Gabriel Banon, Politiquement Incorrect.

26 février 2021

DU POPULISME, CHINE ET PANDÉMIE,

Chronique politique hebdomadaire du vendredi
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Avec le départ de Trump, les populistes ont perdu leur porte-drapeau.
Le populisme n'a jamais été une organisation internationale, chaque mouvement populiste est spécifique à son contexte national. Aussi, le départ de Trump ne change rien par exemple pour Boris Johnson. Ce sera probablement un soulagement de ne plus devoir composer avec lui. Orban ne perdra pas son pouvoir en Hongrie. Les populistes en Italie ont encore une chance de revenir au pouvoir. La formule n'a pas changé : volatilité économique + inégalités + migration, avec la perception que l'élite ne comprend pas la population. Cela ne disparaîtra pas.
Le populisme, qui perd peut-être du terrain aujourd'hui, refera son apparition car les problèmes migratoires vont perdurer.
Si les changements climatiques et d'autres variables se poursuivent au rythme actuel, l'exode d'Afrique et d'autres pays vers l'Europe ne fera qu'augmenter par rapport à 2015. C'est un thème dominant qui est aujourd'hui temporairement mis de côté.
À l'horizon de dix ans, bloquer la droite en votant des lois contre l'islam politique, à l’instar du président français, Emanuel Macron, se produira partout. Des gens dits extrémistes ou islamophobes seront considérés comme des prophètes, parce que ce problème s’imposera comme fondamental. Le fossé entre les migrants venant de pays à majorité musulmane et la population européenne est trop profond.
Un moment donné, l'Europe sera confrontée à un nouveau défi géopolitique bien plus grave que la question de l'Ukraine. Ce sera un test pour voir si l'Europe est capable d'exercer sa puissance et n'est pas uniquement une annexe des États-Unis. La réponse sera probablement qu'elle reste une obligée des USA et qu’une menace russe éventuelle, ne pourra être combattue qu'avec l'aide des Américains, ou disparaitra par l’élargissement de l’Union européenne vers l’Est, la Russie.
On ne peut pas dire que la Chine est le seul pays qui, d'une certaine manière, sort gagnant de la pandémie. Les États-Unis semblent ne pas s'en sortir avec la pandémie, mais les dégâts ne sont pas irréversibles. Ce qui fait la résilience des États-Unis fonctionne toujours. Le pays continue à attirer les talents internationaux. Les gens de tous les coins du monde continuent à vouloir se rendre aux États-Unis. La Chine gagnera-t-elle cette course. Combien de personnes ont demandé la citoyenneté chinoise ?
Le gouvernement Trump, un peu comme celui de Nixon – qui ressemblait à une catastrophe systémique – ne l'était pas en réalité. Les États-Unis sont sortis du marasme vietnamien et du Watergate dans les années 70 en forme olympique, tandis que l'Union soviétique, dont on pensait qu'elle allait gagner la Guerre Froide, a implosé dans les années 80.
La pandémie semble être une sorte de méga Tchernobyl. Tchernobyl n'a pas fait autant de victimes, mais a montré à quel point le système russe était chancelant. Qu'est-ce qui se passe aujourd'hui ? La pandémie a fait plus de victimes en dehors de la Chine, mais a montré la vraie nature du système chinois. Un véritable système totalitaire, bien plus extrême que l'Union Soviétique. On pouvait détester Trump, mais il n'est plus là, contrairement à Xi Jinping. Si on espère que la Chine deviendra un jour une société un peu plus libérale, on risque de se tromper lourdement.
C'est une de ces analogies historiques avec lesquelles il faut rester prudent. Les années 20 du siècle dernier n'étaient pas réellement fantastiques. Sauf si on considére l'hyperinflation comme une réussite, une situation vécue par de nombreux pays européens à cette époque. Mais si on connait un boom économique, il sera de courte durée. Le monde devra comprendre que les États-Unis ne peuvent pas continuer avec un déficit budgétaire de 15% de leur PIB et devront introduire une forme de réduction des dépenses et d'augmentation des impôts. La fête sera de courte durée. Ce sera plutôt une ‘année folle 2021'.

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19 février 2021

DU SOUTIEN DES ETATS-UNIS A ISRAËL

Le texte ci-après est tiré de mon prochain ouvrage en cours d'impression; "Le sionisme chrétien, un tabou au Moyen-Orient"

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     En tant que géopoliticien, je me suis toujours posé la question : quelles sont les réelles motivations qui font que les Etats-Unis soutiennent inlassablement Israël. Les amitiés entre états ne perdurent que si des intérêts croisés les soutiennent. J’avais pour un temps, expliqué ce soutien par l’intérêt de Washington d’avoir un gendarme du Golfe crédible et bien équipé militairement. La politique étrangère des Etats-Unis était limpide, défendre les sources d’approvisionnement en pétrole. Patatras, voilà que l’Amérique du Nord devient le premier producteur de pétrole du monde. Elle bascule immédiatement, sa stratégie géopolitique du Moyen-Orient, vers le Pacifique où elle doit faire face à un outsider de taille, la Chine. Mais le soutien perdure et s’amplifie !

