Gabriel Banon, Politiquement Incorrect.

13 octobre 2019

QUE CHERCHE ERDOGAN ?

Avec retard et excuses, voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi.

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      Officiellement l'intervention militaire turque dans l'enclave kurde de Syrie, est justifiée par la volonté d'y installer des réfugiés syriens. Bien peu pourtant souhaitent s'y rendre.

 C'est au nom des 3,6 millions de Syriens refugiés en Turquie, tout du moins en partie, que le président turc Recep Tayyip Erdogan a lancé le 9 octobre dernier, son intervention militaire dans le nord est de la Syrie. 

  La crise économique et les difficultés politiques du parti au pouvoir, l'AKP du président Recep Tayyip Erdogan, qui a perdu les villes d'Istanbul et d'Ankara au printemps,  n’est pas étrangère à cette aventure militaire.  Les refugiés syriens, ne sont plus les "invités" des premiers jours. 

En début de semaine, il a reçu le feu vert du président américain, malgré les hurlements des Démocrates et d’une grande partie des Républicains. L’opinion américaine ne comprend pas que Washington puisse abandonner leurs alliés, les Kurdes, dans la lutte contre l’hydre islamique, prétendument État islamique en Syrie.

L'objectif réel est d'occuper une bande frontalière dans cette région syrienne passée sous contrôle kurde à la faveur de la guerre contre l’EI.

 Ankara veut y reloger des centaines de milliers de réfugiés syriens. En vérité  Erdogan veut empêcher l'installation durable d'entités autonomes kurdes sous le contrôle des Forces démocratiques syriennes (FDS), armées et entraînées par les Etats-Unis pour combattre l'EI.  Ankara redoute que l'établissement d'un "Etat kurde" dans le pays voisin ne galvanise les velléités séparatistes des Kurdes sur son propre sol. 

Pour neutraliser les velléités de l’Union européenne, Erdogan n’hésite pas à recourir, au chantage : vous me laisser faire, ou j’ouvre les portes qui permettront à des millions de migrants de déferler sur l’Europe. Il n’hésite pas, ainsi, à violer l’accord conclu avec l'UE prévoyant qu'Ankara stoppe la traversée de migrants vers la mer Egée en échange d'une aide de 6 milliards d'euros. 

 

Avantage supplémentaire aux yeux du dirigeant turc, l'installation de réfugiés en grande majorité arabes sunnites permettrait de diluer la population kurde du secteur. Une pratique récurrente dans la région.

Les réfugiés installés en Turquie ont longtemps bénéficié d'un statut favorable en comparaison à celui des autres pays de la région. Officiellement "invités" par le président turc, qui soutenait le soulèvement contre le président syrien, ils ont bénéficié d'une "carte de protection temporaire"(Kimlik). 

Depuis que la spectaculaire croissance des quinze dernières années a cédé la place à la stagnation actuelle, plusieurs formations politiques turques font de la surenchère anti-réfugié. "L'opposition, d'abord, rejointe ensuite par l'AKP, quand celui-ci s'est allié aux ultranationalistes du MHP, en 2018. Le discours anti-syrien s'est propagé à tout le pays.

  Il est certain que cette opération militaire turque ne risque pas d’embraser la région. Trump a déjà fait savoir qu’il n’interviendra pas en faveur des Kurdes qui « ne sont pas venus aider les soldats américains en Normandie !!! ». La Russie, si elle n’est pas un allié d’Erdogan en Syrie, et cependant un compère dans l’opération. Elle n’a aucun intérêt à contrarier les plans locaux du Président turque.

  L’Union européenne est vouée à la neutralité sur place, à part des discours de commisération à l’égard des Kurdes.

  La grande perdante c’est la Morale. Mais la Morale n’a jamais était une menace pour aucun gouvernement au Monde, à fortiori à un dictateur comme Erdogan.  

 

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04 octobre 2019

DE L’ÉCONOMIE ÉCOLOGIQUE

Nous sommes vendredi, le jour de ma chronique politique hebdomadaire 

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      Le secrétaire générale des Nations Unis, Antonio Guterres, a offert la tribune de l’ONU à la jeune suédoise, Greta Thunberg, haut-parleur de ses parents, des militants écologiques inaudibles. Elle a accusé la terre entière de lui avoir volé son enfance, diantre, elle a raison, sa place est en classe, à l’école. Ses parents devraient être poursuivis pour exploitation éhontée de la naïveté de leur fille.

Les écologistes adorent pronostiquer le pire. En 1974, René Dumont, premier candidat vert à une présidentielle française, affirmait qu’on allait manquer d’eau très bientôt. Pour les années 1980, on allait avoir une hécatombe planétaire de cancers de la peau, dues au trou de la couche d’ozone (qui s’est naturellement rebouchée depuis). En 1989, le bureau de l’environnement des Nations Unis annonçait la disparition des Maldives, les Seychelles et les Pays-Bas, engloutis par les flots, pour l’an 2000. L’urgence climatique est réelle, mais ne transformons pas l’écologie en une nouvelle religion millénariste.

Mais que sait-on de l’économie écologique ? Elle en est à ses débuts, et développe nombre de théories que d’aucun considèrent utopiques.  En fait, elle est peu connue des économistes, peu d’entre eux se sont penché sur ce domaine. Pour certains observateurs écologistes, nous entrons dans une crise écologique et sociale sans précédent historique, pouvant aller jusqu’à un « effondrement » humain mondial. Rien que cela ! Ils jugent que si la prise de conscience tarde, c’est parce que les manifestations de cette crise restent limitées, surtout pour les catégories dominantes et dans les pays riches. 

 Pour eux, les solutions existent, mais  heurtent de front les intérêts privés à court terme. La logique de la mondialisation financière, et l’avidité consumériste, ne militent pas pour une prise de conscience universelle des problèmes écologiques.

Plusieurs écologistes, et pas des moindres, ont fait fortune sur ce thème. Le plus connu d’entre eux est l’icône française auto-proclamée, Nicolas Hulot.

