Gabriel Banon, Politiquement Incorrect.

12 octobre 2018

LA DÉMOCRATIE, EST-ELLE UNE FIN EN SOI ?

Comme tous les vendredi, voici ma chronique politique hebdomadaire.

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   Abraham Lincoln définit la démocratie comme le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. Oscar Wilde lui rétorque : c’est l’oppression du peuple par le peuple, pour le peuple. 

 Alors, la démocratie, est-elle  la forme de gouvernance idéale ? Devons-nous faire notre, la définition de Winston Churchill : « le pire des systèmes politiques à l’exception de tous les autres. »

 Les élections, le sacro-saint vote, est-ce la clef pour installer ce système politique, à nul autre pareil ?

L’abus du mot « démocratique » n’est pas sans danger, surtout en le rendant un qualificatif élogieux. Le monde a-t-il avantage à étendre le domaine de la démocratie. Peut-on avoir une économie performante et un développement exceptionnel sans démocratie ? La Chine nous en donne une insolente démonstration. La paix sociale existe parfois sous un régime dictatorial. Pour l’État de droit, dès lors que les juges sont indépendants du pouvoir politique, le régime importe peu.

Mais on doit se rappeler aussi que la sécurité est la première exigence des peuples. Dans tous les derniers scrutins, que cela soit en Pologne, Hongrie, Italie  ou au Brésil, la population a envoyer un message très clair aux élites politiques : on a assez de l’insécurité. Les idéologues de droite, obsédés par leur culte de la liberté, et les idéologues de gauche, obsédés par leur culte de l’égalité, oublient trop souvent ce que les citoyens demande en premier à l’État, c’est leur assurer la sécurité, pour leur personne, pour leur famille, pour leurs biens. Si un État n’est plus capable d’assurer la sécurité de ses citoyens, il ne mérite même plus le nom d’État, encore moins de Démocratie. Il y a pire que la dictature politique, l’anarchie. Aujourd’hui, l’Europe occidentale est tentée, par différents votes populistes. Ses gouvernants, inspirés par le libéralisme économique ou par le social-démocratie, ont laissé se développer des quartiers où la loi de la jungle est venue supplanter les lois républicaines. À quoi leur sert de voter, s’ils doivent rentrer chez eux la peur au ventre. Au lieu de se gargariser des droits de l’homme, commençons par assurer aux administrés leur premier des  droits, la sécurité.

     La démocratie, comme on le voit, est liée directement à l’exercice du pouvoir. C’est un moyen de gouvernement et non une fin, comme le dit Friedrich Hayek, prix Nobel d’économie (1974).

 La question qui se pose : est-ce un avantage pour le genre humain d’en étendre le domaine. 

Aucune théorie démocratique ne fournit de raison convaincante de considérer comme une amélioration, tout élargissement du corps électoral. Certains démocrates rejettent tout simplement la règle d’un homme, une voix. Ma voix ne peut pas peser autant que celle de ma concierge ! Et pourtant c’est la règle fondamentale de la démocratie, d’où ses limites. 

Le monde occidental considère le suffrage universel comme le meilleur arrangement, mais cela ne prouve pas qu’il soit requis par un principe fondamental.

La démocratie souffre du fait qu’on l’élabore en vue d’une communauté homogène idéale, mais on l’applique ensuite à des unités imparfaites et souvent artificielles, ce qui est le propre des États d’aujourd’hui. 

Le concept crucial pour la démocratie doctrinaire est celui de la souveraineté populaire. Ce concept signifie que la règle majoritaire n’est pas limitée ni limitable.

Si la démocratie est un moyen plutôt qu’une fin, ses limites doivent être recherchées dans l’analyse de trois arguments principaux : le premier, elle est la seule méthode de changement pacifique que l’homme ait jusqu’ici découvert, le deuxième a été historiquement le plus important, la démocratie est un rempart pour la liberté individuelle, enfin le troisième argument se réfère à l’effet positif qu’ont les institutions démocratiques sur le niveau de compréhension des affaires publiques.

Dans son ouvrage ‘De la démocratie en Amérique’ Tocqueville écrivait : « La démocratie est la seule méthode efficace pour éduquer la majorité » Est-ce dire que la démocratie permet la manipulation de l’opinion ? Force est de constater que la démocratie ne met pas toujours le pouvoir dans les mains des plus sages ni des mieux formés ou informés.