  Aux Etats-Unis, alors appelé encore le « nouveau monde,  la « Nouvelle Jérusalem » définie par ses bâtisseurs  puritains, comme un royaume de sainteté parfaite, voulait être la réplique de l’œuvre des Hébreux en terre sainte.

   La fondation du « Massachussetts Bay Colony » est une épopée fêtée chaque année avec le Thanksgiving,  la deuxième fête après Noël. 

Les pasteurs Mather et John Davenport furent les promoteurs de cette doctrine millénariste qui considérait le retour des juifs en terre de Sion, comme une partie de la même volonté divine pour leur colonisation de l’Amérique. Pour eux cette colonisation est la jumelle narrative et eschatologique du récit biblique.

 C’est dans ce contexte que Hooke, confesseur de Cromwell en Angleterre et Samuel Willard, président de Harvard de 1701 à 1707 confortèrent les pasteurs Mather et son fils Cotton Mather dans leurs thèses théologiques sur la nécessité du retour des juifs en Palestine, pour le salut de leur propre communauté chrétienne. On se doit de constater, que ce véritable sionisme « chrétien » date des années 1700, bien avant l’ouvrage de Theodor Herzl, « l’état juif », édité en 1896 et qui en a fait le père du sionisme juif, politique et actif .

Le principe de sola scriptura (seule l’écriture compte/la Bible) constitua la rupture fondamentale, qui rendit possible ces lectures littéralistes et sionisantes, Toutes les universités américaines d’élite ont été, sans exception, fondées à cette même époque, par ces idéologues puritains, dans le but de fournir au nouveau peuple à la fois les connaissances nécessaires aux élites dirigeantes de la société, et les outils d’interprétation biblique qui leur permettraient d’en tirer le sens littéral. Ils se libèrent ainsi des entraves de l’Eglise, et vont pouvoir vivre dans la perfection chrétienne. A Harvard et à Yale, à Princeton, Dartmouth et Columbia, l’hébreu remplaça le latin,  jouant le rôle de langue docte qu’avait ce dernier dans les séminaires d’Europe. 

  L’Américain d’aujourd’hui est habitué à ce vieux parallélisme entre son pays et l’ancienne Terre promise. Le discours des Pères fondateurs américains de la génération révolutionnaire de la fin du XVIIIe siècle était imprégné de la rhétorique de la « Nouvelle Jérusalem » à un tel point que ces tropismes sont réactivés à chaque nouvelle génération et jouissent d’un statut quasiment de droit commun, au même titre que le préambule de la Déclaration de l’Indépendance. 

Mais il faut attendre le XIXe siècle pour voir se concrétiser cet imaginaire identificateur des Américains avec l’apparition de la première religion « autochtone » américaine, le Mormonisme. Cette secte, la seule religion fondée aux Etats-Unis, qui compte aujourd’hui une dizaine de million d’adhérents, a ajouté une sorte de « troisième testament » qui raconte, entre autres, que la tribu d’Israël descendue de Joseph a migré en Amérique au VIe siècle av. J-C, que Jésus lui-même est venu après son ascension prêcher à ces Américains qui sont la tribu perdue d’Israël et donc que l’Amérique est bien la Terre promise, mais que la consécration de cette Nouvelle Jérusalem ne fut pas au prix de celle de l’Ancienne, mais que les deux Israël sont complémentaires et concomitants. 

C’est aujourd’hui la croyance de plus de cent  millions d’Américains qui s’identifient comme les « born-again » Christians ;  elle est issue des prédictions eschatologiques de John Darby, un prêcheur anglais qui, au milieu du XIXe siècle, systématisa en quelque sorte les doctrines messianiques de la nécessité de la restauration des Juifs en Palestine comme préalable au retour du Christ Par conséquence, les Chrétiens ne seront sauvés que dans la mesure où ils soutiennent cette nation dans toute sa singularité. 

  Le « miracle » de la Guerre des Six jours a renouvelé et donné une intensité exceptionnelle au soutien américain conservateur en faveur d’une vision maximaliste et sans compromis de l’état juif.

Les évangéliques qui regroupent toutes ces églises protestantes, sont aujourd’hui plus de cent millions d’inconditionnels dont 44 millions de votants qui votent comme un seul homme, suivant les directives de leur pasteur. Ils représentent une force politique qu’aucun président américain, républicain ou démocrate ne peut ignorer. Ceci explique le soutien quasi inconditionnel et constant des Etats-Unis à l’Etat d’Israël. 

 

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12 février 2021

France : les juges prennent-ils le pouvoir?

voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi

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   Dans un jugement historique, rendu ce mercredi 3 février, le tribunal administratif de Paris reconnaît les manquements de l’État français dans la lutte contre le réchauffement climatique, responsable de ce fait d’un préjudice écologique. Les médias ont qualifié cette condamnation de l’État de jugement historique pour cette « affaire du siècle ». Il y a deux ans que quatre ONG avaient déposé une plainte contre l’État français, plainte qui aurait dû être déclarée irrecevable. Les requérants demandaient au tribunal de se prononcer sur la qualité d’une politique du gouvernement.