 L’économie écologiste se veut être une branche de l’Économie en interface avec l’écologie. Ses hérauts affirment que la nature n’est pas soluble dans le marché, un peu absconde comme déclaration.

La sphère écologique serait intégrée dans un système plus grand, la biosphère, dont elle dépend. C’est sur ce socle commun que se construit, actuellement, un champ de recherche au croisement des sciences de la vie et des sciences sociales.

Il va être intéressant de voir si ces recherches vont pouvoir guider l’action des opérateurs économiques, publics et privés.

Assurer un développement durable, le rêve de tout acteur économique, pour cela, il faudra pouvoir concilier progrès économique, justice sociale et préservation de l’environnement. Pour nombre d’économistes, c’est la quadrature du cercle.

 L’économie écologiste a un caractère résolument holistique et transdisciplinaire, mais il faut qu’elle surmonte les barrières existantes entre les disciplines scientifiques.

In fine, son but, apparemment utopique, est de parvenir à isoler stabilité économique et croissance, tout en restant à l’intérieur de l’échelle écologique.

 L’économie écologiste fait appel à différents « capitaux », naturel, social, culturel et humain, avec lesquelles elle entend atteindre ses objectifs : un cadre durable assurant une distribution juste des ressources et une allocation efficace de ces ressources.

  Pour cela, il faudra faire appel aux financiers pour assurer les investissements nécessaires dans les technologies nouvelles et les besoins d’amélioration des écosystèmes. D’autres investissements importants ne pourront pas être assurés seulement par le discours écologiste : l’éducation, les infrastructures publiques, l’efficacité énergétique. Les écolos, qui ont réponse à tout, déclarent, on fera appel aux fonds privés ! !

Leur objectif est de répondre aux besoins des générations actuelles sans compromettre la capacité des générations futures. Comment ? La question est sans réponse pour le moment.

Mais les réalités économiques amènent les dirigeants politiques à prioriser le présent devant la hantise de cette récession qui, aujourd’hui, pointe son nez.

Oui, une économie écologiste est en train de se mettre en place. Cette écologie est en fait avalée et digérée par le capitalisme qui s’ouvre ainsi d’autres secteurs de profitabilité. 

 L’Économie n’est ni de droite ni de gauche, elle a ses propres lois et fait fi des régimes politiques dans lesquels elle s’exprime. L’écologie, le Bio ne sont que des nouveaux  marchés comme les autres et obéissent eux aussi à ses règles et contraintes.

 

 

 

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30 septembre 2019

L’ADIEU À CHIRAC

                                

   La mort sublime toujours l’homme politique qui vient de mourir.  Pour peu qu’il soit populaire, il devient une icône que le peuple est prêt de pleurer.

  C’est ainsi, que devant le monde dubitatif, la France a rendu un vibrant hommage à son ancien Président de la République.

Il était parmi les personnalités les plus appréciées des français, une catégorie qu’il n’a jamais intégrée au cours de sa très longue carrière politique. 

  Force de la nature, animé d’une ambition à laquelle il ne refuse rien, il fait ses débuts en politique sous Georges Pompidou qui le nomme secrétaire d’État à l’emploi à 34 ans, un certain 5 avril 1967. Il ne quittera plus les ors de la République qu’à son retrait de la vie politique et publique en 2011.

 Il y a plusieurs Jacques Chirac, l’homme qui aime les français et ne recule devant aucun geste qui le rapproche du peuple, et l’homme politique, ambitieux, intraitable avec tout ce qui pouvait entraver sa marche vers l’Elysée. Le peuple français, il l’a toujours compris jusqu’à son divorce avec son opinion publique. Ce fut à la fin de son premier septennat, le deuxième, par respect à la vérité historique, lui ayant été offert par Le Pen candidat du Front National, arrivé deuxième, à quelques voix de Chirac. Le candidat qui a plafonné à 20% à ses   quatre premiers tours d’une présidentielle, va être celui qui bat le record sans doute jamais égalé de 25,54 millions de voix recueillies sur son nom en 2002.

 Il incarnait non pas la France, mais le peuple de France, buveur de bières et amateur de choucroute. Nul doute que c’est le Président qui a le plus aimé les français qui le lui rendront bien, surtout après son retrait de la vie publique. Sa longévité politique lui avait fait intégré le cercle familiale de la France profonde.

  Bulldozer, comme le surnommait Georges Pompidou, homme toujours au grand cœur mais parfois sans scrupules, il a été un tueur sans état d’âme, de tous ceux qui pouvaient lui porter ombrage. On lui doit, en partie, le désert d’hommes d’envergure chez la droite française. La liste serait trop longue, si on devait nommer toutes ces victimes.

 Sur la scène mondiale, Jacques Chirac restera célèbre pour avoir défié les Américains sur l’Irak, une véritable star de la rue arabe pour avoir dit non à Bush.

 Sur son petit nuage à l’Élysée, il y résidera douze années où tant de réformes auraient pu être menées ou initiées. Pas de vagues aurait été sa formule préférée. Où est passé le Bulldozer de Pompidou ? Il semble que la résidence présidentielle était le terminus de ses ambitions.

 Homme charmant, ouvert et accessible, il forçait l’amitié. Les français et une grande majorité de ceux qu’on appelle l’Élite l’ont aimé avec ses défauts et ses qualités.

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27 septembre 2019

LE DÉCLIN DE LA FRANCE, UN TABOU ?

Les événements en France, hormis le décés du président Jacques Chirac, m'ont amené à écrire cette chronique avec quelque véhémence/

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Dominique de Villepin, alors premier ministre de la France, considérait que « les déclinistes disent n’importe quoi » Depuis, force est de constater que les Français s’enlisent dans le pessimisme et ne cachent pas leurs inquiétudes. Le journal Le Monde du mardi 17 septembre, au vu du sondage Ipsos-Sopra Sterla, à propos de l’enquête annuelle « Fractures françaises », note que « le déclinisme repart à la hausse. » 73% des français pensent que la France est en déclin.