« Ils ont voté, puis après ? » chantait Léo Ferré. La pêche aux voix conduit les candidats à multiplier les moyens pour les séduire, ce qui pousse irrésistiblement à la démagogie et aboutit souvent au populisme. La cité athénienne, toujours citée en exemple, n’a connu une démocratie digne de ce nom que quelques années, au temps de Périclès. Jean-Jacques Rousseau dans son « Du contrat social » conclut dans le même sens. Alors, la démocratie est-elle en réalité le domaine de l’élite ? 

La démocratie nécessite une Éducation nationale digne de ce nom, sinon, elle enfante, comme dit plus haut, la démagogie, voire le populisme. Avec son corolaire, l’élection devient alors, un simple moyen de conquête du pouvoir.

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06 octobre 2018

TRUMP FOSSOYEUR DE L’ÉCONOMIE LIBÉRALE ?

Voici ma chronique politique hebdomadaire:

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     L’hégémonie américaine donne des responsabilités très spéciales, politiques et économiques dont le quarante cinquième président des Etats-Unis fait fi.

  Deux des privilèges exorbitants de l’Amérique sont l’hégémonie du dollar et le rôle dominant des multinationales américaines dans les échanges mondiaux. Le pouvoir dominant du dollar est devenu une arme redoutable dans les mains de la justice américaine qui rend redevable de ses tribunaux tout utilisateur de la monnaie américaine, fusse-t-il en dehors des États de l’Union. À cela, l’administration de Trump a ajouté l’extraterritorialité du droit américain dans le respect des sanctions, mêmes décidées unilatéralement par le pouvoir américain.

Depuis la seconde guerre mondiale, le dollar n’a cessé d’être la clé de voute du système  monétaire international. Aussi les dernières mesures coercitives de l’utilisation du dollar, mettent un frein dans le développement des échanges et appellent à l’arrivée d’une monnaie internationale de rechange.

  Depuis que les monnaies flottent librement sans aucune référence à l’or, le dollar constitue le véritable ancrage pour les autres, du fait de la puissance écrasante de Wall Street et des banques américaines. 

    La montée en puissance de la Chine, qui ne cache pas son ambition pour que sa monnaie devienne au moins l’égale du dollar, explique pour partie, l’acharnement de cette guerre commerciale qui lui a été déclaré par Washington.

 La Maison Blanche n’a jamais voulu reconnaître une responsabilité quelconque dans la situation du dollar à l’étranger. La réponse cynique de John Connaly, secrétaire au Trésor dans les années 70, s’adressant aux Européens qui se plaignaient de la gestion erratique du dollar, illustre le propos : « Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème. »                                                              La Fed refuse de prendre en considération les pays émergents endettés massivement en dollars et continue la hausse des taux américains. La guerre commerciale, les sanctions multiples, envers la Russie en particulier, le retrait de l’accord nucléaire iranien et la reprise des sanctions américaines qui s’en suivent, ont déstabilisés tous les partenaires de l’Amérique et les autres.

  Plusieurs contre-mesures et contre-sanctions sont en cours d’élaboration, mais cela prendra du temps. En attendant le développement fait une pause. Les investissements ralentissent comme les échanges commerciaux. La Chine par son activisme à l’étranger, en particulièrement en Afrique, amortie quelque peu  les effets néfastes de la politique de Donald Trump. Ce dernier considère que la vie économique, loin de reposer sur des gains mutuels (gagnant-gagnant) est un jeu où le plus fort gagne ou fait match nul. On peut se demander si son objectif « Make America great again » ne passe pas par faire baisser les autres.

  Trump risque d’être le fossoyeur de l’économie mondiale qui entrainera l’Amérique dans sa chute. Cela parceque Trump est en train de démolir le credo classique de l’économie de marché.

 

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28 septembre 2018

ÉTATS-UNIS : LA GUERRE CIVILE SILENCIEUSE

Chronique politique hebdomadaire du vendredi

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   Véritable force politique, le populisme ou l’activisme du « petit-peuple » s’incarne aujourd’hui, dans l’homme qu’il a porté au pouvoir.

 Donald Trump, milliardaire privilégié, ne vient pas de ce peuple qui le soutient. Viscéralement antisystème, son opportunisme et son anticipation politique l’ont amené à la présidence de la plus grande puissance mondiale. Il a obtenu l’allégeance du peuple, ces oubliés du système, dont il est devenu le porte-parole et le défenseur de l’ordre traditionnel.

