu de véritable séparation du politique et du religieux Dans le monde judéo-chrétien, le jugement des Hommes nest pas le jugement de Dieu. Cette distinction est inconnue de la culture traditionnelle chinoise.

La Chine a-t-elle les moyens de  mettre en place cette « monstrueuse » organisation ? Ce sera en effet la question à suivre dans les années qui viennent. 

 Les Chinois prétendent qu’ils sont plus justes et mieux organisés que lOccident, peut-être ont-ils raison !

 

 

 

 

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