  On prête à Montesquieu l’analyse qui conclue que trois pouvoirs distincts constituaient l’État : l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Chacun de ces pouvoirs exercerait sa mission dans une sorte de sphère autonome, interdite aux autres pouvoirs, et, c’est ainsi que naît l’équilibre et la modération.

 Montesquieu rappelle ainsi les missions de l’État, il décrit le champ du régalien, et celui de l’action judiciaire.  En effet, l’ordre public et la sécurité entrent dans les obligations premières des dépositaires du pouvoir envers ceux qui les ont missionnés.

 

Aujourd’hui, la source du pouvoir de juger, est-elle devenue politique ?  C’est le peuple souverain au nom de qui, depuis la Révolution, la justice est rendue. Si la justice est une composante de la démocratie, elle doit en respecter les fondamentaux, à savoir que c’est le peuple et lui seul, qui par son vote, sanctionne la politique de ses élus.

Si la doctrine révolutionnaire a profondément transformé la source du pouvoir du juge, elle en a aussi strictement limité la mission. Le juge doit se borner à appliquer la loi en l’interprétant. Le pouvoir de juger se justifie alors par l’application respectueuse de la loi, expression souveraine de la volonté générale. La loi seule est source de jugement.

   De nos jours, la volonté que le droit encadre et sécurise davantage les relations sociales, est allée de pair avec la modification du rôle des juges. Leurs compétences ont été élargies ; leurs procédures, diversifiées ; leurs pouvoirs, renforcés, notamment par des pouvoirs nouveaux d’injonction et d’astreinte, mais ne leur a été jamais attribué le droit de censurer le pouvoir politique. C’est là un privilège que seule la représentation nationale et l’expression du peuple par le vote, ont.

 Dans cette perspective, la légitimité contemporaine de la justice tient à sa capacité à assumer et mettre en œuvre la garantie des droits fondamentaux et l’emprise du droit sur les relations sociales, mais pas sur l’exercice du pouvoir par les responsables élus au sommet de l’État.

Cette intrusion du pouvoir judiciaire s’est réalisée, apparemment, dans un contexte d’une crise de la représentation politique, qui a affaibli le parlement national. Est-on devant une perte d’influence, voire d’une impuissance à agir des autorités publiques nationales, face à l’activisme de certaines associations ?  Ils entrainent ainsi, la justice dans un terrain dangereux pour la démocratie en violant la Constitution. On ne peut pas accepter, ni la substitution du juge au politique, ni l'immixtion du premier dans l'office du second.

  La séparation des pouvoirs est indispensable dans un pays démocratique. 

 

 

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05 février 2021

QUI EST ALEXEI NAVALNY ?

C'est l'actualité qui décide ce vendredi du thème de ma chronique:

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                L’opposant auto-proclamé à Poutine président de la Fédération de Russie, vient d’être condamné à 3 ans et demi de prison ferme par le tribunal de Moscou.

  Les médias occidentaux ne cessent de commenter la décision des juges moscovites et veulent faire de Navalny le symbole de l’opposition au président russe.

  Mais qui est Alexei Navalny ? D’où vient-il et quelle ambition anime cet ancien avocat ?

Navalty a fait de sa confrontation avec Poutine son combat. Il a fait de Poutine, non pas son adversaire politique, mais son ennemi personnel. Cette animosité grandit au fur et à mesure que Poutine l’ignore et ne répond rarement en personne, à ses affirmations souvent mensongères, comme celle de la construction d’un somptueux palais personnel par Poutine.

 Opposant, d’accord, mais que propose-t-il ? Navalty n’a aucun programme si ce n’est de renforcer la Douma (le parlement russe). Largement ignoré par les médias nationaux, non représenté au Parlement, il ne fait pas figure d’alternative crédible au pouvoir en place. Seul l’Occident prête à Navalny un statut qu’il n’a pas auprès de la population. La réponse se trouve dans la popularité du président Poutine. 

Le taux de popularité de Vladimir Poutine reste très élevé si on le compare avec ceux des dirigeants des démocraties représentatives. Sa cote de satisfaction, qui a connu un fléchissement en 2018 du fait de l’impopulaire réforme des retraites et de la baisse du pouvoir d’achat, reste stable autour des 68 %. Selon les sociologues, ces chiffres traduisent autre chose que la simple popularité du président : ils mesurent davantage l’acceptation par les citoyens, de l’état économique et social du pays. À leurs yeux, la situation pourrait être pire sans Vladimir Poutine.

 Cet état de choses, veut être ignoré par les pays dits « démocratiques » de l’Occident. L’Union européenne semble faire sienne la croisade des américains à l’encontre de l’hôte du Kremlin. Peut-être que le vaccin Spoutnik va modifier, tant soit peu, l’attitude des européens à l’égard de Moscou.

 Alexei Navalny, au début de sa carrière politique, tenait des discours nationalistes aux relents racistes et défilait à la Marche russe, le rassemblement annuel de groupuscules d’extrême droite ou monarchistes. Il avait notamment approuvé bruyamment l’annexion de la Crimée par la Russie.

 C’était avant que les médias occidentaux n’en fassent l’icône de l’opposition à Poutine. 