L’intelligentsia, les élites, les médias à quelques rares exceptions, une grande partie des citoyens américains lui sont hostiles et le combattent. Il leur oppose son bloc d’électeurs qui lui assurent un soutien indéfectible, encouragé par la puissante organisation des Evangélistes.

Tous ses opposants rêvent d’une procédure de destitution, mais la dure réalité de l’arithmétique électorale fait hésiter plus d’un à franchir le pas.  

Malgré un taux de confiance au plus bas depuis 20 ans (sondage), la croissance record, la situation de quasi-plein-emploi, vont peser dans les élections de mi-mandat du 6 novembre prochain.

Donald Trump a su préserver la confiance des électeurs républicains qui font toujours bloc autour de lui. Rien n’a pu ébranler ce « pacte populiste ». Ni les attaques contre leur champion, ni les révélations qui se succèdent, ni l’anachronisme apparent de sa politique étrangère, ne font mouche sur eux.

Il est plus que probable que le noyau dur de ses partisans ne sera pas découragé par les indiscrétions du livre de Bob  Woodward, pas plus que la tribune anonyme du New York Times. Les incessantes attaques des opposants à Trump, victimisent ce dernier aux yeux de ces partisans, qui trouvent là argument confirmant un système aux abois. 

 L’Amérique est divisée aujourd’hui, non pas en républicains et démocrates, non pas en pro et anti Trump, mais en deux camps d’irréductibles, qui dépassent les questions ponctuelles d’immigration. Nous avons là, deux camps exacerbés par une polarisation politique et culturelle sans précédent. Il est loin le temps où les familles américaines interdisaient de parler à table de politique ou de religion.

 Nous sommes devant une véritable guerre civile, silencieuse, qui ne date pas d’hier. Elle trouve ses racines dans les années 60. Une moitié des Etats-Unis ne voit plus l’autre. 

D’un côté, Il y a ceux qui s’accrochent aux droits individuels, au droit des minorités ethniques, qui défendent les droits des femmes, des homosexuels, des immigrés. Pour eux, la religion, les ruraux, les cols bleus ne sont pas une priorité. 

De l’autre côté, il y a les oubliés de ce libéralisme identitaire qu’ils considèrent comme une menace existentielle à leurs traditions, à leur culture et à leur façon de penser. Trump les a convaincu qu’ils ont été abandonnés par l’élite politique. Pour eux, la sauvegarde de l’ordre des choses est autrement plus vitale qu’une atteinte à la Loi, les errements d’un milliardaire ou le politiquement correct.

 Pour des raisons diverses, les deux camps mettent leur « légitime combat » au dessus de ce que peut dire la Loi.

Cette étrange guerre civile sans précédent, dépasse le clivage traditionnel, républicains démocrates.

Seul, pour le moment, la Constitution les tient ensemble, mais elle reste à la merci d’un dérapage.

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22 septembre 2018

DÉMONSTRATION DE FORCE RUSSOCHINOISE.

Voici ma chronique politique hebdomadaire:

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       Les manœuvres militaires « Vostoc 2018 » ont été l’occasion d’une démonstration de force de l’axe Moscou-Pékin.Vostok 2018 est un exercice militaire russe à grande échelle qui s’est tenu du 11 au 15 septembre 2018 dans toute la Sibérie et dans l'Extrême-Orient du pays. L'exercice a impliqué des unités de l'armée de terre, de l'armée de l'air et de la marine, et un invité de marque, l’armée chinoise.

Une démonstration d’une ampleur inédite. Pour la première journée, ont participé 3200 hommes côté chinois, assistés de 24 hélicoptères, 6 avions, des équipements légers ; du côté russe c’est 25000 hommes qui ont été à la manœuvre appuyés par 250 appareils aériens et 7000 pièces d’artillerie. On a vu également, en mouvement, une armada commune de blindés aux couleurs des deux nations.

Spectateur de la parade, Vladimir Poutine a tenu à souligner « la maitrise et le courage » de l’armée chinoise en réponse au lieutenant-général Cho Yuanmin qui a salué « le professionnalisme et le savoir-faire de l ‘armée russe ». Il est vrai que l’armée chinoise n’a pas été sur des champs de bataille depuis 1980.

