Gabriel Banon, Politiquement Incorrect.

13 décembre 2019

LE PÉTROLE SAOUDIEN NE PAIE PLUS

La chronique de ce vendredi, un coup d'oeil sue ce qui se passe chez les Saoudiens

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        L’arrivée sur la scène politique à Riyad du prince saoudien, Mohamed Ben Slimane, MBS, avait été accueillie avec un apriori positif. Lors de son accession au pouvoir, Mohamed Ben Slimane avait fait, de l’entrée de l’Arabie Saoudite dans l’économie moderne, le cœur de son action politique. Son plan « Vision 2030 », ambitieux et courageux, voulait transformer l’Arabie Saoudite en un état moderne, ouvrir le pays au monde, au tourisme international, diversifier son économie et développer les investissements en dehors du secteur énergétique. Le financement de ce vaste programme de réformes reposait essentiellement sur l’entée en bourse de la société nationale Saudi Armco avec la vente de 5% du capital. 

  Depuis trois ans on a, de report en report, repoussé l’entrée en bourse, faisant face à un scepticisme des milieux financiers internationaux.

   Longtemps présenté comme « l’opération du siècle »le joyau de la couronne saoudienne ne mobilise pas les investisseurs. Pour les experts de la finance internationale, Saudi Armco est surestimé par le Prince MBS. Aux 2000 milliards de dollars de l’évaluation princière, ces experts avancent, dans l’estimation la plus haute, 1400 milliards.

  Face à la froideur des investisseurs, l’introduction, initialement souhaitée à New-York, aura lieu uniquement à Riyad sur le Tadawul, le marché saoudien. On n’est plus devant l’affaire du siècle, mais tout simplement devant une banale opération boursière nationale. L’introduction reposera sur essentiellement des investisseurs saoudiens avec comme partenaires étrangers, la Chine et la Russie. L’objectif de 100 milliards de dollars ne sera pas atteint et de loin. La vente de 1,5% et non plus 5% du capital de Saudi Armco ne rapportera pas plus que 25 milliards de dollars.

  Les raisons à ce désamour sont multiples. Tout d’abord la défiance envers le royaume n’est plus à démontrer, depuis un certain 11 septembre 2001, aussi bien du point de vue géopolitique qu’idéologique. Les sordides affaires d’exécutions de masse et l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, n’ont pas amélioré l’image ressentie. L’échec de l’opération « Tempête décisive » au Yémen et la promesse de porter la guerre jusqu’à Téhéran n’ont fait que fragiliser un peu plus l’équilibre précaire du Moyen-Orient et spécialement au Golfe Persique.

 Il semble que le prince MBS a sous-estimé la perception de l’Arabie Saoudite par les investisseurs étrangers dont la priorité est la transparence.

  L’économie mondiale ralentit, c’est à dire une baisse de la consommation de pétrole et surement des prix. Par ailleurs les pays développés sont en pleine transition énergétique et sont en train de sortir de la dépendance aux hydrocarbures. L’évolution de l’industrie automobile vers les voitures électriques ne plaide pas, non plus, vers une prépondérance du pétrole. Il faut le savoir, le pétrole n’est plus un investissement d’avenir du XXIème siècle.

Le golfe persique, l’Arabie Saoudite, ne sont plus dans les priorités de Washington depuis que l’Amérique est devenue le premier producteur mondial de pétrole.

 L’entrée en bourse ratée de Saudi Armco illustre cette nouvelle situation au Moyen Orient. L’âge d’or des pétrodollars est révolu, la famille Saoud doit le réaliser. 

La situation de rente qu’avait l’Arabie Saoudite depuis des années et dont les fruits ont été dilapidés au détriment du développement du pays, a pris fin. Les Saoudiens en ont-ils pris conscience ?                         

 

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06 décembre 2019

LES « COP » SE SUCCÈDENT, POUR QUEL RÉSULTAT ?

Nous sommes vendredi, le jour de ma chronique politique hebdomadaire:

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     La 25e Conférence des Nations Unies sur le climat (COP25) s'est ouverte lundi dernier à Madrid. Elle va constater impuissante ( ?) l'augmentation persistante des émissions de CO 2. Faut-il croire que les engagements des uns et des autres ne sont que des effets d’annonce ? Il est vrai que le dilemme qui se pose au monde économique est simple : réduire très vite les émissions ou être confronté à la décroissance économique.

"Voulons-nous qu'on se souvienne de nous comme de la génération qui s'est enfouie la tête dans le sable pendant que la planète brûlait ?" 

 C’est ainsi qu’Antonio Guterres, le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unis, l’ONU, interpellait les dirigeants du monde réunis à la COP25, leur réclamant une plus grande action climatique. 

   La feuille de route de cette 25e édition est d’atteindre une neutralité carbone totale en 2050 et limiter le réchauffement de l’atmosphère à 2 degrés. Compte tenu des « performances » à ce jour en la matière, on peut pour le moins considérer l’objectif comme ambitieux.

  Car, les émissions ont augmenté au lieu de diminuer.

