Gabriel Banon, Politiquement Incorrect.

20 septembre 2019

PLAIDOYER POUR UN CAPITALISME HUMANISTE

Voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi:

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  Certains ministres français, à commencer par Bruno Le Maire, chargé de léconomie de la France, développent les vieilles thèses anti-profit des années soixante. On pouvait croire que la gauche et les autres étaient vaccinés contre les faux-procès du capitalisme et du profit.

Dans une interview accordée au magazine Le Point le 24 juillet dernier, Bruno Le Maire affirmait : que « le capitalisme que nous avons connu au XXe siècle est dans une impasse ». Selon lui, « le capitalisme ne peut plus se donner comme seul objectif de générer du profit. Il doit avoir un sens politique et social. Il a conduit à la destruction des ressources naturelles, à la croissance des inégalités et à la montée des régimes autoritaires. Entre le capitalisme financier américain et le capitalisme d’État chinois, nous devons définir un capitalisme européen durable et responsable ».

 Si on veut éviter la récession qui sannonce, il faut baisser les impôts, les taxes et alléger les réglementations ainsi que le train de vie de lÉtat.  La cible ne peut pas être le capitalisme mondial !

 Cest la politique consumériste « du toujours plus » qui a et continue à détruire les ressources de la planète. Ce nest pas le fonctionnement du régime capitaliste qui crée les inégalités, mais ce que lon fait des richesses quil produit. Les entreprises doivent faire du profit, cest aux politiques de décider ce quil faut en faire.

  Les temps où il était de bon ton pour les pseudo-marxistes de s’en prendre au profit, sont révolus. Marx faisait le lien entre la lutte des classes et le profit, considérant que celui-ci est un instrument d’exploitation dans les mains de la bourgeoisie. Or, l’histoire du capitalisme a montré exactement le contraire : le profit capitalistique a créé les richesses qui ont sorti les masses de la pauvreté. À aucune autre période de l’humanité, nous n’avons été aussi riches et aussi bien portants. Et cela grâce au profits générés par le capitalisme. Le problème nest pas le capitalisme, mais la redistribution du profit dans certaines économies de la planète. Oui, il faut humaniser non pas le profit, non pas le système capitaliste, mais la finance internationale avec son économie virtuelle. 

 Oui, les inégalités subsistent, principalement dans des autocraties comme la Russie et la Chine, ou dans des pays encore en développement comme l’Inde. Mais globalement, dans le monde, au vu du rapport. de la Banque mondiale, elles se réduisent, tout comme la pauvreté : « les inégalités dans le monde sont en recul constant depuis 1990 et, bien souvent, les inégalités au sein de la population d’un même pays refluent depuis 2008 ». Toujours selon la Banque mondiale, désormais 800 millions de personnes ne disposent que de moins de 1,90 dollar par jour pour vivre, contre 1,95 milliard en 1990, alors même que la population de la planète a augmenté de 50% sur la même période. 

 Dire que le capitalisme a conduit à la destruction des ressources naturelle, est une ineptie. Cest la surconsommation, le laisser-aller et la gabegie de nos sociétés. Grâce à l’innovation, de nouvelles ressources sont découvertes et de nouveaux moyens pour les extraire sont utilisés. En fait, les ressources naturelles n’ont jamais été aussi abondantes, à commencer par le pétrole. 

 Par ailleurs, contrairement à ce que soutient monsieur Le Maire, les régimes autoritaires ne sont pas plus nombreux aujourd’hui. En 1989, moins de 50 % de la population mondiale vivait dans des pays démocratiques contre deux tiers maintenant. (sources ONU).

La crise que nous vivons n’est pas celle du capitalisme mais celle de l’étato-capitalisme. Ce dont on souffre, ce n’est pas de trop de marché, mais de pas assez de marché. Tel est le message que répand une génération d’économistes contestataires. 

 La pensée libérale est en train de renaître, d’évoluer d’une manière scientifique. Cette approche tend à donner un sous-bassement scientifique à une idéologie, à une conception du monde, qui jusque-là était essentiellement de nature politique.

  Aux dire du philosophe, Jean-François Revel, «  La société souffre non pas de trop de marchés, mais de trop d’État. »

La paradoxe est que battu en brèche tous les jours au niveau idéologique, le capitalisme est vigoureusement courtisé au niveau pratique. Aussi bien les pays socialistes (Chine comprise désormais) que ceux du tiers monde, font appel aux investissements, à l’aide technologique, à la capacité importatrice de la poignée de pays capitalistes développés dont ils proclament, d’autre part, le système mortellement atteint.

Depuis quatre ou cinq ans, un groupe de jeunes économistes français a développé une recherche originale. L’objectif est de faire la théorie du capitalisme tel qu’il est, et aussi tel qu’il peut être, en se tenant à égale distance de l’optimisme de la théorie libérale classique et des critiques caricaturales de la vulgate marxiste.

Mais ces économistes de la nouvelle école ne se livrent pas à une attaque simpliste de l’Etat, ils montrent seulement que l’Etat n’est pas un bon économiste. 

  Pour eux, les difficultés des sociétés occidentales révèlent moins de la faillite de l’économie des marchés que de la faillite des mécanismes politiques. Il faut mettre au point une nouvelle technologie politique, une démocratie affinée, par rapport aux procédures de choix, inventées au XIX° siècle et trop brutales pour la complexité des options . Qu’ils soient de droite ou de gauche, les techno-bureaucrates d’Etat ont des méthodes semblables pour se substituer aux vrais décideurs : les citoyens, les consommateurs, les entrepreneurs. 

La mondialisation économique, qui s’est accélérée au cours des dernières décennies, est en train de conduire à une convergence des modèles nationaux de capitalisme vers un modèle unique de capitalisme de marché. 

Plusieurs économistes, sociologues, écrivains de renom se sont penché sur ce capitalisme que l’on dit moribond.

D’aprèsImmanuel Wallerstein, il y a de bonnes raisons de croire à un effondrement prochain du système capitaliste, tel qu’on l’a connu jusqu’à ce jour .