La coopération militaire n’est pas nouvelle, la Chine a fait aujourd’hui , de la Russie, son premier partenaire sécuritaire. De 1992 à 2016, plus de 3200 officiers chinois ont été formés à Moscou.

Par ailleurs, la Chine procède régulièrement à des exercices navals. Avec sa marine de guerre, Pékin affirme ses ambitions. Sa modernisation s’est accélérée depuis les années 2000 et se poursuit à un rythme soutenu, depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping. Ce dernier considère que le besoin d’édifier une marine forte n’a jamais été aussi pressant.

Ses ambitions vont bien plus loin que la quête de la suprématie régionale. Il souhaite se projeter de plus en plus loin en haute mer, afin de défendre les intérêts économiques et diplomatiques de la Chine. Les services américains prévoit qu’en 2030, la marine chinoise sera deux fois plus grande que l’US Navy, si on ne l’arrête pas. Comment ? Là est la question. Car la marine chinoise est le fer de lance de Pékin dans sa quête d’hégémonie mondiale.

Cette montée en puissance militaire de la Russie et de la Chine est d’abord une réponse à la politique de sanctions des Etats-Unis et à la guerre commerciale déclarée à la Chine par Donald Trump. Le résultat le plus apparent des sanctions internationales est d’avoir jeté la Russie dans les bras de la Chine. Leur alliance va durer tant que leur vision du monde sera nourrie par leur animosité envers un ordre international mené par les Etats-Unis. Même si l’alliance est davantage tactique que stratégique, elle reste sans doute une mauvaise nouvelle pour l’Occident.

Deux complices dans la mise au pas de l’ONU, deux compères dans le reste du monde, au Moyen-Orient c’est la Russie qui mène la danse, la Chine suit, en Afrique c’est la Russie qui s’efface devant la Chine qui y a trouvé une réponse à ses besoins d’expansion et des terres arables pour nourrir ses millions de chinois. Russie et Chine se projettent aujourd’hui militairement dans le monde où, à l’instar des Etats-Unis, ils installent des bases militaires permanentes. La Chine a inauguré l’an dernier sa première base à l’étranger, à Djibouti. D’autres installations suivront dans des pays partenaires.

L’Occident affaibli par ses divisions et une Amérique en perte de vitesse, n’a pas encore trouvé la réponse qui sauve. 

 

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14 septembre 2018

DEMAIN, PRIORITÉ À LA SÉCURITÉ

Voici ma chronnique politique habituelle du vendredi

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   Dans un avenir proche, les États vont avoir à faire face à un déficit, en pensée stratégique. Ils vont se trouver confrontés à des difficultés objectives, voir une impossibilité à être informés en temps réel, prévoir et anticiper.

Qu’ils soient développés, émergents ou en voie de développement, les pays devront s’adapter et conduire les changements que le monde va connaître à l’horizon 2030.

Des aléas, des incertitudes et des risques majeurs pointent à l’horizon. Ce sont des défis nouveaux à relever à tous les niveaux de la gestion des économies et des sociétés.

Les États auront à faire face à des guerres de forme nouvelle, sur des nouveaux champs de bataille. Cette nouvelle génération de guerre concerne : l’information, l’image, le numérique, les ressources naturelles, la génétique végétale et animale, l’espace et les valeurs. Le monde aura à faire face à une nouvelle génération d’armes atomiques, tactiques et intelligentes.

  Les États vont exprimer leur agressivité au travers de l’intelligence artificielle qu’on a d’or et déjà détournée de l’usage pacifique vers la priorité militaire. La robotisation accouche aujourd’hui, de robots soldats qui ont l’avantage de ne pas saigner (Pentagone). Quelques grandes puissances, qui auront maitrisé les nouvelles formes du renseignement, vont accroitre leur influence dans le monde et exercer leur hégémonie.  Ils auront à leur service des acteurs insolites comme les ‘ pirates ‘, des mercenaires affublés d’un masque ‘djihadiste’ ou ‘terroriste’. Se multiplieront les rançonneurs informatiques et une nouvelle génération d’espions portés par des moyens technologiques digitalisés et sophistiqués.

Malheureusement, ce contexte profitera également aux ‘vrais’ terroristes et aux radicalismes de toute sorte.

Certaines puissances économiques, financières, voir certains États seront tentés d’utiliser ces derniers, les instrumentaliser, en fonction de leurs objectifs géopolitiques, économiques ou tout simplement idéologiques.