 Les appels des uns et des autres en Occident pour la libération de Navalny n’auront aucune suite, pas plus que n’ont eu de succès les appels à la libération de Julien Assange, poursuivi par Washington, pour la divulgation de documents secrets ou sensibles via Wikileaks.

  L’Occident restera un donneur de leçons, hypocrite. Je crains, pour Navalny, condamné à trois ans et demi de prison ferme, qu’au bout d’un an, après que l’opinion aura trouvé d’autres centres d’intérêt, qu’il ne soit tué en prison, dans une rixe entre prisonniers.

 

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31 janvier 2021

LA SOUFFRANCE DU PEUPLE LIBANAIS

  Les peuples de par le monde, aujourd’hui, subissent une crise sanitaire des plus meurtrières avec le virus Covid19. Mais un petit peuple, connu pour sa vaillance et son dynamisme économique, un petit peuple du Moyen-Orient, vit voilà maintenant des décennies sous  le joug d’une organisation paramilitaire. C’est  le peuple libanais qui subit  l’impérialisme du Hezbollah.

     N’ayant eu que des beaux discours de la part du président français, Emmanuel Macron, les citoyens libanais se tourne aujourd’hui vers Joe Biden. Ils espèrent que le Président américain, entende leur appel à l’aide pour les débarrasser de cette encombrante organisation, jugée par plusieurs gouvernements comme terroriste.

  Les libanais se considèrent otages de Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah. Ce dernier ne cache pas qu’il reçoit ses ordres de l’Iran. L’objectif, inavoué, est de débarrasser le pays de tous les chrétiens, et de faire du Liban un pays chiite, colonie de Téhéran. 

  Le Hezbollah est un véritable état dans l’état ! C’est le seul parti qui aligne plus de 20,000 hommes lourdement armés, qui défient l’armée régulière nationale libanaise. Le Liban vit dans un régime démocratique fictif, aux dires des libanais eux-mêmes.

  Le rapprochement éventuel de Washington avec Téhéran par le retour des États-Unis dans l’accord sur le nucléaire, inquiète au plus haut point les Libanais, d’où leur appel à Biden.

  Mais la solution n’est pas de faire appel à Washington. L’arrivée de Joe Biden ne changera pas fondamentalement la politique étrangère des Etats-Unis C’est en Iran que se joue l’avenir du Liban.

  Le régime des Mollahs ne tombera pas par les pressions exercées sur l’économie iraniennes et les sanctions. C’est le peuple iranien lui-même qui le fera, avec les femmes en tête.

Alors que la population semblait s’être ressoudée derrière le régime lors des funérailles du général Qassem Soleimani, le chef des forces Qods, tué le 3 janvier 2020 à Bagdad par un drone des Etats-Unis, des milliers de manifestants ont osé défiler dernièrement à Téhéran, aux cris de « mort au dictateur », en allusion au Guide Suprême, l'ayatollah Ali Khamenei. Ils ont aussi dénoncé les « mensonges » des hommes au pouvoir au sujet du Boeing civil abattu « par erreur », avant d'être dispersés par la police. Fait rarissime, les télévisions publiques ont diffusé des images de ces rassemblements. Les manifestants ont récidivé le dimanche suivant, quoi qu'en nombre plus réduit, en évitant, outrage envers le régime, de marcher sur les drapeaux américains et israéliens peints sur le sol d'un campus, et destinés à être piétinés habituellement.

   Il est à craindre que les Libanais n’aient à souffrir de l’hégémonie du Hezbollah encore quelques années. La France, en créant le Liban voulait en faire un asile pour les chrétiens du Moyen-Orient et un exemple d’un œcuménisme accepté par tout le monde. Mais   l’emprise sur les institutions par le Hezbollah s’est développée au point que ce mouvement est devenu une véritable dictature. Soutenu par l’Iran des mollahs, il est devenu un instrument de conquête aux mains des Ayatollahs iraniens qui ambitionnent d’exporter leur révolution islamiste et développer  l’influence du chiisme dans le monde arabe.

  Pendant ce temps, le Liban se vide peu à peu de ses forces vives, en particulier les chrétiens qui ont assuré, jusqu’à la crise sanitaire, le développement et le rayonnement de l’économie libanaise. 

  La coalition menée par l’Arabie saoudite, à laquelle s’est joint, plus ou moins officiellement Israël, pourrait-elle sauver du marasme actuel, l’État libanais.

 

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29 janvier 2021

LES UTOPISTES ANTI-NUCLÉAIRES

Voici ma chronique politique hebdomadaire de ce vendredi

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         Le Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) vient d’être adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies. Il entre en vigueur ce 22 janvier, au terme d’un processus diplomatique de signatures et ratifications. 

 Cet accord n’a pas de sens, car aucune puissance dotée de l’arme atomique n’y adhère. Il sera donc sans effet sur les panoplies d’armes nucléaires stockées par les grandes puissances. Jamais ces pays ne renonceront aux armes permettant, en fait, d’éviter un conflit armé par ce que le général De Gaulle appelait : la dissuasion.  Mais les anti-nucléaires sont convaincus que cet accord contribue à la délégitimisation de la dissuasion nucléaire dans les opinions, et notamment dans de nombreux pays européens. Peut-être chez ceux qui n’ont pas accédés à l’arme nucléaire.