   Vraisemblablement, la COP25 sera amenée à proposer une réduction annuelle de 8% au lieu des 4% de l’accord de Paris. Bonjour l’Utopie !

 Il va être difficile d'accorder les contradictions d’un objectif environnemental à long terme et un impératif économique à court terme. 

 Par contre, connaissant les capacités d’adaptation  du monde capitaliste, la lutte contre les changements climatiques peut être financièrement rentable. Le marché carbone en est une des illustrations. Les nouveaux modèles de développement, les systèmes et nouvelles technologies « dits » propres, pourront  stimuler le PIB. On pourra avoir ainsi une croissance qualitative qui créera des emplois et du profit, en remplaçant des infrastructures démodées et polluantes par des solutions qui protègent l'environnement.

 Pourrait-on ainsi éviter la décroissance économique qui fait si peur ? 

   Pour cela on dispose de quatre outils, l'efficacité énergétique, les énergies vertes, le nucléaire et l'absorption du carbone. Selon ces quatre critères, l’efficacité énergétique, en 30 ans, a réalisé 30 % d'amélioration. Pourra-t-elle annihiler les effets de la croissance sur les émissions ? C’est une question qui reste sans réponse, pour le moment. La transition vers les énergies vertes représente aujourd'hui 15 % du mix énergique mondial. Le nucléaire  pèse 5 % du mix énergétique mondial. Nous sommes pour l’instant, au début de l’effort qu’exige la situation. L’absorption du carbone, mise à part les effets naturels des forêts, reste une gageure pour l’action humaine.

  Devant le militantisme de certains écologistes radicaux, on a l’impression qu’une nouvelle religion a surgi dans le panorama œcuménique.

Il faut raison gardée et éviter de tomber dans l’irrationnel qui s’accompagne souvent d’un déni des réalités.

  Une chose est sûre, toutes les mesures qu’un gouvernement serait amené à prendre dans ce domaine, devront éviter une décroissance économique qui risque de s’accompagner d’un chaos social et d’un chômage de masse.

  Il y a tellement de questions sans réponse à ce jour      :

-  Est-on sûr que le CO2 est le coupable ?

-  La hausse des températures peut-elle être liée à d’autres facteurs ?

-  Doit-on parler plutôt et plus vraisemblablement de dérèglement climatique ? Si oui, quelles sont les causes de ce dérèglement ?

 Une chose est sûre, la transition GREEN va nous permettre de nous dégager de l’emprise des pays pétroliers.  

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29 novembre 2019

POPULISME ET DÉMOCRATIE

Vendredi, c'est le jour de ma chronique politque hebdomadaire

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                 On oppose souvent le populisme à la démocratie, et pourtant pour qu’existe la démocratie, il faut que le pouvoir soit donné par le peuple.

On doit regretter que l’approche politique a tendance à opposer le peuple aux élites politiques, économiques ou médiatiques. 

  En réalité, c’est le sentiment d'exclusion du pouvoir, même élu démocratiquement, qui est à la base de cette attitude. Le populisme s’exprime quand le peuple a le sentiment qu’il est exclu du pouvoir et non écouté par la démocratie représentative qu’il a lui-même mis en place et qu’il juge aujourd’hui coupée des réalités.

Si le populisme a pris des formes variées depuis les années 1800, il s’affirme depuis la fin du vingtième siècle dans le monde occidental. 

 Certaine personnalités politiques s'en prétendent le porte-parole alors qu'elles appartiennent le plus souvent aux classes sociales supérieures.

   Le peuple étant souverain, son vote ou son opinion ne peut à proprement parler être qualifiée de populiste. C'est la manipulation du peuple dont se rend coupable l’homme politique qui relève du populisme.

  De nos jours, populisme est empreint d’une approche péjorative. En réalité, nous assistons là au Réveil des peuples, un peu partout dans le monde. Leur majeure partie est aujourd’hui plus éduquée que les générations précédentes et surtout plus informées. Avec les moyens média d’aujourd’hui, le peuple est pratiquement informé en temps réel. Aussi, la gouvernance ne peut plus s’exprimer comme il y a un siècle, voir vingt ans. Les responsables politiques n’ont pas, dans leur majorité, pris la mesure de cette évolution et sont tout étonnés de leur rejet par la population.

  Mais ce n’est pas une évolution nouvelle. Déjà, dans la Rome antique, les élites se sont trouvées devant la première manifestation dite populiste. Menée par les frères Gracques d’origine aristocratique, les manifestants rejetaient les élites du moment, réclamaient l’abolition des privilèges des sénateurs et une redistribution des terres. Cicéron dénonçait ces populistes « qui méprisaient les avis du Sénat, l’autorité des gens de bien et l’héritage des anciens. » En d’autres termes, il leur reprochait de rejeter les élites, clés de la civilisation romaine, garante de la paix. Nous sommes en l’an 494 avant notre ère, Rome va connaître sa première grève. Les plébéiens se révoltent contre les conditions de travail. Il semble que cela soit la première grève de l’histoire de notre civilisation. 