La sécurité des citoyens est le premier devoir qui s’impose aux gouvernants, car elle est la condition première de la liberté. Aussi, les États doivent anticiper les différentes facettes de cet avenir, et lutter contre les agressions dont le corps social peut être l’objet. Ces agressions peuvent prendre plusieurs formes, allant de l’infiltration, la subversion violente jusqu’à l’affrontement guerrier.

Safran, le groupe international de haute technologie, déclare que l’enjeu est de mettre au point, dès aujourd’hui, les équipements de demain. Les forces armées devront s’adapter dans les domaines de l’optronique, l’avionique, de la navigation inertielle, de l’électronique et des logiciels critiques.

Même la guerre des étoiles n’est plus de la science fiction.  Donald Trump vient de poser les premiers jalons de la guerre dans l’espace. Par sa volonté de doter l’Amérique d’une armée de l’espace, il vient de faire voler en éclat un consensus selon lequel l’Espace est le problème de tous et l’objet d’une coopération internationale.

Quel monde allons nous laisser à la génération montante ?

 

 

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08 septembre 2018

6 NOVEMBRE, L’ÉPREUVE DE VÉRITÉ POUR TRUMP

C'est la rentrée, voici ma chronique politique hebdomadaire :

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Aux Etats-Unis, auront lieu les élections de mi-mandat qui vont déterminer la suite de la présidence de Donald Trump.

Comme il y a deux ans, son cri de guerre reste : « Sus au système, l’Amérique d’abord ». Les démocrates rêvent d’une déferlante qui leur donnerait la majorité au Sénat, la clef de tous les rêves, les plus fous. 

Mais, malgré les attaques tout azimute, malgré les livres à charge et les éditoriaux ou lettres anonymes,  le corpsélectorale qui a porté Trump à la Maison Blanche reste soudé derrière son champion. 

« Trump est l’instrument du Seigneur pour sauver la civilisation chrétienne » clament les évangélistes. 

 Le Président américain a toujours voulu s’adresser au peuple, directement. Aussi, ces élections prennent-elles une allure de référendum : pour ou contre Donald Trump. 

Ces deux premières années à la Maison Blanche ont été un combat permanent contre l’opposition démocrate et sa propre majorité, parfois indocile. Même si la popularité du Président reste médiocre,  neuf républicains sur dix continuent de le soutenir. Ils sont 87% à l’apprécier et 63% à l’adorer. Ceux-là tiennent comme lui, les enquêtes de la justice pour « une chasse aux sorcières », ne croient pas les « médias ennemis » et n’ont que faire de ses frasques avec des playmates ou des actrices pornos. Ils lui sont gré de faire ce qu’il a promis  et de mettre l’Amérique « first ». 

La croissance des Etats-Unis est au plus haut et le chômage au plus bas, deux résultats dont ils créditent sa politique. Traditionnellement, les élections de mi-mandat sont mauvaises pour le pouvoir en place, mais avec le chamboulement du système voulu par Trump, difficile d’anticiper ce qu’il en sortira.

  En général, l’électeur américain vote en fonction de sa situation matérielle, de l’évolution économique du pays et ignore les affaires étrangères et les commentaires des élites. Mais l’Amérique de Trump vit une « drôle » de séquence où tout peut arriver, y compris lui offrir une avenue pour un deuxième mandat.

 Trump surf sur les fractures sociales engendrées par la globalisation dans les régions industrielles traditionnelles, avec des élites démocrates qui continuent d’ignorer la montée d’une inquiétude plus générale dans la société américaine.

Pour Trump, la mondialisation conduit à la désinstrualisation et risque d’amorcer un certain déclin des Etats-Unis. Il rend responsables des déficits commerciaux colossaux,  les accords de libre-échanges signés par ces prédécesseurs. Il combat le libre-échange qui est la philosophie de base des institutions de Bretton Woods, le FMI et la Banque Mondiale sans oublier l’OMC

 Il rompt avec le multilatéralisme et tourne le dos ainsi à la solidarité avec les alliés traditionnels de l’Amérique. « América first » souligne sa volonté de remettre en question les règles d’un jeu dont il estime qu’il faut modifier. On peut critiquer le style et le discours du Président américain, mais sa politique est lisible clairement : enrayer la montée en puissance de la Chine et perpétuer l’hégémonie mondiale des Etats-Unis. 