  Cet accord est devenu effectif dès lors que plus de cinquante États l’avaient ratifié.

 Le porte-parole français, Jean-Marie Collin de l’organisation ICAN (International Campaign to Abolish Nuclear Weapons) a déclaré : « selon le droit international, les armes nucléaires sont illégales » On croit rêver.  De quels moyens ICAN dispose pour prétendre appliquer ces interdictions ? Les utopistes que sont les anti-nucléaires, semblent n’avoir aucune idée des réalités géopolitiques.

   On se demande qu’avait à gagner l’ONU dans cette galère. Le texte prétend interdire l’utilisation, la menace, la possession et le stationnement d’armes atomiques. Cette rédaction ne fait qu’illustrer l’incapacité de l’ONU à imposer quoique ce soit à quiconque.

  Tout le monde, y compris à l’ONU, sait que le traité ne changera rien, aussi bien à court qu’à long terme, car seuls les États signataires sont tenus de le respecter. Et qu’aucun des neuf États dotés de l’arme atomique ne l’a signé et n’a l’intention de le faire.

 Cet accord est un vœu pieux. Le monde réel n’a que faire de ces soi-disant avancées qui soulignent simplement l’incapacité des uns et des autres à peser sur la réalité géopolitique du monde. Les incantations n’ont jamais guéri personne, encore moins en politique. Il serait temps, peut-être que le monde des Bobos, des soixante-huitards attardés, des adeptes de cette nouvelle religion qu’est devenu l’écologie, réalise que ces batailles sont perdues d’avance.

Les utopies sont potentiellement dangereuses en politique, mais pour certains idéologues, les visions utopiques leurs sont absolument indispensables.

  En effet, l’idéologie donne au croyant une image du monde qui est à la fois réaliste et souhaitable, organisant ainsi l’immense complexité du monde en quelque chose de relativement simple et facile à appréhender. En réalité, de par sa nature, l’idéologie contient sa propre utopie. Le problème survient quand celle-ci devient un système de valeurs au lieu d’être une critique du système existant à travers la formulation d’une meilleure alternative. C’est en quoi consiste l’utopie dans la plupart des cas.

 

 

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22 janvier 2021

MACRON, PLUS VERT QUE LES VERTS

   Une sévère crise sociale et industrielle frappe la France. La priorité voudrait que le gouvernement français imagine une politique audacieuse de relance de l’économie et apporte une réponse aux citoyens qui vivent une crise sociale sans précédent.

  Mais Emmanuel Macron veut « faire converger les enjeux climatiques et la préservation des écosystèmes » lors du troisième One Planet Summit dont il est lui-même à l’initiative. Cette priorité, qui part d’un calcul électoral, est mal venue dans le contexte actuel de la société française.

Il paraît saugrenu d’imposer des contraintes de dépollution et autres initiatives vertes à un pays dont l’économie souffre de la crise sanitaire.

  On ne comprendrait pas qu’un pays en voie d’appauvrissement et en proie à de sérieux problèmes, se consacre en premier lieu à la lutte contre un problématique réchauffement climatique et qu’il s’auto-inflige de nouvelles contraintes.

 Macron se rêve en parangon de la discipline écologique et souhaite montrer la voie ! Par quel renversement des valeurs, l’Hexagone se débrouille-t-il pour jouer le héraut de la « préservation des écosystèmes » 

 La France a, aujourd’hui, des problèmes autrement plus pressants à résoudre.

Ce décalage quasi schizophrénique entre la situation de la France et le rôle que tente de lui faire jouer son président sur le plan international, interpelle.

La France d’aujourd’hui, c’est toujours 1 % de la population mondiale, ce n’est hélas plus que 3 % de l’industrie mondiale contre 7 % il n’y a même pas 30 ans, et c’est accessoirement 15 % des transferts sociaux de la planète ! 

Un tel gouffre entre niveau de vie et ressources en déclin est bien évidemment explosif et se paie au prix :

  • D’un recul régulier de la richesse par habitant, ce fameux PIB per capita (en parité de pouvoir d’achat). La France se trouve actuellement reléguée à la 26ème place (source IMF/WEO octobre 2020) et recule régulièrement ;
  • D’une augmentation concomitante de la dette de l’État, dette dont une partie sert paradoxalement à financer le traitement de la douleur que le déclin économique génère, au préjudice des réformes qui elles seules, seraient en mesure de stopper celui-ci, mais qui ne sont pas engagées ;
  • D’un accroissement de la pression fiscale, sa diminution devenant mécaniquement impossible, compte tenu du coût du traitement social du chômage et du poids des intérêts de la dette.

Les maux dont souffre la France sont parfaitement identifiés et tiennent à deux handicaps dictés par une gouvernance hyper étatique : un excès de prélèvements obligatoires et un excès de réglementations. Pour beaucoup d’observateurs, aujourd’hui, il ne fait pas bon d’entreprendre en France, ni de risquer du capital. 