Graig Calhoun estime qu’un capitalisme réformé́ pourrait être sauvé, si une fraction suffisamment éclairée des décideurs capitalistes assume ses responsabilités et affronte les coûts systémiques de son action. Il souligne que le capitalisme est une économie politique, dans un cadre institutionnel et façonné́ par des choix politiques, et qu’il ne peut pas survivre sans les États-nations. Il évoque divers scénarios d’organisation institutionnelle possibles, estimant que l’émergence d’un capitalisme d’État de type chinois, avec davantage de régulations et de contrôles, est une hypothèse plausible. 

Michael Mann est également favorable à une solution de type social-démocrate aux problèmes du capitalisme, mais il met en évidence la complexité́ des interrelations entre l’économie, la politique, la géopolitique, l’idéologie, la diversité́ régionale du monde contemporain. Cette complexité́ rend l’avenir très difficile à prévoir. 

 

L’incertitude entraine de la confusion, de la colère, des rebellions contre les élites et surtout une peur aiguë. Cette vague d’anxiété́ encourage la recherche d’alternatives politiques inédites. Elle attise la recherche de boucs émissaires. Mais elle favorise aussi la possibilité́ de déconstruire les préjugés profondément enracinés sur le fonctionnement du système du monde moderne.

 Nous devons aller résolument vers un capitalisme humaniste.

Les académiciens définissent ainsi le mot humanisme : « doctrine, attitude philosophique, mouvement de pensée qui prend l’Homme pour fin et valeur suprême, qui vise à l’épanouissement de la personne humaine et au respect de sa dignité ».

 Propagateurs de la pensée humaniste, les philosophes de la Renaissance, Dante, Pétrarque puis Marsile Ficin, Pic de la Mirandole et plus tard Montaigne  se sont systématiquement référé aux penseurs grecs et romains et n'ont eu de cesse d'en faire l'éloge.

 Ernest Renan écrit : « organiser scientifiquement l'humanité, tel est le dernier mot de la science moderne, telle est son audacieuse mais légitime prétention »

 Le patronat français, par la voix de sa présidente d’alors, Laurence Parisot citait en 2012 Érasme: « L’esprit d’entreprise est bien supérieur à l’activité de commerce qu’il engendre. » L’humanisme est fréquemment présenté comme une référence par les managers.  

La considération du profit ne domine pas l’économie mais est et a toujours été tout simplement la mesure de l’efficacité de l’entreprise. Pour un capitalisme humaniste, l’Homme est au cœur du projet de l’entreprise.

Replacer l’homme au centre n’est ni un voeu pieux ni une utopie. Dans le monde d’aujourd’hui, c’est une condition existentielle. Il a fallu peu de temps aux managers des entreprises multinationales pour vérifier que le bon management, efficace, ne peut s’appuyer que sur le respect des personnes.

Le capitalisme n’est pas un des systèmes économiques, mais l’expression de l’Économie et ses lois. Devant l’évolution de nos sociétés, la dimension humaine doit être prise en compte et donner naissance à un capitalisme humaniste dont les rouages de fonctionnement restent immuables, mais dont la répartition des fonctions et des profits doivent être revus.  

 

 

 

 

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15 septembre 2019

ALLONS-NOUS VERS UNE RÉCESSION ?

Voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi avec retard. Retard occasionné par un déplacement inopiné à l'étranger.

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     Pendant que l’opinion publique s’assoupissait tout doucement dans l’anesthésie des vacances, ce repos nécessaire et bien mérité pour nombre de citoyens, n’a pas arrêté le bon ou le mauvais déroulement des événements économiques.

 Les risques d’une récession mondiale s’accumulent pour 2020. 

Les observateurs de l'économie sont unanimes. La tourmente qui frappe les bourses mondiales et les devises annoncent la probabilité d'un repli généralisé de l'économie mondiale.

Tous les voyants sont au rouge, tant sur le marché obligataire, où les rendements aujourd'hui sont négatifs, que sur le front de l'endettement privé et public, à des niveaux sans précédent, dans un contexte de taux négatifs persistants.

Les indicateurs qui s’amoncellent jour après jour, ne sont pas encourageants, loin s’en faut.

 L’Allemagne, moteur de la zone euro, est en train de rentrer, petit à petit, en récession. Ses exportations ont chuté dramatiquement. La croissance américaine pour 2019 serait autour de 1% seulement, contre 2,8% l’an dernier.
L’or, valeur refuge par excellence en période de crise ou d’incertitude, flambe. Le pétrole chute, comme le minerai de fer.

  La demande pour de nombreuses matières premières chute et leurs prix dégringolent, signes d’un ralentissement des activités.

 L’annonce, par Donald Trumpde nouvelles sanctions contre des importations en provenance de Chine, a traumatisé un peu plus les marchés. Pékin a répliqué sans tarder, en laissant filer sa monnaie. À la guerre commerciale et technologique, s’ajoute aujourd’hui la guerre des monnaies. L’économie a horreur des incertitudes et réagit en freinant des quatre fers. À mesure que les Etats-Unis et la Chine s’éloignent l’un de l’autre, sur fond de guerre commerciale, les risques de récession globale, déjà nombreux prennent de l’ampleur.

 À ce stade, on ne voit pas la fin du bras de fer sino-américain, qui dure voilà maintenant plus d’une année.

  Face à la détermination chinoise, parfaitement incarnée par Xi Jinping, les tweets vengeurs de Donald Trump perdent de leur force. Quant à l’Europe, secouée par ses propres démons, elle ne parvient toujours pas à présenter un front uni et une vision commune. Difficile, dans ce contexte, de savoir où s’arrêtera la surenchère entre les deux grandes puissances de la planète.

  Ces conflits commerciaux avec la Chine et d'autres pays, les restrictions sur les migrations, l'investissement direct étranger et les transferts technologiques, vont avoir de profondes conséquences sur les chaînes d'approvisionnement mondiales, et accentuer la menace d'un ralentissement de la croissance et l’augmentation de l'inflation. La diminution de la croissance américaine est réel aujourd'hui, la relance associée à la législation fiscale de 2017 a fait son temps.

 La fragilité de la croissance en Chine ainsi que sur d'autres marchés émergents, demeure préoccupante, tout comme le sont les risques économiques, législatifs, financiers et politiques en Europe. Un choc économique suffisamment violent pourrait déclencher une récession mondiale, même en cas de réponse rapide des banques centrales.