 La Rome antique n’a pas pris en compte ces manifestations, n’a pas procédé aux réformes nécessaires et lentement, sa civilisation a disparu.

 Sommes nous devant un éternel recommencement ? Le cycle des régimes politiques, déjà dessiné par Polybe, mathématicien et théoricien politique grec (208av J_C/126av J-C) admiré de Cicéron pour sa lucidité, nous rappelle que le pouvoir, in fine, est détenu en dernier ressort par le peuple. Le peuple est à Rome le seul maître des honneurs et des peines, écrit Polybe. La distinction des valeurs, le jugement politique et le maintien de la concorde, si le peuple le décide, sont entre ses mains, les meilleures armes pour sauvegarder la démocratie. De temps à autre, le peuple se réveille pour le rappeler aux élites fourvoyées.

  

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22 novembre 2019

MARINE LE PEN À LA PORTE DE L’ÉLYSÉE ?

Actualité oblige, je vous parle cette semaine de Marine Le Pen, voici ma chronique politique la concernant

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      Les sondages se suivent et de jour en jour montrent une irrésistible ascension de la leader du parti d’extrême droite français, le RN, le Rassemblement National.

  Lors du deuxième tour de l’élection présidentielle en 2017, et du naufrage de madame Le Pen dans le face-à-face télévisé avec le candidat Emmanuel Macron, la sentence était tombé : la carrière politique de Marine Le Pen était terminé.

 Il faut croire que les personnalités politiques ont la vie dure. Remise de son naufrage, elle est portée, aujourd’hui, par une conjoncture des plus favorables, le vent populiste et les ruades de nombreux corps sociaux, les démunis et les victimes de la mondialisation.

  Depuis quelques semaines, c’est l’enthousiasme au Rassemblement National. Les militants y croient, se mobilisent et deviennent de plus en plus nombreux.

  Le baromètre Ifop-Fiducial pour Paris-Match constate pour Marine Le Pen un record de popularité (36%). En progression constante, elle atteint là, son meilleur score du quinquennat. Elle fait jeu égal avec le président de la République dont la cote d’approbation de son action s’érode doucement pour être aujourd’hui à 36% seulement de satisfaits.

  Les sondages la donne donc dans une nette progression dans un duel face à Emmanuel Macron en 2022. Cette hypothèse doit être aujourd’hui prise en considération, malgré les cris d’orfraie des uns et des autres. Même François Hollande se met de la partie en déclarant le 13 novembre dernier : « La seule élection que peut gagner le FN, c’est la présidentielle ».

 Marine Le Pen arrivant deuxième, voir en tête,  au premier tour, il n’est pas sûr que le front républicain soit déterminant cette fois-ci, comme dans les élections précédentes.

  Tous les acteurs politiques comprennent bien ce qui se passe, mais sont incapables d’organiser la riposte. Les chiffres sont têtus, en 2017, Emmanuel Macron ne l’avait emporté que par 66% malgré la mobilisation générale d’alors, face au danger de l’extrême droite. Ce même front républicain avait donné en 2002 à Jacques Chirac, face à Jean-Marie Le Pen, plus de 82% des voix. 

À deux ans et demi de la présidentielle, l’écart ne cesse de se resserrer entre le locataire actuel de l’Élysée et la présidente du RN, Marine Le Pen. 

  Le dernier sondage du 3 novembre indique que le chef de l’État l’emporterait par 55% des voix contre 45% pour Marine Le Pen.

Au vu de la situation aujourd’hui de l’opinion française et de l’agitation sociale qui l’accompagne, il ne faut pas écarter la victoire éventuelle de Marine Le Pen d’un revers de la main.

  Peut-être que la France de nos jours, est mure pour une telle expérience.

 

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15 novembre 2019

BREXIT, QUE VEUT JOHNSON ?

Voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi :

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  Un tantinet autoritaire, n’hésitant pas à violer         la constitution, irrespectueux des usages du parlement, le comble pour un anglais, on peut se demander si derrière cette agitation, ne se cache pas une politique politicienne qui va au-delà de ses relations avec Bruxelles.

Partisan acharné du Brexit, l'actuel Premier ministre britannique est maintenant au cœur du divorce entre son pays et l'Union européenne. Mais les convictions de Boris Johnson, qui se dit prêt à faire sortir le Royaume-Uni de l'UE sans accord, sont-elles aussi solides qu'il le prétend ? Sa carrière politique, où le goût de la mise en scène et de la provocation semble illustrer le contraire.

De son vrai nom Alexander Boris de Pfeffel Johnson, "BoJo" naît à New York en 1964, alors que son père étudie l'économie à l'Université de Columbia. Parmi ses ancêtres figurent des personnalités aux origines géographiques des plus variées, notamment Ali Kemal, dernier ministre de l'Intérieur de l'Empire ottoman et arrière-grand-père paternel de Boris Johnson. De ce fait, on peut dire, sans risque d’être contredit, qu’eu égard à la loi musulmane, Boris Johnson est réputé musulman. 