Il y a longtemps qu’économistes et experts appellent de leurs vœux une réforme de l’État. Malgré des promesses du gouvernement Macron, la simplification du mille-feuilles réglementaire et une baisse des impôts généralisée, y compris pour les entreprises, se font toujours attendre.

À ces difficultés économiques déjà anciennes et qui se sont particulièrement aggravées depuis la présidence Hollande, s’ajoute une crise morale d’un genre nouveau. Que ce soit en matière de sécurité, vis-à-vis des actes de terrorisme et de vandalisme, ou en matière de prévention contre la pandémie, force est de constater que l’État français ne brille ni par son efficacité ni par sa transparence.

  Les mesures de confinement partiel ou total ont généré une récession qui accélère même le recul du pays !

Comme Hollande qui osait donner des leçons de bonne gestion à l’Europe tout en générant jusqu’à 1 135 000 nouveaux chômeurs en plein boom post crise bancaire, Macron fait montre d’initiatives tout aussi étonnantes à l’international.

Sur le plan économique, les conseils du président français se résumaient récemment en ces termes : « endettons-nous, et laissez-nous nous endetter encore plus », celui-ci allant jusqu’à ironiser quant au prétendu « fétichisme de l’excédent budgétaire » allemand ! Toutefois, le combat écologique élyséen semble d’une autre nature car il consiste paradoxalement à vouloir imposer des contraintes additionnelles communes. 

  Par les temps qui courent, seuls les pays en parfaite santé financière et sociale sont capables d’encaisser des contraintes supplémentaires. Certainement pas la France qui d’ailleurs ne représente que 1 % des émissions de carbone de la planète ! Quelles sont donc les motivations du président pour s’enticher de la sorte de l’écologie ? Souhaite-t-il cultiver son électorat bobo et altermondialiste ? Se préparer un destin historique mondial ?

Le président Macron se découvre un rôle messianique planétaire et semble prêt à y sacrifier une partie des moyens de son pays. 

  Le nombre des chômeurs et des laissés-pour-compte risque de se développer plus vite sous l’effet des handicaps que le président Macron tente d’imposer sous couvert d’écologie !

 

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15 janvier 2021

JOE BIDEN ET LES TRAVAUX D’HERCULE

Nous sommes vendredi, on reprend les bonnes habitudes. Voici ma chronique politique hebdomadaire:

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          Le 46ème Président des États-Unis, Joe Biden va avoir à relever plusieurs défis dès le 20 janvier prochain. Il ne bénéficiera pas des 100 jours traditionnels de répit avant les grandes manœuvres politiques.

 Le premier défi va être de reprendre le contrôle de l’épidémie de Covid-19. Ce virus a fait plus de 230.000 morts aux États-Unis, faisant de ce pays, le plus touché au monde, avec plus de 9 millions de personnes contaminées. Biden, à l’opposé de son prédécesseur, va écouter les experts et ramener la raison scientifique dans le bureau ovale. Il lui faudra lancer enfin une vraie politique nationale de lutte contre l’épidémie. 

 Le deuxième défi va être la relance de l'économie. Il faut reconnaître que sans la pandémie de Covid-19, Donald Trump aurait peut-être gagné la présidentielle, fort d’une économie qui affichait des résultats incontestables avant que n’arrive la crise sanitaire aux États-Unis : un chômage au plus bas depuis 1969 (3,5 %), des marchés financiers aux performances inédites (l’indice S & P 500 a bondi de 40 % et le Nasdaq a doublé), et un taux de pauvreté qui n’avait jamais été aussi bas depuis 60 ans, même si les inégalités se sont creusées de façon vertigineuse.

  Mais la crise sanitaire a fortement ralenti la croissance, les chômeurs se comptent par millions et le déficit commercial Chine/ États-Unis reste élevé, malgré une baisse de 24,3 milliards de dollars. Joe Biden prévoit moins de protectionnisme pour relancer le commerce extérieur et envisage plusieurs mesures chocs : relever les impôts sur les sociétés à 28 %, créer un impôt de 1 % sur les riches (un impôt sur la fortune ?) et réduire la pression fiscale sur les plus pauvres. Avec une majorité retrouvée au Sénat, il pourra faire passer ses réformes, si les démocrates se trouvent unis derrière le nouveau Président.

 L’autre travail d’Hercule va être l’image et la place des États-Unis dans le monde. Joe Biden va être obligé de faire un véritable volte-face à la diplomatie américaine. Avec Donald Trump , c’était le protectionnisme et l’isolement. Farouchement opposé au multilatéralisme, il avait retiré les États-Unis de plusieurs institutions internationales comme l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ou de traités comme celui de l’Accord de Paris sur le climat. Il a également maltraité ses alliés, notamment ceux de l’Otan, et fermé les yeux sur les exactions du président turc Erdogan, en Syrie contre les Kurdes. Joe Biden va devoir recoller les morceaux avec des relations diplomatiques plus respectueuses, et réinvestir les organisations internationales.  Par contre, il poursuivra la politique de fermeté de son prédécesseur à l’égard de la Chine, et décevra les Européens, qui espèrent sans doute trop du nouveau président. Les relations avec l’Europe seront plus apaisées, mais la politique de Washington vis-à-vis de l’Union européenne ne changera pas au fond. Il poursuivra la politique de Brzezinski en ce qui concerne la Russie : considérer ce pays toujours comme un ennemi des États-Unis.