Les tensions actuelles affectant d'ores et déjà la confiance des entreprises, des consommateurs, des investisseurs, et ralentissant la croissance mondiale. 

A mesure que les deux camps, USA et Chine, s'éloignent l'un de l'autre, l'espace propice au compromis se réduit, et le risque de récession ou de crise planétaire se fait croissant, dans une économie mondiale déjà fragile.

 « Le monde entier a décidé après 2008 que la récession n’était plus acceptable, et la politique monétaire est expansionniste partout », constate Patrick Artus. Mais cela a des inconvénients car le taux de chômage est devenu faible dans les pays avancés. 

  Cette situation « crée des taux d’intérêt nuls et négatifs, qui affaiblissent les banques, détruisent le rendement de l’épargne et donc tuent le niveau de vie des futurs retraités. Il se crée des bulles, notamment immobilières », poursuit l’économiste. 

Pour lui, « la menace à moyen terme pour l’humanité, c’est que nous avons collectivement décidé (sauf certains comme l’Allemagne) de rester à des politiques expansionnistes avec un faible niveau de chômage. »

  Force est de constater que l’économie mondiale tourne au ralenti, avec les conséquences sociaux-économiques qui vont avec. On sait, quand on entre en récession, mais bien malin qui pourra dire quand on en sort.

 

 

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05 septembre 2019

LE « BIG BROTHER » CHINOIS

Heureux de vous retrouver. Je reprends dès aujourd'hui la publication de mes chroniques hebdomadaires du vendredi. Je repars cette après-midi pour l'étranger, le devoir m'appelle. e serai de retour samedi prochain et la régularité sera retrouvée.

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  Lors des négociations de l’entrée de la Chine au sein de l’OMC, les entreprises occidentales ont souhaité, avant de s’engager en Chine, mieux connaître leurs futurs partenaires chinois. Pour ce faire, ils avaient demandé que soit mis en place un système d’évaluation des entreprises suivant le modèle des agences de notation occidentales.

 Paradoxalement, c’est cette demande qui est à l’origine du projet à long terme des autorités chinoises, appelé SCS (Social Credit Systeme).

Sous l’effet de la bureaucratie chinoise, le projet a pris une toute autre dimension. Il ne s’agit plus d’un instrument économique visant à favoriser le bon fonctionnement des entreprises et du système financier, mais d’augmenter les qualités vertueuses du citoyen chinois. 

La Chine a commencé à mettre en place son système de notation dont lachèvement est prévu pour 2020. Le projet vise à récompenser les bons comportements et à punir les mauvais, suivant un système de points. Des points en plus pour l'achat de produits chinois, de bonnes performances au travail ou la publication sur un réseau social d'un article vantant les mérites de l'économie nationale. Des points en moins en cas d'opinions politiques dissidentes, de recherches en ligne suspectes ou de passages piétons traversés à la hâte, alors que le feu est rouge. 

La Chine travaille depuis 2014 sur ce système d'évaluation de ses propres citoyens. L'empire du Milieu a même accéléré le calendrier. Selon deux communiqués de la Commission nationale de développement de la réforme, 

 les individus ayant une mauvaise «note sociale» seront inscrits sur une liste noire les empêchant , par exemple, d'acheter des billets de train ou d'avion pour une période pouvant aller jusqu'à un an.

 À ce jour, ce projet n’est pas appliqué  partout, mais il devrait l’être à terme. Il prendra des formes très différentes selon les villes, car il a été jugé préférable qu’il bénéficie dans son application d’une certaine souplesse.

  Lin Junyue, père du projet, souhaite que son système soit exporté vers les pays qui participent au « Nouvelles routes de la soie ».

Le système s’appuie, bien entendu, sur la haute technologie (caméras intelligentes, reconnaissance faciale, intelligence artificielle) mais aussi sur les fondements philosophiques qui structurent la pensée culturelle chinoise, l’intérêt de la société prime sur celui de l’individu qui n’existe que par l’ensemble du peuple dont il n’est qu’un infime rouage.

Les bouleversements socio-économiques provoqués par la croissance économique extrêmement rapide et l’exode rural massif de ces dernières décennies ont profondément troublé la société chinoise. Les antiques réseaux familiaux, les réputations ancestrales dans les villages, les systèmes traditionnels de surveillance réciproque des citoyens mis en place par l’Empire depuis la plus haute antiquité, tout a été bouleversé, d’abord par le communisme, puis par le capitalisme, qui est la révolution continuée par d’autres moyens. Le SCS veut remettre de l’ordre dans ce désordre contemporain, rétablir des distinctions claires entre les bons et les mauvais citoyens, alléger l’angoisse de ceux qui se demandent s’ils sont sur le bon chemin. 

Cette peur de l’indistinction suscitée par le capitalisme, existe en Occident comme en Chine, mais c’est la religion et la perspective du jugement dernier, qui y répondaient. Le jugement du monde et celui de Dieu ne se confondaient pas. 

Vu d’Europe, le SCS paraît une horreur, pourtant, nous sommes aussi en train de le mettre en place, sous des noms différents : dénonciation des entreprises qui ne respectent pas les normes gouvernementales, loi anti fake news qui peut aboutir à une définition d’une vérité d’État, etc.  

Non, nous ne sommes pas si différents des Chinois en effet. On attend du pouvoir une récompense et quil punisse les méchants. Il nous arrive à tous de souhaiter que nos contradicteurs et nos rivaux soient rejetés dans les ténèbres extérieures de l’hérésie, c’est-à-dire, en termes contemporains, qu’ils soient convaincus de propager des mensonges. 

 Cependant, en Occident et plus largement dans les démocraties, on a voulu croire, jusqu’à aujourdhui, qu’il y avait une place pour la conversation civilisée. « Je prétends certes détenir la vérité, mais j’admets que ce n’est peut-être pas le cas, qu’à ma gauche quelqu’un est susceptible de dire quelque chose qui mérite d’être entendu ». Si on est au centre, comme la Chine et le Parti communiste chinois, tout ce qui est à la gauche et à la droite est a priori discrédité, mauvais, rejeté dans les ténèbres extérieures et c’est moi, le bon citoyen qui incarne le Bien.

Lespace de débat civilisé qui n’existe pas en Chine, est en train de disparaître en Occident.