  La lutte contre les discriminations et les enragés des « droits de l’Homme » récoltent là les fruits de leur bataille contre la famille. Les normes naturelles jusqu’alors, sont battues en brèche par des « élites » dont l’arrogance de détenir la vérité, n’a d’égale que leur incurie à prendre en mains les véritables problèmes du peuple de France.

  Madame Nicole Belloubet, garde des Sceaux déclare : « Nous créons un mode de filiation qui est totalement déconnecté de la vraisemblance biologique », mieux, le député LREM, Jean-Louis Touraine, rapporteur de la loi de bioéthique enfonce le clou ; « Il n’y a pas de droit de l’enfant d’avoir un père. » Nicole Belloubet qui devrait dire la Loi en sa qualité de ministre de la Justice déclare : «  l’accouchement ne fait pas filiation, » Mesdames les mamans, vous n’êtes plus la maman de vos enfants, il semble qu’il vous faut vous conformer à la nouvelle loi et faire les démarches qui s’imposent pour faire reconnaître votre qualité de maman. Dans cette nouvelle société que nous concoctent tous ces apprentis-sorciers, il n’y a plus de père, de mère, non, il y a deux mamans pour un enfant sans père. Tout cela au non de la lutte contre les discriminations et répondre aux désirs d’une minorité.

 Je suggère à Madame la garde des Sceaux de citer au tribunal Dame Nature pour discriminations notoires. Elle crée des hommes et des femmes,  des blancs, des jaunes et des noirs, des beaux et des laids, des grands, des petits, des intelligents et des abrutis, des pères et des mères, et cela journellement.

  À force d’attaquer la cellule maîtresse de nos sociétés, à savoir la famille, on a semé le doute et l’inquiétude. On a obtenu le rejet des élites et l’absence de confiance en nos hommes politiques.

 Tout cela se fait au nom du progrès, de l’égalité, de la lutte contre les discriminations. Cette loi va cacher aux enfants l’existence du père biologique. Tout un chacun connaît la souffrance des enfants qui ont été privé de leur père. Cette loi va imposer la discrimination aux enfants privés de parents naturels.

  Le silence des responsables politiques est assourdissant. La macronie donne le spectacle d’une caste sans doctrine, préoccupée seulement par sa survie.

 L’homme d’État français, Henry Queuille disait : « la politique ne consiste pas à faire taire les problèmes mais à faire taire ceux qui les posent ». Il semble qu’il a fait des émules.

 Le déclin de la France est-il un sujet tabou ? Est-il politiquement incorrect d’aborder le sujet ? 

 

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20 septembre 2019

PLAIDOYER POUR UN CAPITALISME HUMANISTE

Voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi:

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  Certains ministres français, à commencer par Bruno Le Maire, chargé de léconomie de la France, développent les vieilles thèses anti-profit des années soixante. On pouvait croire que la gauche et les autres étaient vaccinés contre les faux-procès du capitalisme et du profit.

Dans une interview accordée au magazine Le Point le 24 juillet dernier, Bruno Le Maire affirmait : que « le capitalisme que nous avons connu au XXe siècle est dans une impasse ». Selon lui, « le capitalisme ne peut plus se donner comme seul objectif de générer du profit. Il doit avoir un sens politique et social. Il a conduit à la destruction des ressources naturelles, à la croissance des inégalités et à la montée des régimes autoritaires. Entre le capitalisme financier américain et le capitalisme d’État chinois, nous devons définir un capitalisme européen durable et responsable ».

 Si on veut éviter la récession qui sannonce, il faut baisser les impôts, les taxes et alléger les réglementations ainsi que le train de vie de lÉtat.  La cible ne peut pas être le capitalisme mondial !

 Cest la politique consumériste « du toujours plus » qui a et continue à détruire les ressources de la planète. Ce nest pas le fonctionnement du régime capitaliste qui crée les inégalités, mais ce que lon fait des richesses quil produit. Les entreprises doivent faire du profit, cest aux politiques de décider ce quil faut en faire.

  Les temps où il était de bon ton pour les pseudo-marxistes de s’en prendre au profit, sont révolus. Marx faisait le lien entre la lutte des classes et le profit, considérant que celui-ci est un instrument d’exploitation dans les mains de la bourgeoisie. Or, l’histoire du capitalisme a montré exactement le contraire : le profit capitalistique a créé les richesses qui ont sorti les masses de la pauvreté. À aucune autre période de l’humanité, nous n’avons été aussi riches et aussi bien portants. Et cela grâce au profits générés par le capitalisme. Le problème nest pas le capitalisme, mais la redistribution du profit dans certaines économies de la planète. Oui, il faut humaniser non pas le profit, non pas le système capitaliste, mais la finance internationale avec son économie virtuelle. 

 Oui, les inégalités subsistent, principalement dans des autocraties comme la Russie et la Chine, ou dans des pays encore en développement comme l’Inde. Mais globalement, dans le monde, au vu du rapport. de la Banque mondiale, elles se réduisent, tout comme la pauvreté : « les inégalités dans le monde sont en recul constant depuis 1990 et, bien souvent, les inégalités au sein de la population d’un même pays refluent depuis 2008 ». Toujours selon la Banque mondiale, désormais 800 millions de personnes ne disposent que de moins de 1,90 dollar par jour pour vivre, contre 1,95 milliard en 1990, alors même que la population de la planète a augmenté de 50% sur la même période. 

 Dire que le capitalisme a conduit à la destruction des ressources naturelle, est une ineptie. Cest la surconsommation, le laisser-aller et la gabegie de nos sociétés. Grâce à l’innovation, de nouvelles ressources sont découvertes et de nouveaux moyens pour les extraire sont utilisés. En fait, les ressources naturelles n’ont jamais été aussi abondantes, à commencer par le pétrole. 