Son dernier chantier, et pas des moindres, va être de réconcilier le pays divisé.

 Réconcilier une Amérique fracturée, polarisée de façon extrême sur tous les sujets. Donald Trump n’a jamais paru comme le président de tous les Américains. Il n’a gouverné que pour son camp, voire son clan, attisant les discours haineux, se montrant complaisant avec les suprématistes blancs, ceux des nouvelles milices, comme les nostalgiques du Ku Klux Klan. Joe Biden va tenter d’apporter plus  de nuances et reconstruire les liens entre ses citoyens. Va-t-il réussir à réunir le peuple américain, aujourd’hui déboussolé ?

Son premier geste, le plus facile, sera vraisemblablement le retour dans l'Accord de Paris sur le climat.

 Pour mener ces véritables travaux d’Hercule, il va avoir besoin, non seulement des démocrates, mais également d’une bonne partie des républicains. Donald Trump, hors de la Maison Blanche, va-t-il se retirer sous sa tente, ou, fort des 72 millions de citoyens américains qui ont voté pour lui, s’adonner à son rôle favori de « trublion de service ». La bataille en cours sur le réseaux sociaux, comme Facebook ou Tweeter, dont certains ont fermé arbitrairement les comptes de Donald Trump, est vraisemblablement une action anticipée en vue d’empêcher le Président sortant de venir perturber la présidence Biden. Le monde sera fixé très vite dès fin janvier.

 

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11 janvier 2021

La dérive des GAFAS

           Pendant que le monde avait les yeux rivés sur le Capitole, un autre événement a eu lieu, laissant muet la plupart des commentateurs alors qu’il revêt une importance considérable, peut-être même supérieure à « l’insurrection » des supporters de Trump.

 Tweeter suspend le compte de Donald Trump y compris le compte officiel de la Maison Blanche. Il est aussitôt suivi par Facebook, Google et Instagram. Ce pouvoir des GAFAS inquiète aujourd’hui la classe politique.

  Ce n’est pas d’aujourd’hui que les GAFAS exercent une véritable censure sur l’expression des uns et des autres. Les GAFAS, ou grands de l'Internet américain, exercent depuis les origines une censure discrète sur le web mondial, puisqu'elles ne référencient pas certains sites jugés contraires aux intérêts des États-Unis, ou jugés contraires aux bonnes moeurs telles qu'elles les définissent. 

Des nombreuses personnalités politiques ont réagi à l’annonce de la suspension par Twitter du compte gouvernemental du président sortant des États-Unis, Donald Trump, après les émeutes au Capitole. Comment admettre que des sociétés privées s’arrogent le pouvoir de contrôler le débat public. 

 Ce n'est pas aux GAFAS de décider de la valeur du discours politique des uns et des autres, c'est une atteinte flagran te à l'exercice de la démocratie. Twitter, Facebook et YouTube ont tous à leur manière censuré le Président américain ces derniers jours, et cette censure pousse à s’interroger sur l’état des libertés publiques en Occident ainsi que les risques que font peser ces multinationales sur la liberté d’expression. Il y a là quelque chose d’extraordinairement inquiétant. 

Dans ses propos, le président américain évoque son indignation quant aux résultats des élections et appelle ses partisans à marcher jusqu’au Capitole mais il leur demande d’agir de manière pacifique et dans le respect des forces de l’ordre. Que l’on puisse voir, comme l’ont fait de nombreux observateurs, un lien de cause à effet entre ce qu’a dit Trump et l’insurrection de ses partisans, c’est une chose. Mais on ne peut pas affirmer, de manière certaine et définitive, que les propos de Trump ont abouti à ce qui s’est passé. Cette nuance est importante, parce qu’elle implique que Twitter et les autres plateformes ont, dans cette affaire, outrepassé leurs droits.

Il faut rappeler que cela fait des mois que Trump est en guerre contre les GAFAS. C’est sous son mandat que l’autorité de la concurrence américaine a annoncé fin décembre poursuivre Facebook en justice en demandant à la cour d’envisager une séparation avec ses filiales Instagram et WhatsApp. C’est aussi sous son mandat que le ministère de la Justice et onze États ont déposé, en octobre, une plainte contre Google pour abus de position dominante dans la recherche et la publicité en ligne.

C’est encore sous son mandat que la Federal Trade Commission a, en juillet 2019, condamné Facebook à 5 milliards de dollars d’amende, pour avoir autorisé en 2018 la firme de conseil britannique Cambridge Analytica à puiser dans les données de quelque 50 millions d’utilisateurs sans le leur notifier. Enfin, Trump accuse depuis plus d’un an Google, Facebook et Twitter de censurer ses partisans et de limiter la liberté d’expression. 

En présentant son décret sur les GAFAS, Trump s’est justifié ainsi : « Nous sommes ici pour défendre la liberté d’expression face à un des pires dangers qui soit. (…) Ils ont le pouvoir non contrôlé de censurer, éditer, dissimuler ou modifier toute forme de communication entre des individus et de larges audiences publiques ». Il y a donc, dans cette histoire, un historique turbulent entre Donald Trump et les GAFAS qui ne peut pas être occulté dans les tentatives d’explication de ce qui vient de se passer.