Son ambition à vouloir être premier ministre ne recule devant rien, y compris le mensonge. Durant la campagne du référendum, il a été accusé d'avoir sciemment menti, alors qu'il était maire de Londres, en disant que le Royaume-Uni versait 350 millions de livres (400 millions d'euros) par semaine à Bruxelles. Cette affirmation avait notamment circulé dans tout le pays sur un bus rouge barré du slogan: "Nous envoyons 350 millions de livres à l'UE chaque semaine, finançons plutôt notre NHS", le service de santé public. Le charisme et la fougue de Johnson, ainsi que ses slogans simplistes, avaient largement contribué à la victoire du Brexit, voté par 52 % des voix.

Durand le psychodrame qui agite le pays : sotie avec accord ou sortie sans accord, les citoyens britanniques comme la plupart des membres du parlement  ont commencé à réaliser le vrai coût du Brexit pour l’économie du pays. Ainsi, même au sein de son parti, Johnson perd la majorité et s’enfonce dans une apparente impasse. En réalité, sa stratégie n’est pas le Brexit coûte que coûte, mais obtenir des élections anticipées qui, selon les sondages, lui donneront une majorité lui permettant de gouverner à sa guise. 

Après avoir essuyé trois refus des députés britanniques, le Premier ministre Boris Johnson a finalement obtenu un accord, le  mardi 29 octobre, pour l'organisation des élections législatives anticipées le 12 décembre. 

Jeremy Corbyn, le leader de l’opposition au Royaume-Uni, s’est finalement rangé à la proposition de son rival. Il a accepté le principe d'élections légistatives anticipées que réclamait le premier ministre conservateur Boris Johnson. 

À un mois et demi de l’échéance, le travailliste a promis “la campagne la plus ambitieuse et la plus radicale pour un véritable changement que notre pays ait jamais vu”. Au regard des sondages publiés depuis plusieurs semaines, ces six semaines ne seront pas de trop pour inverser une tendance qui lui paraît bien défavorable. Car les enquêtes sont unanimes: les chances de Jeremy Corbyn d’être le lointain successeur de Gordon Brown (dernier premier ministre travailliste) au 10 Downing Street sont minces. 

L’institut YouGov a publié le 21 octobre dernier, la dernière version de sondage récurrent -qui de Boris Jonhson ou de Jeremy Corbyn ferait le meilleur premier ministre- l’actuel titulaire du poste a obtenu son meilleur score. Avec 43% des réponses, il devance son adversaire de 23 points, soit le plus gros écart depuis sa nomination en juillet.

Reste une inconnue, l’évolution ces derniers jours de l’opinion publique à l’égard de Boris Johnson. Il a obtenu ses élections anticipées, mais elles semblent devenues un pari risqué pour l’actuel locataire du 10 Downing Street.

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08 novembre 2019

L’AMÉRIQUE S’APPRÊTE À TOURNER LA PAGE TRUMP

Vendredi, c'est le jour de ma chronique politique hebdomadaire.

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    Le 3 novembre 2020 les américains voteront pour un deuxième mandat à Donald Trump ou tourneront la page Trump en élisant le candidat investi par les  démocrates.

  Tout semble annoncer un revers cuisant pour le locataire de la Maison Blanche.

  Il faut néanmoins tempérer les indications données par les récents sondages qui annoncent un raz-de-marée démocrate. L’élection présidentielle aux USA n’est pas un vote au suffrage universel direct, sinon Al Gore et Hillary Clinton, qui ont remporté plus de voix que George Bush et Donald Trump auraient gagné. Mais les pères fondateurs n’avaient qu’une confiance très limitée dans la populace, et ils avaient choisi le système indirect du collège électoral, qui attribue à chaque Etat un nombre de grands électeurs assignés au vainqueur, quel que soit l’écart de voix.

    L’indication de la chute probable de Donald Trump vientd’abord de la défaite sans appel, essuyé mardi dernier par les Républicains dans les états de Virginie (13 grands électeurs) et du Kentucky (8 grands électeurs).

Alors que le président s’était impliqué dans la campagne, ses revers dans ces deux Etats, ouvrent un espoir aux candidats démocrates pour l’an prochain.  Apparemment son implication n’a pas suffit et, suivant ses propres termes, Trump a subi une défaite significative. Mardi, les démocrates ont aussi, pour la première fois en 25 ans, repris le contrôle des deux chambres de l'Assemblée de Virginie. Dans cet Etat, ils tenaient déjà le poste de gouverneur.

Une procédure de destitution lancée par le Congrès, des sondages qui flanchent, est-ce suffisant pour arrêter le milliardaire populiste qui est déjà en campagne ?