 Par ailleurs, contrairement à ce que soutient monsieur Le Maire, les régimes autoritaires ne sont pas plus nombreux aujourd’hui. En 1989, moins de 50 % de la population mondiale vivait dans des pays démocratiques contre deux tiers maintenant. (sources ONU).

La crise que nous vivons n’est pas celle du capitalisme mais celle de l’étato-capitalisme. Ce dont on souffre, ce n’est pas de trop de marché, mais de pas assez de marché. Tel est le message que répand une génération d’économistes contestataires. 

 La pensée libérale est en train de renaître, d’évoluer d’une manière scientifique. Cette approche tend à donner un sous-bassement scientifique à une idéologie, à une conception du monde, qui jusque-là était essentiellement de nature politique.

  Aux dire du philosophe, Jean-François Revel, «  La société souffre non pas de trop de marchés, mais de trop d’État. »

La paradoxe est que battu en brèche tous les jours au niveau idéologique, le capitalisme est vigoureusement courtisé au niveau pratique. Aussi bien les pays socialistes (Chine comprise désormais) que ceux du tiers monde, font appel aux investissements, à l’aide technologique, à la capacité importatrice de la poignée de pays capitalistes développés dont ils proclament, d’autre part, le système mortellement atteint.

Depuis quatre ou cinq ans, un groupe de jeunes économistes français a développé une recherche originale. L’objectif est de faire la théorie du capitalisme tel qu’il est, et aussi tel qu’il peut être, en se tenant à égale distance de l’optimisme de la théorie libérale classique et des critiques caricaturales de la vulgate marxiste.

Mais ces économistes de la nouvelle école ne se livrent pas à une attaque simpliste de l’Etat, ils montrent seulement que l’Etat n’est pas un bon économiste. 

  Pour eux, les difficultés des sociétés occidentales révèlent moins de la faillite de l’économie des marchés que de la faillite des mécanismes politiques. Il faut mettre au point une nouvelle technologie politique, une démocratie affinée, par rapport aux procédures de choix, inventées au XIX° siècle et trop brutales pour la complexité des options . Qu’ils soient de droite ou de gauche, les techno-bureaucrates d’Etat ont des méthodes semblables pour se substituer aux vrais décideurs : les citoyens, les consommateurs, les entrepreneurs. 

La mondialisation économique, qui s’est accélérée au cours des dernières décennies, est en train de conduire à une convergence des modèles nationaux de capitalisme vers un modèle unique de capitalisme de marché. 

Plusieurs économistes, sociologues, écrivains de renom se sont penché sur ce capitalisme que l’on dit moribond.

D’aprèsImmanuel Wallerstein, il y a de bonnes raisons de croire à un effondrement prochain du système capitaliste, tel qu’on l’a connu jusqu’à ce jour .

Graig Calhoun estime qu’un capitalisme réformé́ pourrait être sauvé, si une fraction suffisamment éclairée des décideurs capitalistes assume ses responsabilités et affronte les coûts systémiques de son action. Il souligne que le capitalisme est une économie politique, dans un cadre institutionnel et façonné́ par des choix politiques, et qu’il ne peut pas survivre sans les États-nations. Il évoque divers scénarios d’organisation institutionnelle possibles, estimant que l’émergence d’un capitalisme d’État de type chinois, avec davantage de régulations et de contrôles, est une hypothèse plausible. 

Michael Mann est également favorable à une solution de type social-démocrate aux problèmes du capitalisme, mais il met en évidence la complexité́ des interrelations entre l’économie, la politique, la géopolitique, l’idéologie, la diversité́ régionale du monde contemporain. Cette complexité́ rend l’avenir très difficile à prévoir. 

 

L’incertitude entraine de la confusion, de la colère, des rebellions contre les élites et surtout une peur aiguë. Cette vague d’anxiété́ encourage la recherche d’alternatives politiques inédites. Elle attise la recherche de boucs émissaires. Mais elle favorise aussi la possibilité́ de déconstruire les préjugés profondément enracinés sur le fonctionnement du système du monde moderne.

 Nous devons aller résolument vers un capitalisme humaniste.

Les académiciens définissent ainsi le mot humanisme : « doctrine, attitude philosophique, mouvement de pensée qui prend l’Homme pour fin et valeur suprême, qui vise à l’épanouissement de la personne humaine et au respect de sa dignité ».

 Propagateurs de la pensée humaniste, les philosophes de la Renaissance, Dante, Pétrarque puis Marsile Ficin, Pic de la Mirandole et plus tard Montaigne  se sont systématiquement référé aux penseurs grecs et romains et n'ont eu de cesse d'en faire l'éloge.

 Ernest Renan écrit : « organiser scientifiquement l'humanité, tel est le dernier mot de la science moderne, telle est son audacieuse mais légitime prétention »

 Le patronat français, par la voix de sa présidente d’alors, Laurence Parisot citait en 2012 Érasme: « L’esprit d’entreprise est bien supérieur à l’activité de commerce qu’il engendre. » L’humanisme est fréquemment présenté comme une référence par les managers.  

La considération du profit ne domine pas l’économie mais est et a toujours été tout simplement la mesure de l’efficacité de l’entreprise. Pour un capitalisme humaniste, l’Homme est au cœur du projet de l’entreprise.

Replacer l’homme au centre n’est ni un voeu pieux ni une utopie. Dans le monde d’aujourd’hui, c’est une condition existentielle. Il a fallu peu de temps aux managers des entreprises multinationales pour vérifier que le bon management, efficace, ne peut s’appuyer que sur le respect des personnes.

Le capitalisme n’est pas un des systèmes économiques, mais l’expression de l’Économie et ses lois. Devant l’évolution de nos sociétés, la dimension humaine doit être prise en compte et donner naissance à un capitalisme humaniste dont les rouages de fonctionnement restent immuables, mais dont la répartition des fonctions et des profits doivent être revus.  