Monsieur le Président, je crains qu’il ne soit déjà trop tard ! 

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27 juillet 2018

Les paradoxes de l'économie mondiale

Une chronique écrite avec un sentiment d'impuissance et de fatalité

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   Apparemment, le monde est fou et l’économie américaine en profite outrageusement. C’est la conclusion qu’on peut tirer d’une analyse un peu fine de certains rouages de l’économie mondiale.

 Les japonais sont connus pour être les champions de l’épargne. Ils dépensent peu et ont un excédent annuel de leur balance commerciale de plus de 100 milliards de dollars. Et pourtant l’économie japonaise est considérée fragile et en danger.

 Les Américains dépensent et épargnent peu. Leur balance commerciale est déficitaire face à leurs principaux partenaires économiques. Et pourtant leur économie est jugée positivement par tous les organismes spécialisés et prévue d’être encore plus forte.

  La question qu’on peut se poser alors, mais où trouvent-ils cet argent qu’ils dépensent ?

 Ils empruntent du Japon, de Chine et même de l’Inde. Ces pays à la balance commerciale largement positive, avec leurs excédents, achètent des bonds du Trésor américain. L’argent non dépensé se retrouve aux Etats-Unis, finançant une économie basée sur le crédit et la consommation.

 C’est ainsi que Washington a pompé plus de 5 trillons de dollars à l’épargne mondiale. Mais l’économie mondiale doit soutenir la consommation des ménages américains, leur permettant d’acheter les produits des pays producteurs outre Etats-Unis. C’est le cercle infernal, non vertueux, plein de paradoxes, mais qui permet au système de fonctionner. Aujourd’hui, pour, maintenir l’activité américaine, le monde lui fourni 2 milliards de dollars par jour.

Contre les idées reçues, la réalité : la Chine investit aux Etats-Unis 50% de plus que les Etats-Unis n’investissent en Chine, aux Indes, c’est le même scénario, les investissements indous en Amérique dépassent de 20 milliards ceux des Américains en Inde.

Les USA ont depuis des décennies, importé des biens et des services fabriqués à l’étranger qu’ils payent avec de la dette libellée en dollar. Pour que les usines du monde continuent à tourner, il faut que les étrangers acceptent de stocker des bons du Trésor US à raison d’un minimum, de 500 milliards par an. 

 Mais pourquoi toutes les économies du monde tournent en orbite autour de l’Amérique ? Le secret semble être dans la capacité des Etats-Unis à dépenser. Ils utilisent leurs cartes de crédit pour dépenser leurs futurs revenus. Le monde dépend de la consommation américaine pour tirer son développement.

Il faut croire que le développement d’une nation est la consommation et non l’épargne. L’Amérique nous le démontre chaque jour, mais l’exemple américain est-il exportable ? Oui, si on est une des grandes puissances militaires du monde. Il faut être hégémonique et craint, pour pouvoir battre les records des plus grands déficits. on peut alors être endetté jusqu’à la troisième génération, tout le monde continuera à prêter. Si le cercle se rompt, c’est l’explosion du système et le naufrage du système bancaire mondial. La dernière crise financière paraîtra comme un incident de parcours, sans plus. Si les pays comme la Chine et le Japon s’arrêtaient d’acheter les bons du Trésor américain, c’est plus de 43 milliards de dollars de biens et de services qui se retrouveront sans débouchés.

Quand je le disais, l’économie mondiale à l’orthodoxie absente, est pleine de paradoxes. 

   

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20 juillet 2018

Le foot au pays des tsars

Vendredi, jour de ma chronique, mais comment ne pas parler de football ?

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   Le football est devenu un langage universel que tous les terriens comprennent. Il est devenu un agent politique que tous les gouvernements utilisent aujourd’hui. La grande messe de ce sport à nul autre pareil, s’est déroulée dans un pays que plusieurs gouvernements décrient, en particulier les Etats-Unis. Soumis à des sanctions ciblées,  accompagnées de déclarations compatissantes pour ce peuple qui ploie sous le joug d’un dictateur sanguinaire, désigné comme l’ennemi qui menace les « alliés » sous la protection de Washington et de son bras armé, l’OTAN, les supporters des uns et des autres, sont venus non sans appréhension dans cette jungle si dangereuse.