  Cette censure doit nous interroger plus fondamentalement encore, sur l’état de nos libertés publiques aujourd’hui et sur les risques que font peser les multinationales sur la liberté d’expression.

De quel droit une entreprise privée peut-elle censurer un chef d’État ?  De quel droit une entreprise privée peut-elle décider d’une information qu’elle est vraie ou fausse, qu’elle est bonne ou mauvaise, qu’elle est inoffensive ou dangereuse ? 

C’est souvent au nom de très bonnes intentions que les pires dérives ont lieu. Il n’en va pas différemment de ce débat autour de la modération des plateformes. 

 Tout citoyen attaché aux valeurs de liberté devrait s’inquiéter d’une telle dérive, au sein de nos démocraties déjà minées par des atteintes permanentes à la liberté d’expression. 

La liberté d’expression implique qu’elle puisse blesser autrui, qu’elle puisse transgresser certaines règles, qu’elle puisse choquer. Si ce n’est pas le cas, alors elle n’existe pas. Car, comme disait Camus, « on est toujours libre au dépend de quelqu’un ». La liberté est à ce prix.

 

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08 janvier 2021

OÙ VA L’AMÉRIQUE ?

Me voici de retour après un repos forcé. Déclaré positif au Covid19, j'ai été sous traitement et mis à l'isolement depuis le 20 décembre dernier. Enfin, ce n'est plus que de l'histoire ancienne.

Voici ma première chronique de l'année 2021

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Parler d’un "coup d'État" en analysant les événements d’il y a quelques jours à Washington est un pas qu’on ne peut franchir. Le spectacle affligeant  et inquiétant – des supporters de Trump prenant d'assaut et envahissant le Capitole de Washington, où siège le Congrès, a montré un visage déplorable du Parti républicain. Pour la première fois depuis la guerre de Sécession, les conservateurs ont semblé vouloir empêcher l'alternance, une tradition pacifique pourtant solidement ancrée. L'assaut des pro-Trump à Washington illustre la prétention des populistes d'incarner à eux seuls le peuple. Un redoutable défi lancé aux démocraties. Des centaines de manifestants pro-Trump ont envahi mercredi dernier le Capitole à Washington dans un climat insurrectionnel. La session du Congrès qui devait confirmer la victoire de Joe Biden a été interrompue  durant plus de cinq heures avant de reprendre, une fois le bâtiment sécurisé. Le monde entier s’est ému et a été choqué de cette attaque inédite contre le temple de la démocratie américaine.

S’attaquer au temple de la démocratie à Washington, le Capitole ! Ce n’est pas anodin. Cela illustre une crise profonde de la société américaine aujourd’hui éclatée. Existe-t-il encore un peuple américain ? Est-il encore uni derrière la Constitution que les pères fondateurs ont mis au point minutieusement, une charte, un pacte suprême au service du peuple. Mais le peuple du temps des pères fondateurs n’existe plus. Il y a aujourd’hui deux cultures qui s’affrontent. Les WASPS ne représentent plus que 60% de la population, taux qui diminue chaque année au profit des hispaniques : c’est le protestantisme saxon face au catholicisme hispanique. On a là un véritable heurt de deux civilisations et l’Amérique le vit mal. Les Républicains restent le bastion des conservateurs. Le petit blanc protestant se sent combattu par la montée des catholiques, la plupart de gauche. Cette situation qu’à personnifié Donald Trump, a ranimé les démons d’antan : la violence, le racisme et la xénophobie.

  Le parti Démocrate a aujourd’hui une assise majoritairement hispanique, le tirant vers la gauche. Il a perdu les supports financiers de sa droite ; et ses nouvelles troupes, ne sont pas à même de compenser l’aide de ses contributeurs traditionnels.

Aujourd’hui, le 46ème Président des Etats-Unis aura bien d’autres défis à relever, tant le pays est aujourd’hui divisé : entre partisans pro-Trump qui continuent de nier la défaite de leur champion ; une économie terrassée par le Covid ; et des afro-américains qui s’élèvent pour dénoncer les violences policières et le racisme dont ils font l’objet, Joe Biden n’a pas beaucoup d’alternatives.

Comment va-t-il pouvoir panser les plaies des Américains ? Quelle va être sa stratégie pour faire face à une situation sanitaire, économique, politique, sociale et sociétale difficile ? Aura-t-il les marges de manœuvre nécessaires pour engager les transformations qu’il souhaite ? 

 Joe Biden hérite d’un pays divisé. Fracturé. La question qui se pose est celle ci: aurait-il l’autorité et la vigueur nécessaires pour réconcilier le peuple américain avec lui-même.  On peut en douter.

  La première puissance mondiale durablement en crise, l’Europe risque d’être déstabilisée pour longtemps. La Chine et la Russie seront apparemment les seules puissances à tirer leur épingle du jeu.

 

Posté par gabrielbanon à 13:43 - - Commentaires [0] - Permalien [#]