 

 

 

 

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15 septembre 2019

ALLONS-NOUS VERS UNE RÉCESSION ?

Voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi avec retard. Retard occasionné par un déplacement inopiné à l'étranger.

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     Pendant que l’opinion publique s’assoupissait tout doucement dans l’anesthésie des vacances, ce repos nécessaire et bien mérité pour nombre de citoyens, n’a pas arrêté le bon ou le mauvais déroulement des événements économiques.

 Les risques d’une récession mondiale s’accumulent pour 2020. 

Les observateurs de l'économie sont unanimes. La tourmente qui frappe les bourses mondiales et les devises annoncent la probabilité d'un repli généralisé de l'économie mondiale.

Tous les voyants sont au rouge, tant sur le marché obligataire, où les rendements aujourd'hui sont négatifs, que sur le front de l'endettement privé et public, à des niveaux sans précédent, dans un contexte de taux négatifs persistants.

Les indicateurs qui s’amoncellent jour après jour, ne sont pas encourageants, loin s’en faut.

 L’Allemagne, moteur de la zone euro, est en train de rentrer, petit à petit, en récession. Ses exportations ont chuté dramatiquement. La croissance américaine pour 2019 serait autour de 1% seulement, contre 2,8% l’an dernier.
L’or, valeur refuge par excellence en période de crise ou d’incertitude, flambe. Le pétrole chute, comme le minerai de fer.

  La demande pour de nombreuses matières premières chute et leurs prix dégringolent, signes d’un ralentissement des activités.

 L’annonce, par Donald Trumpde nouvelles sanctions contre des importations en provenance de Chine, a traumatisé un peu plus les marchés. Pékin a répliqué sans tarder, en laissant filer sa monnaie. À la guerre commerciale et technologique, s’ajoute aujourd’hui la guerre des monnaies. L’économie a horreur des incertitudes et réagit en freinant des quatre fers. À mesure que les Etats-Unis et la Chine s’éloignent l’un de l’autre, sur fond de guerre commerciale, les risques de récession globale, déjà nombreux prennent de l’ampleur.

 À ce stade, on ne voit pas la fin du bras de fer sino-américain, qui dure voilà maintenant plus d’une année.

  Face à la détermination chinoise, parfaitement incarnée par Xi Jinping, les tweets vengeurs de Donald Trump perdent de leur force. Quant à l’Europe, secouée par ses propres démons, elle ne parvient toujours pas à présenter un front uni et une vision commune. Difficile, dans ce contexte, de savoir où s’arrêtera la surenchère entre les deux grandes puissances de la planète.

  Ces conflits commerciaux avec la Chine et d'autres pays, les restrictions sur les migrations, l'investissement direct étranger et les transferts technologiques, vont avoir de profondes conséquences sur les chaînes d'approvisionnement mondiales, et accentuer la menace d'un ralentissement de la croissance et l’augmentation de l'inflation. La diminution de la croissance américaine est réel aujourd'hui, la relance associée à la législation fiscale de 2017 a fait son temps.

 La fragilité de la croissance en Chine ainsi que sur d'autres marchés émergents, demeure préoccupante, tout comme le sont les risques économiques, législatifs, financiers et politiques en Europe. Un choc économique suffisamment violent pourrait déclencher une récession mondiale, même en cas de réponse rapide des banques centrales.

Les tensions actuelles affectant d'ores et déjà la confiance des entreprises, des consommateurs, des investisseurs, et ralentissant la croissance mondiale. 

A mesure que les deux camps, USA et Chine, s'éloignent l'un de l'autre, l'espace propice au compromis se réduit, et le risque de récession ou de crise planétaire se fait croissant, dans une économie mondiale déjà fragile.

 « Le monde entier a décidé après 2008 que la récession n’était plus acceptable, et la politique monétaire est expansionniste partout », constate Patrick Artus. Mais cela a des inconvénients car le taux de chômage est devenu faible dans les pays avancés. 

  Cette situation « crée des taux d’intérêt nuls et négatifs, qui affaiblissent les banques, détruisent le rendement de l’épargne et donc tuent le niveau de vie des futurs retraités. Il se crée des bulles, notamment immobilières », poursuit l’économiste. 

Pour lui, « la menace à moyen terme pour l’humanité, c’est que nous avons collectivement décidé (sauf certains comme l’Allemagne) de rester à des politiques expansionnistes avec un faible niveau de chômage. »

  Force est de constater que l’économie mondiale tourne au ralenti, avec les conséquences sociaux-économiques qui vont avec. On sait, quand on entre en récession, mais bien malin qui pourra dire quand on en sort.

 

 

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05 septembre 2019

LE « BIG BROTHER » CHINOIS

Heureux de vous retrouver. Je reprends dès aujourd'hui la publication de mes chroniques hebdomadaires du vendredi. Je repars cette après-midi pour l'étranger, le devoir m'appelle. e serai de retour samedi prochain et la régularité sera retrouvée.

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  Lors des négociations de l’entrée de la Chine au sein de l’OMC, les entreprises occidentales ont souhaité, avant de s’engager en Chine, mieux connaître leurs futurs partenaires chinois. Pour ce faire, ils avaient demandé que soit mis en place un système d’évaluation des entreprises suivant le modèle des agences de notation occidentales.

 Paradoxalement, c’est cette demande qui est à l’origine du projet à long terme des autorités chinoises, appelé SCS (Social Credit Systeme).

Sous l’effet de la bureaucratie chinoise, le projet a pris une toute autre dimension. Il ne s’agit plus d’un instrument économique visant à favoriser le bon fonctionnement des entreprises et du système financier, mais d’augmenter les qualités vertueuses du citoyen chinois. 