La situation économique des Etats-Unis conditionne largement la réélection d’un président. Or Donald Trump est en train de perdre la guerre commerciale avec la Chine. L’opinion américaine considère que le ralentissement économique dans le pays est une conséquence de cette guerre. Trump en a pris conscience et a demandé à ses négociateurs de conclure un accord rapidement. Le soutien des agriculteurs du Midwest risque de lui faire défaut. Ils sont des victimes collatéraux de sa guerre commerciale du fait des mesures prises par la Chine en réponse aux augmentations des droits de douane voulues par Trump. Morosité des marchés, cours erratiques et baisse des revenus font qu’on constate aujourd’hui, un net recul dans plusieurs états pivots qui avaient assuré son élection en 2016. Récemment, William Dudley, un ancien responsable de la Fed a déclaré publiquement que la Banque centrale devait empêcher la réélection de Trump qui représente : « une grave menace pour l’économie américaine et mondiale. »

Dans une élection présidentielle, l’image de l’homme d’État compte également. Or la lassitude provoquée par ses frasques a atteint un niveau tel qu’elle va au delà des clivages politiques. L’hostilité à l’égard de Donald Trump est, aujourd’hui, transpartisane. 

  La fébrilité apparente de Donald Trump indique qu’il a conscience que sa réélection n’est tout du moins pas acquise. Son administration comme son entourage commencent à se poser des questions, la polarisation de la campagne ne suffira pas, vraisemblablement, à assurer la réélection de leur Président en novembre 2020.

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03 novembre 2019

CATALOGNE : LE DESSOUS DES CARTES

Ayant été en déplacement en Europe toute la semaine, rentré hier soir tard dans la nuit, je vous donne aujourd'hui seulement ma chronique politique hebdomadaire du vendredi

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        Pour les inconditionnels de la démocratie, les peuples ont le droit inaliénable de disposer d’eux-mêmes. Aussi, si le peuple catalan, pour autant qu’il soit un peuple distinct de celui de l’Espagne, veut son indépendance, il a toute la sympathie du monde démocratique. Encore faut-il s’assurer que ce peuple, dans sa majorité, veut cette indépendance brandie par les indépendantistes catalans.

  Qu’en est-il vraiment ? Le monde n’est-il pas manipulé par une poignée d’aventuristes qui voient un avenir radieux, pour la Catalogne et ou pour eux ?

 Toutes les études les plus objectives montrent l’inanité d’une telle aventure qui risque d’aboutir à la ruine économique de cette province espagnole.

  En réalité, intimidations, pressions sur les fonctionnaires et les policiers, embrigadement des enfants dans les écoles, les indépendantistes catalans ont cherché à imposer la sécession à une population qui, dans sa majorité, n’en voulait pas.

  Régulièrement, les indépendantistes catalans expliquent que l’Espagne n’a de démocratie que le nom. Ils ignorent délibérément tous les classements internationaux qui, année après année, placent l’Espagne parmi les démocraties les plus abouties au monde. 

  En septembre 2017, en prévision du référendum illégal du 1eroctobre, sans attendre le résultat dudit référendum, le Parlement régionale été amené à s’exprimer sur une loi « fondamentale » provisoire pour la future République catalane indépendante.

   De nombreux citoyens catalans auraient pâti de l’application de cette loi. Leurs droits fondamentaux auraient été réduits à néant : les fonctionnaires menacés de mesures de rétorsion s’ils n’obéissaient pas à des ordres manifestement anticonstitutionnels, la justice subordonnée au bon vouloir de l’exécutif, en contradiction au principe démocratique de la séparation des pouvoirs. La République catalane voulue par les indépendantistes, refusera la citoyenneté aux anciens fonctionnaires de l’État  ainsi qu’à ceux qui avaient fait carrière dans l’armée ou la police. En clair, ces citoyens deviendraient des étrangers dans leur propre pays. Les partis qui militeraient au retour dans le giron espagnol seront interdits.

  Ce que les indépendantistes préparaient est, en fait, une république indépendante peu démocratique.

   En outre, ils agissent à contre-courant de l’histoire moderne du monde qui construit de plus en plus des grands ensembles et non  un retour au morcellement  archaïque du moyen-âge.

Il existe aujourd’hui deux tendances dont les flux apparemment sont opposés : la constitution de grands ensembles politico-économiques intégrant en son sein des nations, et une revendication régionale qui permet de confirmer une identité par trop diluée dans la tendance agrégative ci dessus. 

 En réalité les catalans cherchent,  tout comme d’autres, bretons, basques, irlandais, écossais, corse, à retrouver une identité mythique structurant leur univers. Cette identité n’existe pas plus qu’une quelconque autre identité nationale, car toutes ces identités ont été forgées pour donner de la cohérence aux populations regroupées sur un  même territoire placé sous une autorité politique unique. C’est ainsi que c’est forgé la France, tout comme l’Allemagne, l’Espagne et la plupart des Nations.

 

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25 octobre 2019

TURQUIE, RUSSIE : FAUX ALLIÉS ET VRAIS ENNEMIS

Voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi

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  Pour comprendre ce qui se passe dans cette région du Moyen-Orient, il nous faut remonter à l’Empire ottoman et celui de la Sainte Russie,  le premier musulman, le second chrétien. 