Peu de monde s’inquiète de ce système et du contrôle social opéré par la technologie numérique. Le crédit social n’assure-t-il pas la victoire des États sur les personnes, avec l’assentiment tacite des personnes elles-mêmes ?

Le SCS manifeste la parfaite disparition de la distinction entre le domaine public et le domaine privé. Il n’est pas tellement certain quen Europe on soit contre le goût de punir les opinions et les attitudes qui nous déplaisent. « Balance ton porc » et autres « Me Too » manifestent la permanence de cette « mentalité persécutrice » dont parlait Nathaniel Hawthorne et après lui Philip Roth. 

Mais tandis qu’en Occident, ce sont les réseaux sociaux qui crient haro sur le baudet, en Chine cette fonction importante est la prérogative du pouvoir.

Le parti communiste est engagé dans un projet de restauration de la puissance impériale chinoise qui porte avec lui une dimension civilisationnelle évidente. La Chine na jamais connu de véritable séparation du politique et du religieux Dans le monde judéo-chrétien, le jugement des Hommes nest pas le jugement de Dieu. Cette distinction est inconnue de la culture traditionnelle chinoise.

La Chine a-t-elle les moyens de  mettre en place cette « monstrueuse » organisation ? Ce sera en effet la question à suivre dans les années qui viennent. 

 Les Chinois prétendent qu’ils sont plus justes et mieux organisés que lOccident, peut-être ont-ils raison !

 

 

 

 

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02 août 2019

L’ILLUSOIRE INDÉPENDANCE DES ACTEURS ÉCONOMIQUES.

Voici ma dernière chronique politique hebdomadaire de la saison. Je vous donne rendez-vous à la rentrée, le dendredi6 septembre. À ceux qui ont la chance de prendre,  je vous souhaite'de bonnes vacances.À mes amis musulmans, je vous souhaite un AÏD MOUBARAK SAÏD.

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           L’agence de notation financière est chargée d'évaluer les risques de non-remboursement de la dette ou d'un emprunt d'un État, d'une entreprise ou d'une collectivité locale, à l’exception d'un particulier. Elle produit, à titre indicatif, des outils qui estiment les risques d’insolvabilité.  

 Trois agences seulement se partagent 95 % des demandes de notations dans le monde.

 Les seuls critères d’évaluation pris en compte sont financiers, à l’exclusion de toute appréciation environnementale ou encore de développement durable.

Ces notations, AAA, BBB, CCC, et la suite, sont importantes pour la qualité de la signature d’un état, une collectivité ou une grande entreprise. Elles sont étudiées attentivement par les marchés financiers internationaux et servent souvent à fixer le taux de l’emprunt. 

 Étant donné que les trois agences, Standard and Poor’s, Moody’s et Fitch Ratings qui contrôlent 95% du marché, sont américaines, on peut se poser la question de leur indépendance vis-à-vis de la politique de Washington. Elles se placent toujours sous la protection du premier amendement de la Constitution des Etats-Unis, ce qui les dispense de répondre aux questions trop directes.

 Le scandale d’Eron avait déjà jeté  un voile de suspicion sur l’audit comptable et financier des grosses entreprises. En 1994, face à la domination de fait de ces agences, une agence chinoise, la Dagong Global Credit Rating a été créée, mais reste à ce jour moins influente que ses concurrentes occidentales, en dépit d'une forte croissance.

La crise de 2008  ouvre une vaste polémique sur l'utilité et la pertinence des agences de notations financières. Les gouvernements et les banques centrales, qui ont massivement investi pour sauver le système en injectant des centaines de milliards de dollars de liquidités, avaient signé les accords prudentiels de Bâle II en 2004, lesquels se révèlent insuffisants. 

On constate que les agences de notation agissent la plupart du temps tardivement. Elles aggravent, par l’abaissement de la note, la détresse et le chaos. Il faut rappeler que les trois agences américaines qui dominent le marché, ne sont pas indépendantes financièrement. Leurs actionnaires majoritaires ont-ils une stratégie ? On est en droit de se poser la question.

 Les régulateurs boursiers scandinaves favorisent l’idée de  l’instauration d’au moins une agence de notation publique. Pour eux, cette solution limiterait le risque de conflit d’intérêt mais soulève certaines critiques. Elle risquerait d’introduire des disparités nationales ou régionales dans les pratiques de notation, alors que les opinions ne connaissent pas de frontières. On ne voit pas une agence nationale noter sereinement un État dont elle dépend.

 Même les agences européennes qui se sont lancées dans la notation extra-financière sont en train de passer l’une après l’autre sous la coupe de firmes américaines qui font leur emplette en Europe, à l’image de Moody’s qui vient de racheter le français Vigeo.

  L’idée de création d’une agence de notation européenne a été proposée il y a deux ans, par Jean-Claude Juncker, alors chef de file des ministres des finances de la zone euro, idée reprise en 2018 par le vice-chancelier allemand, Guilda Westerwelle.

Cela restera un vœu pieux !

 Les États, les collectivités et les grandes entreprises continueront à se soumettre au dictat américain en attendant celui chinois qui ne va pas tarder à prendre la relève.

 

 

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26 juillet 2019

L’OTAN POURQUOI FAIRE ?

Voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi

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                       L’OTAN, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, a fêté ses soixante dix ans.

  C’est fin 1950 que le Conseil de l’Atlantique nord (CAN) a décidé la création d'une organisation militaire intégrée permanente. Cet organisme  englobe l'alliance juridiquement conclue par les pays signataires du traité de l'Atlantique nord, et l'organisation civile et militaire mise en place pour en rendre opérants les objectifs. La France avait décidé en 1966, tout en restant membre de l'Alliance atlantique, de quitter l'organisation militaire intégrée, dont elle est redevenue membre à part entière en 2009.

 À l’époque, le but affiché, aux dires de son premier secrétaire général, Lord Ismay était « garder les Russes à l'extérieur, les Américains à l'intérieur et les Allemands sous tutelle »

Les forces armées de l'OTAN et du Pacte de Varsovie se sont fait face en Europe pendant toute la durée de la guerre froide.

Depuis l’implosion de l’URSS et la fin de la guerre froide en 1991, l’Alliance atlantique a perduré malgré la disparition de sa principale raison d’être initiale.