La Chine a commencé à mettre en place son système de notation dont lachèvement est prévu pour 2020. Le projet vise à récompenser les bons comportements et à punir les mauvais, suivant un système de points. Des points en plus pour l'achat de produits chinois, de bonnes performances au travail ou la publication sur un réseau social d'un article vantant les mérites de l'économie nationale. Des points en moins en cas d'opinions politiques dissidentes, de recherches en ligne suspectes ou de passages piétons traversés à la hâte, alors que le feu est rouge. 

La Chine travaille depuis 2014 sur ce système d'évaluation de ses propres citoyens. L'empire du Milieu a même accéléré le calendrier. Selon deux communiqués de la Commission nationale de développement de la réforme, 

 les individus ayant une mauvaise «note sociale» seront inscrits sur une liste noire les empêchant , par exemple, d'acheter des billets de train ou d'avion pour une période pouvant aller jusqu'à un an.

 À ce jour, ce projet n’est pas appliqué  partout, mais il devrait l’être à terme. Il prendra des formes très différentes selon les villes, car il a été jugé préférable qu’il bénéficie dans son application d’une certaine souplesse.

  Lin Junyue, père du projet, souhaite que son système soit exporté vers les pays qui participent au « Nouvelles routes de la soie ».

Le système s’appuie, bien entendu, sur la haute technologie (caméras intelligentes, reconnaissance faciale, intelligence artificielle) mais aussi sur les fondements philosophiques qui structurent la pensée culturelle chinoise, l’intérêt de la société prime sur celui de l’individu qui n’existe que par l’ensemble du peuple dont il n’est qu’un infime rouage.

Les bouleversements socio-économiques provoqués par la croissance économique extrêmement rapide et l’exode rural massif de ces dernières décennies ont profondément troublé la société chinoise. Les antiques réseaux familiaux, les réputations ancestrales dans les villages, les systèmes traditionnels de surveillance réciproque des citoyens mis en place par l’Empire depuis la plus haute antiquité, tout a été bouleversé, d’abord par le communisme, puis par le capitalisme, qui est la révolution continuée par d’autres moyens. Le SCS veut remettre de l’ordre dans ce désordre contemporain, rétablir des distinctions claires entre les bons et les mauvais citoyens, alléger l’angoisse de ceux qui se demandent s’ils sont sur le bon chemin. 

Cette peur de l’indistinction suscitée par le capitalisme, existe en Occident comme en Chine, mais c’est la religion et la perspective du jugement dernier, qui y répondaient. Le jugement du monde et celui de Dieu ne se confondaient pas. 

Vu d’Europe, le SCS paraît une horreur, pourtant, nous sommes aussi en train de le mettre en place, sous des noms différents : dénonciation des entreprises qui ne respectent pas les normes gouvernementales, loi anti fake news qui peut aboutir à une définition d’une vérité d’État, etc.  

Non, nous ne sommes pas si différents des Chinois en effet. On attend du pouvoir une récompense et quil punisse les méchants. Il nous arrive à tous de souhaiter que nos contradicteurs et nos rivaux soient rejetés dans les ténèbres extérieures de l’hérésie, c’est-à-dire, en termes contemporains, qu’ils soient convaincus de propager des mensonges. 

 Cependant, en Occident et plus largement dans les démocraties, on a voulu croire, jusqu’à aujourdhui, qu’il y avait une place pour la conversation civilisée. « Je prétends certes détenir la vérité, mais j’admets que ce n’est peut-être pas le cas, qu’à ma gauche quelqu’un est susceptible de dire quelque chose qui mérite d’être entendu ». Si on est au centre, comme la Chine et le Parti communiste chinois, tout ce qui est à la gauche et à la droite est a priori discrédité, mauvais, rejeté dans les ténèbres extérieures et c’est moi, le bon citoyen qui incarne le Bien.

Lespace de débat civilisé qui n’existe pas en Chine, est en train de disparaître en Occident.

Peu de monde s’inquiète de ce système et du contrôle social opéré par la technologie numérique. Le crédit social n’assure-t-il pas la victoire des États sur les personnes, avec l’assentiment tacite des personnes elles-mêmes ?

Le SCS manifeste la parfaite disparition de la distinction entre le domaine public et le domaine privé. Il n’est pas tellement certain quen Europe on soit contre le goût de punir les opinions et les attitudes qui nous déplaisent. « Balance ton porc » et autres « Me Too » manifestent la permanence de cette « mentalité persécutrice » dont parlait Nathaniel Hawthorne et après lui Philip Roth. 

Mais tandis qu’en Occident, ce sont les réseaux sociaux qui crient haro sur le baudet, en Chine cette fonction importante est la prérogative du pouvoir.

Le parti communiste est engagé dans un projet de restauration de la puissance impériale chinoise qui porte avec lui une dimension civilisationnelle évidente. La Chine na jamais connu de véritable séparation du politique et du religieux Dans le monde judéo-chrétien, le jugement des Hommes nest pas le jugement de Dieu. Cette distinction est inconnue de la culture traditionnelle chinoise.

La Chine a-t-elle les moyens de  mettre en place cette « monstrueuse » organisation ? Ce sera en effet la question à suivre dans les années qui viennent. 

 Les Chinois prétendent qu’ils sont plus justes et mieux organisés que lOccident, peut-être ont-ils raison !

 

 

 

 

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02 août 2019

L’ILLUSOIRE INDÉPENDANCE DES ACTEURS ÉCONOMIQUES.

Voici ma dernière chronique politique hebdomadaire de la saison. Je vous donne rendez-vous à la rentrée, le dendredi6 septembre. À ceux qui ont la chance de prendre,  je vous souhaite'de bonnes vacances.À mes amis musulmans, je vous souhaite un AÏD MOUBARAK SAÏD.

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           L’agence de notation financière est chargée d'évaluer les risques de non-remboursement de la dette ou d'un emprunt d'un État, d'une entreprise ou d'une collectivité locale, à l’exception d'un particulier. Elle produit, à titre indicatif, des outils qui estiment les risques d’insolvabilité.  

 Trois agences seulement se partagent 95 % des demandes de notations dans le monde.