Erdogan, le président turc, comme Poutine, le Tsar de toutes les Russies, rêvent de leur splendeur passée. Le problème est que la géographie n’a pas changé et pousse à l’affrontement ces deux puissances, malgré quelques accords tactiques.

 La poussée des Russes vers le Sud est une histoire millénaire. Ils viennent du froid, et cherchent depuis toujours un débouché sur les mers chaudes. Mais pour y arriver il a d’abord fallu qu’ils se débarrassent de la tutelle des Mongols, culturellement cousins des Turcs, puis qu’ils bousculent des populations tatares, encore une variante des Turcs, pour atteindre la mer Noire.

Mais la mer Noire est pratiquement une mer fermée. Pour atteindre la Méditerranée il faut passer par le Bosphore. Or c’est le cœur de l’empire ottoman et aujourd’hui celui de la Turquie. 

Chassés des bords de la mer Noire par l’effondrement de l’URSS, les Russes de Poutine s’y réinstallent en enlevant l’Abkazie à la Géorgie en 2008 et en annexant la Crimée en 2014. Le Donbass ukrainien quasi annexé par l’armée russe, n’est pas loin.

 Poutine va contourner la Turquie par le Sud, en implantant une base puissante en Méditerranée, en Syrie, justement.     Aujourd’hui il est l’homme fort de ce pays par-dessus Bachar El Assad. 

 Le rêve ottoman d’Erdogan est contrecarré ainsi, par la stratégie géopolitique de Poutine. Pour lui, comme pour beaucoup de Turcs, le drame a été la disparition de l’Empire lors de la première guerre mondiale. Dans un premier temps, ce fut même celle de l’actuelle Turquie qui était en jeu, car il a fallu laisser de la place non seulement aux Arabes, mais aussi aux Arméniens, aux Grecs et aux Kurdes.

  La stratégie de Mustafa Kemal à lépoque a été de prendre aux Occidentaux ce qui fait leur puissance, constitution, laïcité, droits des femmes ; et alla plus loin en abandonnant l’alphabet arabe et ce pour consolider la laïcité. Aujourd’hui, on idéalise l’européanisation de la Turquie par Atatürk en oubliant que pour sauver son territoire, il a physiquement éliminé les Arméniens et les Grecs d’Anatolie, et ses successeurs ceux de Constantinople, de la côte de la mer Noire et du Nord de Chypre en 1974.

 Quand aux Kurdes, Mustafa Kemal  sabotera la création de leur État prévu par les Français et les Anglais.

La déportation, le massacre ou la soumission des Arméniens, Grecs et Kurdes ont été volontairement oubliés par les Occidentaux la Turquie étant une alliée face à l’URSS, avait bien sûr adhéré à l’OTAN pour être protégée de son éternel adversaire russe.

  Sous le régime kémaliste, ont perduré les cercles religieux ou islamistes représentant une petite majorité de la population. Cette majorité prendra le pouvoir avec l’instauration de la démocratie sous la pression de l’Union européenne qui a donc œuvré ainsi à l’apparition d’une république islamiste.

  L’Europe a étalé sa faiblesse ou son indifférence en ne pouvant empêcher la déportation et le massacre des Arméniens, puis ceux des Grecs et en renonçant à l’État kurde promis. 

Cela découle notamment de la pression américaine favorisant la Turquie, « qui a la plus grande armée de l’OTAN ».

Le soulèvement du peuple syrien contre la dictature de Bachar al Assad, a été pollué par larrivée des islamistes soutenus financièrement et en armement, par les Turcs et les Saoudiens, ce qui a permis à Bachar al-Assad de se proclamer « bouclier anti-islamiste ».

Bachar al-Assad était pratiquement vaincu lorsque sont arrivées les troupes et surtout l’aviation russes à partir de leur base méditerranéenne située dans la région alaouite.

Les alaouites pratiquant une variante du chiisme étaient soutenus par l’Iran, directement ou via le Hezbollah libanais, chiite lui aussi.

L’objectif de l’Iran est connu, réaliser « l’arc chiite » (Irak, Syrie et Liban) lui donnant accès à la Méditerranée.     Les Kurdes d’Irak et de Syrie gênent le milieu de cet « arc »

La politique des divers gouvernements d’Ankara vis-à-vis des Kurdes de Turquie a plusieurs fois changé. Elle leur est maintenant hostile depuis plusieurs années, du fait de l’alliance du principal parti turc, l’AKP du président Erdogan,  avec le parti ultranationaliste MHP. La répression tournera à la guerre civile vers  2010. 

On comprend donc que le président Erdogan craigne, ou fasse semblant de craindre, d’avoir une entité autonome kurde de Syrie à sa frontière sud.

Erdogan proclame vouloir déporter les refugiés syriens qui sont en Turquie, de plus en plus mal tolérés par la population turque, pour les installer au nord de la Rojava dont on aura expulsé les Kurdes. 

En effet l’inquiétude électorale du président Erdogan est grande depuis l’élection municipale qui lui a fait perdre la métropole, Istanbul dont une partie de la population est kurde, et la capitale, Ankara. Il a perdu son principal atout, la réussite économique, alors que son autoritarisme et son islamisme vont croissant.