 Elle a poursuivi une politique d’élargissement en accueillant d’anciens pays du bloc de l’Est et d’anciennes républiques de l’Union soviétique.

 En élargissant ses champs d’action, l’OTAN a revu en profondeur son concept stratégique et son organisation civile et militaire. 

Elle a développé une politique systématique de partenariats en Europe et, dans le monde, devenant l’outil d’intervention préféré des Occidentaux et surtout le bras armé du Pentagone, imposant de fait Washington comme le gendarme suprême.

 Oui, l’OTAN est un pacte entre plusieurs nations, mais le commandement militaire est assuré par un officier américain de haut rang, relié directement au Pentagone. Ce dernier représente la majorité des forces mises à la disposition de l’Alliance et dont le budget est assuré, pour la majeure partie par les Etats-Unis.

  L’OTAN entretient avec l’Union Européenne une relation privilégiée, plus spécialement avec l’Identité Européenne de Sécurité et de Défense (IESD), qui permet à l’Union Européenne de bénéficier des moyens de l’OTAN pour certaines opérations entrant dans le cadre de sa politique de sécurité et de défense commune, sous réserve de l’accord de Washington, mais cela est un non-dit. 

  Le nucléaire est au centre de l’histoire de l’OTAN. La dissuasion est fondée sur les armes nucléaires des Etats-Unis, le parapluie nucléaire américain au bénéfice des Européens. Mais sa crédibilité fait l’objet de débats et de doutes, jusqu’à aujourd’hui. C’est pour cela que la France et aussi la Grande-Bretagne se dotèrent d’une force de dissuasion nucléaire nationale.

Après la chute du mur de Berlin  en 1989, l’implosion de l’URSS et à la dissolution du pacte de Varsovie,  selon les critères habituels des relations internationales, l’OTAN aurait dû disparaître faute d'adversaire.  Mais elle va réussir à assurer sa pérennité grâce au lien qui unit ses membres par la crainte de devoir supporter un budget militaire conséquent pour  assurer leur sécurité sans les Etats-Unis.

La « question existentielle » de l’Alliance atlantique revient périodiquement. L’Occident étant considéré vainqueur de la guerre froide, pourquoi continuer ?

 Après le 11 septembre 2001, l’OTAN a voulu se redéfinir par « la lutte contre le terrorisme ». Elle n’ira pas en Irak… mais se joindra aux Etats-Unis dans le magma de l’Afghanistan. Tant bien que mal, elle se trouvait toujours des raisons d’exister. Aussi est-elle toujours considérée comme l’ennemi principal par Moscou. Poutine est obsédé par l’Alliance ; il va jusqu’à prétendre que le véritable agresseur en Crimée ou dans l’Ukraine de l’Est, est l’OTAN, instrument de puissance des Etats-Unis. 

 Le norvégien Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’Alliance, a déclaré il n’y a pas longtemps : « Soyons francs. Des questions se posent des deux côtés de l’Atlantique sur la force de notre partenariat. Nous avons de sérieuses divisions ».

 L’OTAN est désormais prête à contrôler les crises majeures sur tout le globe. La lettre et l’esprit du traité de l’Atlantique Nord risquent d’être, de plus en plus souvent, violés.

 Avec le traité initial, chaque membre conservait sa pleine souveraineté et devait approuver chaque déclanchement des opérations militaires menées en commun. C’est d’ailleurs, en raison de ce principe que la France, la Belgique et l’Allemagne ont pu s’opposer, au moins partiellement, au renforcement par l’Otan de la défense de la Turquie, à l’approche du conflit irakien.

 Mais il est aujourd’hui de plus en plus clair que les Américains n’ont pas du tout l’intention de se laisser ligoter par des considérations juridiques à leurs yeux surannées. Comme l’a dit Donald Rumsfeld, alors secrétaire à la Défense de Georges W Bush : « c’est la mission qui définit la coalition et non la coalition qui définit la mission ».

 Alors les Nations libres, souveraines et démocratiques, ne doivent-elles pas se poser la question : l’OTAN, pourquoi faire ?

 

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19 juillet 2019

LA DÉMOCRATIE EST-ELLE NÉCESSAIRE AU PROGRÈS ?

Aujourd'hui, c'est le jour de ma chronique politique hebdomadaire du vendredi

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   La libre circulation des idées, le respect des droits de l’homme, sont-ils des conditions nécessaires à l’innovation ? Non, répond Graham Allison, spécialiste des questions stratégiques de la défense nucléaire et des relations sino-américaines, professeur à l’Université Harvard : « Pour l’innovation technologique, s’appuyer sur un État autoritaire présente beaucoup d’avantages. »

La réponse, semble-t-il,  ne réside pas seulement dans le modèle politique mais aussi dans l’usage qui en est fait, dans le choix du modèle économique, dans la priorisation des finalités.

  Les occidentaux, particulièrement les Etats-Unis, ont toujours expliqué leur développement et leur domination sur le reste du monde, par leur héritage de la révolution française et américaine : la démocratie et les droits de l’Homme.

  Il est certain que le système démocratique tel qu’il est appliqué en Occident ne permet pas de se préoccuper du Temps  Long et de ce fait, affecte ses ressources en privilégiant l’immédiate satisfaction. Cette approche hypothèque alors les ressources des générations futures.

   Aujourd’hui, la Chine puissance émergente menace de détrôner la puissance dominante, les Etats-Unis, comme ce fut le cas d’Athènes et de Sparte dans l’antiquité et plus près de nous, de l’Allemagne et la Grande Bretagne au début du XXe siècle.

  Mais que disent les Chinois de ce réveil qui inquiète plus d’un ? « Nous ne sommes pas une puissance ascendante, nous sommes une puissance revenante, nous revenons au point où nous étions. Nous étions le centre de l’Univers, et il ne peut y avoir qu’un soleil. »

  Le Monde et Washington en tête, ne peuvent pas prétendre qu’ils n’étaient pas avertis. Le président Xi Jinping déclare à qui veut l’entendre, que dans le développement de la Chine, ce n’est pas des Etats-Unis qu’il s’agit, mais de la Chine qui veut simplement retrouver sa grandeur. Cela a toujours était ainsi, sauf une interruption de deux cents ans où l’Occident, avec son avancée technologique, avait exploité, asservi et humilié la Chine, disent-Ils. La Chine doit retrouver son statut !