 Les seuls critères d’évaluation pris en compte sont financiers, à l’exclusion de toute appréciation environnementale ou encore de développement durable.

Ces notations, AAA, BBB, CCC, et la suite, sont importantes pour la qualité de la signature d’un état, une collectivité ou une grande entreprise. Elles sont étudiées attentivement par les marchés financiers internationaux et servent souvent à fixer le taux de l’emprunt. 

 Étant donné que les trois agences, Standard and Poor’s, Moody’s et Fitch Ratings qui contrôlent 95% du marché, sont américaines, on peut se poser la question de leur indépendance vis-à-vis de la politique de Washington. Elles se placent toujours sous la protection du premier amendement de la Constitution des Etats-Unis, ce qui les dispense de répondre aux questions trop directes.

 Le scandale d’Eron avait déjà jeté  un voile de suspicion sur l’audit comptable et financier des grosses entreprises. En 1994, face à la domination de fait de ces agences, une agence chinoise, la Dagong Global Credit Rating a été créée, mais reste à ce jour moins influente que ses concurrentes occidentales, en dépit d'une forte croissance.

La crise de 2008  ouvre une vaste polémique sur l'utilité et la pertinence des agences de notations financières. Les gouvernements et les banques centrales, qui ont massivement investi pour sauver le système en injectant des centaines de milliards de dollars de liquidités, avaient signé les accords prudentiels de Bâle II en 2004, lesquels se révèlent insuffisants. 

On constate que les agences de notation agissent la plupart du temps tardivement. Elles aggravent, par l’abaissement de la note, la détresse et le chaos. Il faut rappeler que les trois agences américaines qui dominent le marché, ne sont pas indépendantes financièrement. Leurs actionnaires majoritaires ont-ils une stratégie ? On est en droit de se poser la question.

 Les régulateurs boursiers scandinaves favorisent l’idée de  l’instauration d’au moins une agence de notation publique. Pour eux, cette solution limiterait le risque de conflit d’intérêt mais soulève certaines critiques. Elle risquerait d’introduire des disparités nationales ou régionales dans les pratiques de notation, alors que les opinions ne connaissent pas de frontières. On ne voit pas une agence nationale noter sereinement un État dont elle dépend.

 Même les agences européennes qui se sont lancées dans la notation extra-financière sont en train de passer l’une après l’autre sous la coupe de firmes américaines qui font leur emplette en Europe, à l’image de Moody’s qui vient de racheter le français Vigeo.

  L’idée de création d’une agence de notation européenne a été proposée il y a deux ans, par Jean-Claude Juncker, alors chef de file des ministres des finances de la zone euro, idée reprise en 2018 par le vice-chancelier allemand, Guilda Westerwelle.

Cela restera un vœu pieux !

 Les États, les collectivités et les grandes entreprises continueront à se soumettre au dictat américain en attendant celui chinois qui ne va pas tarder à prendre la relève.

 

 

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26 juillet 2019

L’OTAN POURQUOI FAIRE ?

Voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi

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                       L’OTAN, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, a fêté ses soixante dix ans.

  C’est fin 1950 que le Conseil de l’Atlantique nord (CAN) a décidé la création d'une organisation militaire intégrée permanente. Cet organisme  englobe l'alliance juridiquement conclue par les pays signataires du traité de l'Atlantique nord, et l'organisation civile et militaire mise en place pour en rendre opérants les objectifs. La France avait décidé en 1966, tout en restant membre de l'Alliance atlantique, de quitter l'organisation militaire intégrée, dont elle est redevenue membre à part entière en 2009.

 À l’époque, le but affiché, aux dires de son premier secrétaire général, Lord Ismay était « garder les Russes à l'extérieur, les Américains à l'intérieur et les Allemands sous tutelle »

Les forces armées de l'OTAN et du Pacte de Varsovie se sont fait face en Europe pendant toute la durée de la guerre froide.

Depuis l’implosion de l’URSS et la fin de la guerre froide en 1991, l’Alliance atlantique a perduré malgré la disparition de sa principale raison d’être initiale.

 Elle a poursuivi une politique d’élargissement en accueillant d’anciens pays du bloc de l’Est et d’anciennes républiques de l’Union soviétique.

 En élargissant ses champs d’action, l’OTAN a revu en profondeur son concept stratégique et son organisation civile et militaire. 

Elle a développé une politique systématique de partenariats en Europe et, dans le monde, devenant l’outil d’intervention préféré des Occidentaux et surtout le bras armé du Pentagone, imposant de fait Washington comme le gendarme suprême.

 Oui, l’OTAN est un pacte entre plusieurs nations, mais le commandement militaire est assuré par un officier américain de haut rang, relié directement au Pentagone. Ce dernier représente la majorité des forces mises à la disposition de l’Alliance et dont le budget est assuré, pour la majeure partie par les Etats-Unis.

  L’OTAN entretient avec l’Union Européenne une relation privilégiée, plus spécialement avec l’Identité Européenne de Sécurité et de Défense (IESD), qui permet à l’Union Européenne de bénéficier des moyens de l’OTAN pour certaines opérations entrant dans le cadre de sa politique de sécurité et de défense commune, sous réserve de l’accord de Washington, mais cela est un non-dit. 

  Le nucléaire est au centre de l’histoire de l’OTAN. La dissuasion est fondée sur les armes nucléaires des Etats-Unis, le parapluie nucléaire américain au bénéfice des Européens. Mais sa crédibilité fait l’objet de débats et de doutes, jusqu’à aujourd’hui. C’est pour cela que la France et aussi la Grande-Bretagne se dotèrent d’une force de dissuasion nucléaire nationale.

Après la chute du mur de Berlin  en 1989, l’implosion de l’URSS et à la dissolution du pacte de Varsovie,  selon les critères habituels des relations internationales, l’OTAN aurait dû disparaître faute d'adversaire.  Mais elle va réussir à assurer sa pérennité grâce au lien qui unit ses membres par la crainte de devoir supporter un budget militaire conséquent pour  assurer leur sécurité sans les Etats-Unis.