Plagiant Corneille, le patron du Pentagone s’est écrié : «  Ô rage, Ö désespoir, n’ais-je donc tant vécu que pour cette infamie, voir l’œuvre de tant d’années, en un jour détruite ! » Oui, il a suffit d’un petit mois pour voir détruite la propagande minutieusement déroulée, jour après jour, depuis des années, depuis l’implosion de l’URSS.

  Les visiteurs surpris, découvrent un beau pays, chargé d’histoire, avec ses monuments, ses musées, ses sites merveilleux. À l’inverse de ce qu’on leur avait seriné pendant des années, ils découvrent un peuple heureux de vivre, joyeux et accueillant, un peuple qui cherche à partager ces moments exceptionnels que la Coupe du monde de football offre à ceux qui veulent bien voir et entendre.

La BBC (Britannique) a tenu à mettre son grain de sel en diffusant un film sur les fans russes, de dangereux hooligans. Les supporters chinois avaient été mis en garde contre la violence des spectateurs russes. Le vice-chef de l’association chinoise des fans du football, Lu Lei, a dû se fendre d’une déclaration à la presse : « les relations entre la Chine et la Russie, sont tellement bonnes, que même s’il y avait des hooligans en Russie, ils ne s’attaqueront pas aux fans chinois. C’est pourquoi les Chinois ne s’inquiètent pas à cet égard. » Raté, ils viendront en nombre.

« C’est la meilleure Coupe du monde de tous les temps. » Voilà ce que déclare Gianni Infantino, président de la FIFA, en conférence de presse. Pas de couac dans l’organisation, pas de débordement autour ou dans les stades. Le tout avec une équipe de Russie qui a déjoué tous les pronostics en atteignant les quarts, après avoir écarté l’Espagne. Carton plein au pays des tsars.

La compétition est terminée, Cocorico, c’est la France qui emporte le trophée. C’est aussi l’heure des bilans. Désolé, il n’y a pas eu d’incident à déplorer, seulement une satisfaction totale des participants. Même Donald Trump a adressé, dimanche, ses félicitations à Poutine pour le succès sans précédent de la 21eédition de la coupe du monde. Il vient même de déclarer : « les relations Russie/USA n’ont jamais été aussi mauvaise à cause de la stupidité des Etats-Unis. »

Dont acte ! 

 

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13 juillet 2018

LES ILLUSIONS PERDUES DES AMÉRICAINS

Voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi:

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      Le rêve américains a fait fantasmé plus d’un candidat à la carte verte, le sésame de l’immigré. Aujourd’hui il n’est plus aussi évident tant cette grande nation a changé fondamentalement. 

Le système libéral a montré ses limites et même s’est dévoyé au profit d’une minorité. Malgré les crises et à causes des crises, les pauvres sont devenus plus pauvres, la classe moyenne a été laminée et ramenée au niveau d’une classe moyenne « pauvre » et les riches sont devenus encore plus riches.

Le WASP (White Anglo-Saxon Protestant), hier encore la majorité dominante, a cédé la place à l’immigration hispanique catholique. Le social s’impose et l’américain conservateur se rebiffe et s’offre un Président à son image, Donald Trump.

La société américaine se décompose aujourd’hui entre trois groupes bien distincts et homogène : le 0,1%, les 9,9%  et les 90%, les super-riches, les riches et le reste de la population. À l ‘évidence, les super-riches ont été les grands gagnants de ce dernier demi-siècle. À l’inverse, les 90% de la population, soit 290 millions d’Américains, ont vu leur part du patrimoine total s’effondrer de 37% à 22%.

La ségrégation des lieux de résidence s’aggrave tout autant, au gré des prix de l’immobilier qui s’envolent à Boston, New-York et San Francisco et s’effondrent à Détroit et Saint Louis. C’est pire encore pour la santé : l’obésité, les diabètes, les maladies rénales et cardio-vasculaires sont deux à trois fois plus fréquentes dans les familles disposant de moins de 35000 dollars par an que celles dont les revenus dépassent les 100,000 dollars.

Jamais les  marqueurs sociaux n’ont été aussi tranchés aux États-Unis. 