  La leçon a servi et la Chine, pendant des décennies, a préparé minutieusement son retour. Ses progrès technologiques ne souffrent nullement de son régime autoritaire et la masse de données que l’État super-contrôleur collecte par ses millions de caméras à la reconnaissance faciale, ont aidé ses chercheurs à faire de la Chine le No 1 mondiale de l’Intelligence artificielle.

  Le conflit entre Pékin et Washington est inévitable, mais sans guerre ouverte, sauf événement fortuit. La Chine ne veut pas la guerre, elle a le temps pour elle.  Par contre, l’Occident a peu de temps. Xi est président à vie, la démocratie en Occident remet en question le pouvoir en place, tous les quatre ans, au mieux tous les cinq ans.

  On ne peut que constater que le président américain, Donald Trump,  n’a pas une stratégie cohérente et claire pour défendre les intérêts vitaux de l’Amérique. Il a une attitude, cela ne fait pas une politique.

  Donald Trump a besoin d’amis, ceux qu’il attaque sans répit. Il a besoin de rééquilibrer les pesanteurs d’une Chine économiquement puissante par une union des puissances économiques occidentales. Stratégiquement, Trump devrait revoir ses attitudes avec ses alliés traditionnels qui partagent les mêmes  valeurs de la démocratie américaine.

  La bible nous apprend que la puissance d’un peuple, c’est sa démographie : les Chinois sont quatre fois plus nombreux que les Américains, et le seront cinq fois plus vers les années 30.

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12 juillet 2019

ERDOGAN, PREMIÈRES CRAQUELURES

       Voici ma chronique politique hebdomadaire, aujourd'hui sur la Turquie. L'expulsion de nombreux marocains et marocaines par Erdogan m'a amené à mettre lr projecteur sur la situation, aujourd'hui, de ce pays. 

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  Tout passe, tout lasse ! Il en est de même de l’absolutisme et des dérives dictatoriales. Le vernis de la présidence d’Erdogan en Turquie, se fendille nettement. C’est l’annonce de craquements autrement  plus dangereux pour ce régime policier, au pouvoir exclusif au profit d’un seul homme. L’étoile d’Erdogan s’est mise à pâlir depuis quelques temps déjà.

 Après le coup d’État raté jugé par ce dernier : « Un cadeau du ciel », une épuration sans merci a été entreprise dans toutes les strates de la société turque : enseignement, magistrature, police, armée, médias et société civile. Seuls les bébés ont échappé à la purge chez tous ceux qui, de près ou de loin, virulents ou tièdes, n’aimaient pas Erdogan.

  Depuis, malgré quelques scandales retentissants touchant Erdogan et son fils, le potentat a pris le costume d’un Président omniprésent, sourcilleux dans l’exercice du pouvoir, faisant étalage d’une gestion économique peu orthodoxe. Son bras de fer perdu avec Donald Trump, a couté très cher à la devise turque. Il vient de limoger le gouverneur de la banque centrale qui refusait, en bon défenseur de la monnaie nationale, de baisser les taux d’intérêt. En mettant la main sur la politique monétaire, Erdogan va refroidir les investisseurs internationaux dont le pays a tant besoin.

L’AKP d’Erdogan a perdu la mairie d’Ankara et celle d’Istanbul : un camouflet pour un président qui avait scandaleusement annulé des élections perdues de peu, et qui se retrouve, cette fois-ci avec une défaite majeure et sans appel.

 La situation catastrophique, économique et sociale du pays, l’a lourdement sanctionné. Ce pays de 80 millions d’habitants, a vu sa croissance économique progresser que de 1%, alors que l’inflation atteint 13% et que le déficit public dépasse les 5% du PIB. 

 Cela faisait 25 ans que la capitale économique était dirigée par l’AKP d’Erdogan, qui en a lui-même été maire de 1994 à 1997.

 À ces soucis économiques s’ajoutent les problèmes géopolitiques majeurs du pays :

-     La question Kurde toujours explosive pour une minorité qui réclame son indépendance depuis un siècle. Ils seraient environ 12 millions sur un total estimé à 20 millions, soit 14% de la population turque.

-     L’appartenance à l’OTAN : que signifie-t-elle aujourd’hui ? le traité était conçu pour contrer la menace de l’ex-URSS.  La commande aux Russes des missiles anti-aériens, les S400, fait désordre dans l’alliance et braque un peu plus l’allié américain. 

-     La guerre de Syrie : elle est réputée remportée par Bachar el Assad et la hantise d’Erdogan est la réunion des communautés kurdes créant un État.

L’inflation ronge le niveau de vie et l’équilibre social de la nation.

Le président Erdogan, durant la campagne de son parti, plus agressif que jamais, n’a pas hésité à exploiter l’attentat de Christchurch.

 Cela lui a permis d’écouler ses thèmes favoris: la lutte contre l’Occident «islamophobe», la nation en danger contre les ennemis de l’intérieur et de l’extérieur. «Avec l’aide d’Allah, ni les résidus de Croisés, ni les nostalgiques de Byzance, ne nous écarteront de notre voie», clamait-il le 19 mars dernier. 

  Pour les observateurs, c’est le commencement du déclin. Certes, la perte des deux grandes villes du pays, Istanbul et Ankara, ne le priverait ni de son fauteuil ni de sa majorité, mais le risque est que certains, au sein de l’AKP, se disent: «puisque le déclin a commencé, il faut quitter le train tant qu’il est encore temps.»

Le principal opposant au président Recep Tayyip Erdoğan n’est plus politique, mais financier. La devise nationale, la livre, dévisse plus que jamais. Après au moins 30 % de baisse l’année dernière, déjà 10 % pour les quatre premiers mois de 2019 dont une chute de 15 % contre le dollar américain. Le toboggan monétaire engloutit rapidement les réserves officielles de change détenues à la Banque centrale de Turquie.    Malgré cela, la devise nationale est passée sous la barre symbolique des 6 livres pour un dollar. 

 

Abdullah Gül, ancien président ou Ahmet Davutoğlu, ex-premier ministre, fait sans précédent, se sont désolidarisés de leur ancien patron.