Donald Trump ayant décidé de rapatrier les soldats américains, pour des raisons électorales lui aussi (c’était sa promesse de campagne), vient de trahir les Kurdes qui se sont faits tuer en luttant contre État islamique. Ce retrait a donné le feu vert de fait à l’offensive turque contre la Rojava. Et va probablement permettre à l’État islamique de sortir de la clandestinité et de reprendre ses opérations, les Kurdes étant occupés ailleurs et n’ayant plus l’appui des forces spéciales américaines et françaises.

La Rojava étant un territoire syrien, l’armée nationale est venue au secours des Kurdes, ce qui n’a été possible qu’avec l’aval de la Russie. Revoilà nos deux alliés/ennemis face à face.

Erdogan a perdu la première manche de sa recherche impériale en échouant à éliminer Bachar el Assad pour le remplacer par un féal sunnite, proche comme lui des Frères musulmans.

Les résultats de la deuxième manche se limitent pour l’instant à l’occupation de quelques kilomètres carrés de territoire syrien qu’il lui faudra probablement quitter un jour ou l’autre.

Erdogan, en fait, essuie un échec brulant pour son rêve impérial de la Turquie La réussite de Poutine est par contre éclatante : la démission américaine lui a permis de retrouver le rôle international qu’avait l’URSS dans la région.

La géographie étant aussi têtue que les faits, Moscou ne viendra jamais fondamentalement au secours d’Ankara et imposera sa stratégie en Syrie au président turc Erd

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18 octobre 2019

LES FRONTIÈRES, UN TABOU EN AFRIQUE

Vendredi, voici ma chronique politique hebdomadaire

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 Il y aura le rêve africain, comme il y a eu le rêve américain et aujourd’hui, le rêve chinois. L’Afrique, tous les économistes sont d’accords pour la classer « continent d’avenir ». Mais pour cela, il faut que les Africains résolvent certains problèmes fondamentaux qui freinent le développement des États africains.

 L’Afrique a plusieurs tabous, dont celui des frontières. Il est malséant d’en parler, comme de parler d’une corde dans la maison d’un pendu. Et pourtant, le Larousse insiste sur les frontières comme un des éléments qui déterminent un pays, une Nationun État souverain est vu comme délimité par des frontières territoriales établies, à l'intérieur desquelles ses lois s’appliquent à une population permanente.

 Certains pays en Afrique n’ont vu le jour qu’à la fin des colonisations européennes. Le découpage artificiel des pays, des frontières fixées arbitrairement, souvent à la règle, ont fait fi du respect dû aux peuples, aux ethnies, à l’Histoire. Si sage qu’a été la décision de l’OUA sur l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation et entérinées par l’ONU, il n’en demeure pas moins vrai que certains peuples  continuent  à en souffrir.  La mémoire collective est là pour le rappeler aux gouvernants successifs. Les frontières artificielles auront été un cadeau empoisonné qui a contribué au retard pris dans le développement de l’Afrique.

 Ce développement passe par la mise en cause tôt ou tard, de ces frontières léguées par la colonisation.Au moment des indépendances africaines, il a été décidé de ne pas remettre en cause les frontières. Cinquante cinq ans après, que peut-on dire de l’intangibilité des frontières africaines ? Ces frontières ont dans bien des cas, fait fi des réalités ethniques, linguistiques, religieuses et politiques des peuples africains.

 La négligence et la volonté d’ignorer ce substrat géographique et les divisions socio-politiques traditionnelles engendrèrent une série de difficultés que les commissaires d’abornement furent les premiers à relever. Ils tenaient compte parfois des limites naturelles infranchissables, mais ont également tracé des lignes droites sur l’inconnu et les ont appelé frontières. Lord Salisbury, lui-même un des grands « partageurs du gâteau » africain déclarait alors : « Nous avons entrepris de tracer sur les cartes des régions où l’homme blanc n’avait jamais mis le pied. Nous nous sommes distribués des montagnes, des rivières et des lacs, à peine gênés par cette petite difficulté que nous ne savions jamais exactement où se trouvaient ces montagnes, ces rivières, ou ces lacs »

 Les frontières ainsi tracées ont divisé des groupes consanguins et provoqué, après l’indépendance, des guerres inutiles et des génocides, les équilibres ethniques étant rompus.

  Pour dénoncer ce partage préjudiciable à la viabilité durable des Etats, les dirigeants africains, favorables à la remise en cause des frontières, réunis au sein du « Groupe de Casablanca » voulaient une refonte des frontières africaines en 1963.

D’autres dirigeants, à l’inverse, souhaitaient le maintien du tracé hérité de la colonisation. Pour ce second groupe de dirigeants, appelé « Groupe de Monrovia », le statu quo territorial avait comme objectif la stabilité des frontières coloniales, permettant de sécuriser les confins des Etats africains nouvellement indépendants. 