Le rêve américain est-il mort, ce fameux Américan Dream qui remplit les discours de tous les Présidents des Etats-Unis. À n’en pas douter, le rêve américain des pèlerins du Mayflower était de construire sur terre, dans cette terre inconnue dotée d’incroyables richesses, une sorte de paradis. Cette ambition fut le moteur de l’essor américain du XIXe et du début du XXe siècle. L’objectif est atteint en 1945, la seconde guerre mondiale établissant la suprématie américaine tant sur les plans économiques que politiques et pour une certaine part culturels.

Dans cette progression irrésistible, qu’est devenu ce fameux rêve américain ? Pour la majorité, aujourd’hui, c’est la désillusion. Beaucoup déplorent la perte des emplois bien rémunérés, des grandes maisons et des piscines. Ils regardent autour d’eux et voient leurs rêves s’effondrer et les dettes s’accumuler. La vie devient de plus en plus difficile à cette classe moyenne qui faisait l’orgueil de l’Amérique il n’y a pas bien longtemps. Le rêve américain est-il en train de mourir ? Cette liberté de construire, d’accumuler et de faire quelque chose pour soi, est-t-elle devenue un vestige du passé ? Les américains ont peut-être perdu leurs illusions, mais le rêve doit demeurer, sinon c’est la liberté qui est remise en question. Les Américains dépités, en guerre contre leurs élites, ne le laisseront pas mourir.   

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07 juillet 2018

Qui menace l'Europe ?

Avec quelques heures de retard, voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi.

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      Le 11 et 12 juillet se tient le sommet de l’OTAN. Il sera suivi d’un tête-à-tête très attendu, entre le président américain, Donald Trump et son homologue russe, Vladimir Poutine.

L’Organisation du Traité de l’Atlantique nord, est une alliance à l’origine politique, qui a été signé le 4 avril 1949. C’est en 1950 que fut mis en place une organisation militaire permanente sous la marque distinctif : l’OTAN.  La France gaullienne, tout en restant dans l’alliance, se retira de l’organisation militaire en 1966, refusant une organisation militaire intégrée sous commandement américain. Elle y reviendra en 2009.Il faut rappeler que l’Alliance s’était constitué pour se prémunir contre toute tentative expansionniste de l’Union soviétique. Aux dires de Lord Ismay, alors son premier secrétaire général, le rôle de l’OTAN consiste à garder les Russes à l’extérieur, les Américains à l’intérieur et les Allemands sous tutelle. Depuis, l’Union soviétique a implosé et l’Allemagne une puissance économique de premier plan, est devenue un acteur majeur de l’Union européenne. Les Américains sont toujours là, trustant le commandement militaire,  sans interruption à ce jour. L’Alliance atlantique a perduré malgré la disparition de sa principale raison d’être initiale. Elle n’a plus de caractère atlantique, vu son extension vers l’Est, incluant la plupart des anciennes républiques soviétiques.

Alors qui menace aujourd’hui l’Europe ? À quoi sert cet outil dont Trump veux voir les Européens en prendre la charge financière. Si l’Europe doit se défendre, c’est en priorité dans la guerre commerciale que Donald Trump lui a déclarée. Si elle doit financer une organisation militaire intégrée, c’est d’une organisation de défense européenne, sous commandement européen et non financer un outil de guerre, aux mains des militaires américains.

Ce qui menace l’Europe, c’est la détestation affichée du locataire de la Maison blanche à Washington à l’égard de l’Union européenne. Avec Trump, un siècle d’alliance se trouve ramené à une analyse comptable des échanges commerciaux et des dépenses militaires. Selon des diplomates en poste à Washington, il déteste l’Europe. Il demande invariablement à tous ses visiteurs du vieux continent : pourquoi ils ne quittent pas l’Union européenne ?

Dans un meeting électoral dans le Dakota, il n’hésite pas à déclarer : « L’Union européenne a été créée pour profiter des Etats-Unis, pour attaquer notre tirelire. » Pauvres européens s’ils comptent sur la tirelire américaine qui affiche une dette de plus de 20,000 milliards de dollars, surpassant le montant du PIB américain. Dimanche dernier, sur Fox News il a martelé : « L’UE est possiblement aussi néfaste que la Chine, elle est juste plus petite. C’est terrible ce qu’ils nous font. »

Le général De Gaulle avait vu juste en quittant l’OTAN et en demandant à Washington de démanteler ses bases en France et de rappeler ses troupes. L’Europe doit faire siennes ces propos prêtés à Voltaire : « Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m’en charge. » 

 

 

 

 

 

 

Posté par gabrielbanon à 06:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]