 Erdoğan ne devait pas perdre le 23 juin dernier Istanbul, la grande place du business turc, qui pèse un tiers du PIB, sans doute plus encore dans les finances de l’AKP et de ses affairistes. Cela a été un aveu de faiblesse insupportable pour un homme qui se prétend fort, à l’image des sultans ottomans.  

  La croissance économique est négative (− 3 %). Entrainée par la chute de la livre, l’inflation fait rage : + 20 % en un an au mois de mars, mais + 30 % pour les produits alimentaires, une charge insupportable pour les budgets des ménages modestes où se recrute une part importante des électeurs de l’AKP. Mais d’autres grandes villes aussi l’ont sanctionné, avec des écarts encore plus importants que ceux du Bosphore. En un an, le chômage est passé de 10,8 % à 14,7 % de la population active, soit près de 5 millions de sans-emploi.

Le Président Erdogan n’est pas seulement dans la tourmente, mais dans un déclin inéluctable.

 

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05 juillet 2019

LA CHINE DE 2020

Voici ma chronique politique hebdomadaire du ven,dredi :

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                    2020, c’est demain, et les dernières technologies auront permis au pouvoir chinois de mettre en place une organisation de collecte d’informations et des systèmes statistiques uniques au monde. En Occident on aurait appelé cette organisation, un contrôle des masses et une censure intraitable.

  Mais nous ne sommes pas en Occident et la civilisation chinoise, vieille de plusieurs siècles, n’a jamais mis en avant l’individu, c’est la collectivité qui est au centre de toutes les attentions. À l’opposé de l’Europe, les droits de l’Homme passent après les intérêts de la collectivité.

Aussi, en Chine, le contrôle de la population, autrement dit la censure, à atteint un niveau nulle part égalée, grâce à la reconnaissance vocale et celle de l'image. 

Comme tous les régimes autoritaires, le parti unique chinois ne tolère aucune concurrence idéologique, particulièrement celle des Religions. Je les cite : « La religion est une source d'autorité et un objet de fidélité plus puissants que ceux dus à  l'État. »  Ces caractéristiques de la religion ont toujours provoqué l’anathème des régimes autoritaires. Mais les Chinois ne le ressentent pas ainsi. Le travail est une bénédiction qui leur permet d’être utiles à la collectivité. Si la collecte des informations va permettre de mieux gérer l’ensemble, que cela soit ainsi. On ne peut que constater que  la Chine est devenue progressivement un État développé d’ors et déjà, dans une partie significative de son territoire. Les salaires augmentent régulièrement et les productions bon marché ont été délocalisées vers d’autres pays comme le Bangladesh. 

En 2018, la Chine disposait de près de 200 millions de caméras de surveillance ; elle prévoit d'en installer450 millions d'ici 2020. L'objectif est de mettre en place une « plate-forme coordonnée d'opérations mixtes » qui intégrera en temps réel les données des caméras de surveillance dotées de technologies de reconnaissance faciale, les numéros de cartes d'identité, les données biométriques, les numéros de plaques d'immatriculation et l'information sur le propriétaire du véhicule, les données de santé, le planning familial, les données bancaires, le casier judiciaire, toute trace d' « activité inhabituelle » ainsi que toute donnée individuelle pertinente comme les pratiques religieuses, les voyages à l'étranger. Les caméras devinent qui sont les passants dans la rue. La Chine est le pays le plus en pointe pour la reconnaissance faciale. C’est un pays où le respect de l’ordre est dans les fondements de la société, et qui a développé un système où la technologie est au service de l’encadrement des citoyens. Pour les Occidentaux c’est l’horreur, pour les Chinois, c’est l’efficacité pour le bien du peuple.

L'Internet en Chine est sous le contrôle du Parti communiste chinois, et l'exercice d'une censure rigoureuse a été déléguée à l'Administration chinoise du cyberespace (CAC) établie en 2014. Il existe un accord tacite entre le peuple et le pouvoir : Je m’occupe de votre bien-être, du développement du pays et vous ne vous occupaient pas de politique. Cela fonctionne ainsi jusqu’à aujourd’hui. Que sera demain, c’est difficile d’émettre une hypothèse, tellement l’âme chinoise est impénétrable.

Le pays se modernise à marches forcées, il a inauguré récemment la plus grande ligne TGV au monde (2300 kms).

 J’ai encore dans les oreilles cet avertissement de mon père, vieux de plus d’un demi siècle : « La Chine est un monstre qui dort, surtout ne le réveillez pas. » J’avais rapporté l’anecdote à Alain Peyrefitte qui travaillait alors à son livre sur la Chine. Quelques semaines plus tard, il me téléphone : «  je me suis inspiré des propos de votre père et je vais intituler mon livre : Quand la Chine se réveillera, le monde tremblera. »

  La Chine s’est réveillée et bouscule l’ordre mondial. Il y eu l’ère américaine qui tire à sa fin, attendons-nous à vivre demain sous l’ère chinoise.

 

 

 

 

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27 juin 2019

AVOIR UN ENFANT N’EST PAS UN DROIT

Avec un jour d'avance, voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi :

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        Avoir un enfant n’est pas un droit mais un don de la Nature. Encore pour espérer ce don, faudra-t-il se conformer aux lois de cette Nature que l’on sollicite.

Mais, en France, les nouveaux-venus à la politique, les marcheurs de Monsieur Macron, devraient savoir que la démocratie repose sur le respect de ceux qui pensent autrement.

  Vouloir museler tous ceux qui s’opposent aux règles du soi-disant ‘politiquement correct’, est tout simplement faire le lit à une dictature accompagnée de l’inévitable censure qui déshonorerai le pays des droits de l’homme.

  Déjà, en juillet 2017 les marcheurs du nouveau président français, voulaient réprimer les ‘idées interdites’ par leur fameux ‘politiquement correct’. Le Conseil constitutionnel avait annulé l’amendement comme contraire à la liberté d’expression. Un autre projet de loi est de nouveau en discussion sur la haine sur Internet, lire : des idées contraires, à l’approche du débat sur la PMA et sa suite logique la GPA.

  Comme la gauche, les Marcheurs ont tendance à transformer un combat politique en croisade idéologique et à transformer leurs adversaires en ennemis du genre humain.