La « question existentielle » de l’Alliance atlantique revient périodiquement. L’Occident étant considéré vainqueur de la guerre froide, pourquoi continuer ?

 Après le 11 septembre 2001, l’OTAN a voulu se redéfinir par « la lutte contre le terrorisme ». Elle n’ira pas en Irak… mais se joindra aux Etats-Unis dans le magma de l’Afghanistan. Tant bien que mal, elle se trouvait toujours des raisons d’exister. Aussi est-elle toujours considérée comme l’ennemi principal par Moscou. Poutine est obsédé par l’Alliance ; il va jusqu’à prétendre que le véritable agresseur en Crimée ou dans l’Ukraine de l’Est, est l’OTAN, instrument de puissance des Etats-Unis. 

 Le norvégien Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’Alliance, a déclaré il n’y a pas longtemps : « Soyons francs. Des questions se posent des deux côtés de l’Atlantique sur la force de notre partenariat. Nous avons de sérieuses divisions ».

 L’OTAN est désormais prête à contrôler les crises majeures sur tout le globe. La lettre et l’esprit du traité de l’Atlantique Nord risquent d’être, de plus en plus souvent, violés.

 Avec le traité initial, chaque membre conservait sa pleine souveraineté et devait approuver chaque déclanchement des opérations militaires menées en commun. C’est d’ailleurs, en raison de ce principe que la France, la Belgique et l’Allemagne ont pu s’opposer, au moins partiellement, au renforcement par l’Otan de la défense de la Turquie, à l’approche du conflit irakien.

 Mais il est aujourd’hui de plus en plus clair que les Américains n’ont pas du tout l’intention de se laisser ligoter par des considérations juridiques à leurs yeux surannées. Comme l’a dit Donald Rumsfeld, alors secrétaire à la Défense de Georges W Bush : « c’est la mission qui définit la coalition et non la coalition qui définit la mission ».

 Alors les Nations libres, souveraines et démocratiques, ne doivent-elles pas se poser la question : l’OTAN, pourquoi faire ?

 

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19 juillet 2019

LA DÉMOCRATIE EST-ELLE NÉCESSAIRE AU PROGRÈS ?

Aujourd'hui, c'est le jour de ma chronique politique hebdomadaire du vendredi

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   La libre circulation des idées, le respect des droits de l’homme, sont-ils des conditions nécessaires à l’innovation ? Non, répond Graham Allison, spécialiste des questions stratégiques de la défense nucléaire et des relations sino-américaines, professeur à l’Université Harvard : « Pour l’innovation technologique, s’appuyer sur un État autoritaire présente beaucoup d’avantages. »

La réponse, semble-t-il,  ne réside pas seulement dans le modèle politique mais aussi dans l’usage qui en est fait, dans le choix du modèle économique, dans la priorisation des finalités.

  Les occidentaux, particulièrement les Etats-Unis, ont toujours expliqué leur développement et leur domination sur le reste du monde, par leur héritage de la révolution française et américaine : la démocratie et les droits de l’Homme.

  Il est certain que le système démocratique tel qu’il est appliqué en Occident ne permet pas de se préoccuper du Temps  Long et de ce fait, affecte ses ressources en privilégiant l’immédiate satisfaction. Cette approche hypothèque alors les ressources des générations futures.

   Aujourd’hui, la Chine puissance émergente menace de détrôner la puissance dominante, les Etats-Unis, comme ce fut le cas d’Athènes et de Sparte dans l’antiquité et plus près de nous, de l’Allemagne et la Grande Bretagne au début du XXe siècle.

  Mais que disent les Chinois de ce réveil qui inquiète plus d’un ? « Nous ne sommes pas une puissance ascendante, nous sommes une puissance revenante, nous revenons au point où nous étions. Nous étions le centre de l’Univers, et il ne peut y avoir qu’un soleil. »

  Le Monde et Washington en tête, ne peuvent pas prétendre qu’ils n’étaient pas avertis. Le président Xi Jinping déclare à qui veut l’entendre, que dans le développement de la Chine, ce n’est pas des Etats-Unis qu’il s’agit, mais de la Chine qui veut simplement retrouver sa grandeur. Cela a toujours était ainsi, sauf une interruption de deux cents ans où l’Occident, avec son avancée technologique, avait exploité, asservi et humilié la Chine, disent-Ils. La Chine doit retrouver son statut !

  La leçon a servi et la Chine, pendant des décennies, a préparé minutieusement son retour. Ses progrès technologiques ne souffrent nullement de son régime autoritaire et la masse de données que l’État super-contrôleur collecte par ses millions de caméras à la reconnaissance faciale, ont aidé ses chercheurs à faire de la Chine le No 1 mondiale de l’Intelligence artificielle.

  Le conflit entre Pékin et Washington est inévitable, mais sans guerre ouverte, sauf événement fortuit. La Chine ne veut pas la guerre, elle a le temps pour elle.  Par contre, l’Occident a peu de temps. Xi est président à vie, la démocratie en Occident remet en question le pouvoir en place, tous les quatre ans, au mieux tous les cinq ans.

  On ne peut que constater que le président américain, Donald Trump,  n’a pas une stratégie cohérente et claire pour défendre les intérêts vitaux de l’Amérique. Il a une attitude, cela ne fait pas une politique.

  Donald Trump a besoin d’amis, ceux qu’il attaque sans répit. Il a besoin de rééquilibrer les pesanteurs d’une Chine économiquement puissante par une union des puissances économiques occidentales. Stratégiquement, Trump devrait revoir ses attitudes avec ses alliés traditionnels qui partagent les mêmes  valeurs de la démocratie américaine.

  La bible nous apprend que la puissance d’un peuple, c’est sa démographie : les Chinois sont quatre fois plus nombreux que les Américains, et le seront cinq fois plus vers les années 30.

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