  C’est dans ce contexte de forte controverse au sujet des frontières des Etats africains, que la Conférence des Chefs d’Etats et de Gouvernements de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) réunie au Caire, opta en faveur du « principe de l’intangibilité » des frontières en Afrique, le 21 juillet 1964. L’enjeu étant d’empêcher les conflits dus aux remises en cause de frontières et de stabiliser les édifices étatiques hérités de la colonisation.

  55 ans après l’intangibilité des frontières africaines, quel bilan peut-on établir ? Les problèmes de frontières en Afrique, constituent toujours une source persistante de conflits.  Comment parvenir à les surmonter ?  On peut envisager la constitution d’ensembles économiques, allant éventuellement jusqu’à la création d’États fédérés.

  Cette poussée vers l’unité africaine qui est déjà une base politique du continent africain, est la meilleure réponse que l’Afrique peut donner aux séquelles de l’ancien colonialisme. C’est la seule réponse au risque de retomber dans un système néocolonialiste, un système de domination extérieure, directe ou cachée. Les candidats ne manquent pas : la France qui considère une partie de l’Afrique comme son pré-carré, les Etats-Unis, la Chine qui développe actuellement une véritable mainmise sur les richesses de l’Afrique.

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13 octobre 2019

QUE CHERCHE ERDOGAN ?

Avec retard et excuses, voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi.

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      Officiellement l'intervention militaire turque dans l'enclave kurde de Syrie, est justifiée par la volonté d'y installer des réfugiés syriens. Bien peu pourtant souhaitent s'y rendre.

 C'est au nom des 3,6 millions de Syriens refugiés en Turquie, tout du moins en partie, que le président turc Recep Tayyip Erdogan a lancé le 9 octobre dernier, son intervention militaire dans le nord est de la Syrie. 

  La crise économique et les difficultés politiques du parti au pouvoir, l'AKP du président Recep Tayyip Erdogan, qui a perdu les villes d'Istanbul et d'Ankara au printemps,  n’est pas étrangère à cette aventure militaire.  Les refugiés syriens, ne sont plus les "invités" des premiers jours. 

En début de semaine, il a reçu le feu vert du président américain, malgré les hurlements des Démocrates et d’une grande partie des Républicains. L’opinion américaine ne comprend pas que Washington puisse abandonner leurs alliés, les Kurdes, dans la lutte contre l’hydre islamique, prétendument État islamique en Syrie.

L'objectif réel est d'occuper une bande frontalière dans cette région syrienne passée sous contrôle kurde à la faveur de la guerre contre l’EI.

 Ankara veut y reloger des centaines de milliers de réfugiés syriens. En vérité  Erdogan veut empêcher l'installation durable d'entités autonomes kurdes sous le contrôle des Forces démocratiques syriennes (FDS), armées et entraînées par les Etats-Unis pour combattre l'EI.  Ankara redoute que l'établissement d'un "Etat kurde" dans le pays voisin ne galvanise les velléités séparatistes des Kurdes sur son propre sol. 

Pour neutraliser les velléités de l’Union européenne, Erdogan n’hésite pas à recourir, au chantage : vous me laisser faire, ou j’ouvre les portes qui permettront à des millions de migrants de déferler sur l’Europe. Il n’hésite pas, ainsi, à violer l’accord conclu avec l'UE prévoyant qu'Ankara stoppe la traversée de migrants vers la mer Egée en échange d'une aide de 6 milliards d'euros. 

 

Avantage supplémentaire aux yeux du dirigeant turc, l'installation de réfugiés en grande majorité arabes sunnites permettrait de diluer la population kurde du secteur. Une pratique récurrente dans la région.

Les réfugiés installés en Turquie ont longtemps bénéficié d'un statut favorable en comparaison à celui des autres pays de la région. Officiellement "invités" par le président turc, qui soutenait le soulèvement contre le président syrien, ils ont bénéficié d'une "carte de protection temporaire"(Kimlik). 

Depuis que la spectaculaire croissance des quinze dernières années a cédé la place à la stagnation actuelle, plusieurs formations politiques turques font de la surenchère anti-réfugié. "L'opposition, d'abord, rejointe ensuite par l'AKP, quand celui-ci s'est allié aux ultranationalistes du MHP, en 2018. Le discours anti-syrien s'est propagé à tout le pays.

  Il est certain que cette opération militaire turque ne risque pas d’embraser la région. Trump a déjà fait savoir qu’il n’interviendra pas en faveur des Kurdes qui « ne sont pas venus aider les soldats américains en Normandie !!! ». La Russie, si elle n’est pas un allié d’Erdogan en Syrie, et cependant un compère dans l’opération. Elle n’a aucun intérêt à contrarier les plans locaux du Président turque.

  L’Union européenne est vouée à la neutralité sur place, à part des discours de commisération à l’égard des Kurdes.

  La grande perdante c’est la Morale. Mais la Morale n’a jamais était une menace pour aucun gouvernement au Monde, à fortiori à un dictateur comme Erdogan.  

 

Posté par gabrielbanon à 14:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]