  Une frange importante de la population a exprimé son opposition à cette nouvelle attaque de la ‘Famille’. Vouloir criminaliser une opposition, c’est installer, dans ce pays dit des ‘Lumières’, le totalitarisme. Il faut cesser de brandir l’homophobie pour écarter les critiques de la France qui s’apprête à légaliser la PMA pour toutes. Officialiser cette filiation fictive, prétendant que deux femmes peuvent faire un enfant, est une injure à la bienséance et à l’intérêt de l’enfant qu’on fait orphelin de père dès sa naissance.

  Cette société liberticide que l’on veut imposer, est en réalité un grand pas vers le transhumanisme, la liberté reconnue à quiconque, au nom de la non-discrimination, de commander un enfant pour satisfaire une envie, souvent une frustration.

 Par choix, ces couples ont choisi l’infécondité en toute connaissance de cause. Pourquoi punir un enfant à venir pour avoir l’illusion d’une famille. Une famille, on ne le répétera jamais assez, c’est un père et une mère et un, deux ou plus enfants. Aucune loi, sera-t-elle le fruit d’intenses discussions entre des députés- apprentis-sorciers, ne changera cette loi de la nature.   Ni homophobes, ni anti gays, ni racistes, ne sont les défenseurs de la Famille et de l’Enfant.   

  Tout le monde a été enfant et s’est juché sur les épaules de papa et somnoler contre le sein de maman. Comment concevoir autrement la vie d’un enfant ?

  Le poids du mouvement LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres) dans la politique en France, est sans rapport avec sa marginalité. Ils sont l’expression d’une liberté de choix de vivre, que tout le monde leur reconnaît. Mais on ne peut que constater que c’est une minorité agissante, souvent au delà du respect des règles démocratiques. La macronie se trompe si elle croit domestiquer la colère du peuple qui gronde.   Vouloir passer en force, sous prétexte qu’on a la majorité, c’est ouvrir la rue aux protestations, aux débordements et aux violences. C’est le triste tableau que la France donne aujourd’hui, au monde médusé.

  

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21 juin 2019

L’EUROPE A BESOIN DE LA RUSSIE

Voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi

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               L’Europe a besoin de la Russie, si elle ne veut pas devenir un vassal des Etats-Unis. La politique américaine à l’égard de Moscou et le suivisme des Européens, particulièrement de Paris, sont en train de jeter la Russie dans les bras de la Chine.

  Pendant que les Alliés, hors Moscou, célébraient en grande pompe le soixante quinzième anniversaire du débarquement en Normandie, Vladimir Poutine recevait avec la même grande pompe son ‘ami’ Xi Jinping, le président chinois.

  Emmanuel Macron, le président français n’a pas jugé opportun d’inviter le président russe, pourtant la Russie a été un  artisan majeur de la défaite des forces nazies.

 Véritable goujaterie diplomatique, on a honoré à juste titre les morts alliés, environ 400000 pour les Américains et ignoré superbement le million de morts russes à Stalingrad et les 20 millions, civils et militaire russes, qu’a été le prix à payer pour battre l’Allemagne d’Hitler.

  Macron, en omettant d’inviter Poutine, a cherché à ne pas embarrasser Donald Trump, dont il ne recevra en échange, que quelques tapes amicales sur les épaules et de temps en temps des bras de fer qui alimenteront  les médias, mais rien sur le fond.

  Le président chinois a salué le président russe comme un ami personnel et souligné la solidité du partenariat stratégique Chine-Russie.

 Est-ce l’intérêt de l’Europe de voir lui échapper un partenaire historiquement européen, aux richesses naturelles gigantesques  en Sibérie.

 Est-ce l’intérêt de l’Europe de voir se former un ensemble, Russie-Chine de près de 27 millions de Km2 et fort d’une population de plus de 1milliard et demi de consommateurs. Certes le PIB par habitant reste modeste, environ 17000 $, mais se développe, surtout en Chine, d’une façon exponentielle.

 Faut-il ignorer l’ensemble militaire que représente une telle coalition, avec une Russie en avance sur les États-Unis eux-mêmes, dans le domaine des armes nucléaires tactiques.

 Henry Kissinger avait, en son temps, élaboré sa célèbre doctrine du triangle Washington-Pékin-Moscou. Il fallait, selon lui, que l’Amérique, dans sa politique étrangère, s’arrange toujours pour être politiquement plus proche de la Chine et de la Russie, que les deux puissances asiatiques entre elles. On en est loin, aujourd’hui. Peut-être que l’Europe devrait faire sienne cette doctrine du triangle et surtout amarrer la Russie, tant faire se peut, à l’Europe. Vis-à-vis de ses deux puissances, l’Europe et en particulier la France ne devrait pas faire du suivisme à l’égard de la politique américaine en la matière.

  Les idéologues néoconservateurs américains, aujourd’hui au pouvoir, nuisent aux intérêts européens d’une façon délibérée. En sabotant les accords politiques intra-ukrainiens du 21 février 2014 parrainés par la France l’Allemagne et la Pologne, ils ont provoqués la réaction de Moscou en Crimée. Il faut savoir, à l’instar de Kissinger,  négocier avec les Russes et les Chinois tout en se montrant ferme sur les désaccords qui peuvent exister.

 La guerre commerciale avec la Chine est loin d’être gagnée.  Par une lettre rendue publique, adressée à Donald Trump, un collectif de plus de 500 entreprises de la distribution, comme Walmart, Target ou Macy’s, du monde industriel et pétrolier, de tous les ports de la côte Ouest des Etats-Unis, 140 groupes industriels, le supplient de mettre un terme à l’escalade de la guerre commerciale avec la Chine. Ils déclarent que les surtaxes déjà en place, représentent 810 dollars prélevés chaque seconde dans la poche des consommateurs américains, soit plus de 72 millions de dollars par jour. Ces mesures vont détruire 2 millions d’emplois et couter 1 point à la croissance du PIB.

  On sait que Donald Trump ne fait pas dans la nuance et voit tout en noir ou tout en blanc, mais l’Europe, riche de deux mille ans d’expérience diplomatique, doit un jour, ramener la Russie dans la famille européenne, qu’elle n’aurait jamais dû quitter.

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