Chronique politique hebdomadaire, série Géopolitique

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Depuis la révolution de 1979, les Mollahs au pouvoir ont veillé jalousement sur leur régime. Les pendaisons, les bastonnades et les emprisonnements arbitraires, ont été légions, au milieu d’une société civile médusée et réduite au silence.

Mais l’Iran est une grande Nation, avec une grande Histoire, qui a forgé un peuple fier et épris de liberté. Il y a 2500 ans, la Perse, qui deviendra l’Iran vers 637 de notre ère, a donné naissance au premier empire à vocation universelle.

Aujourd’hui, la classe moyenne est nombreuse et éduquée. Une société où les femmes ont pris leur essor depuis longtemps. La jeunesse issue des classes moyennes, se caractérise par des jeunes filles qui étudient autant que les garçons. Cette jeunesse est mieux instruite que les jeunes des autres pays du Moyen-Orient; elle est majoritairement pro-occidentale. Quand la culture américaine n’est pas au bout des fusils, mais seulement par Internet, elle s’implante beaucoup mieux en Orient.

Les deux mandats d’Ahmadinejad, avec ses outrances et les fraudes aux élections, ont réveillé le peuple, dont les manifestations ont été réprimées avec violence.

L’élection du président Rohani, « modéré », a démontré que le citoyen iranien tenait à exprimer sa volonté de changement.

Les relations avec les Etats-Unis ont été conflictuelles depuis l’arrivée de Rouhollah Khomeini au pouvoir, et la prise d’otages à l’Ambassade américaine de Téhéran le 4 novembre 1979.

Le programme nucléaire iranien va offrir aux Américains, l’occasion de contrecarrer les velléités de leadership de Téhéran dans le monde musulman. Les sanctions ont eu raison de  l’économie iranienne. Inflation, dévaluation catastrophique du Rial,  pénurie, vont marquer la vie des habitants.

Après une négociation réussie pour la libération des otages américains, on pensait que des négociations sérieuses concernant le programme nucléaire iraniens, allaient pouvoir se tenir. On se heurta au véto du Guide suprême, Ali Khamenei. Ce dernier était convaincu que Washington recherchait, en fait, la chute du Régime. (Vraisemblable au début).

Après avoir eu des assurances, l’Iran entre dans un cycle de négociations dont on connaît le résultat. Un accord nucléaire équilibré qui préserve l’avenir pour les deux parties.

Le basculement des alliances américaines, le retrait de Washington du Moyen-Orient au profit du Pacifique, vont donner à l’Iran, avec la bénédiction du Pentagone, une position d’acteur incontournable en Irak, en Syrie et ailleurs.

Mais la levée des sanctions, et le retour des investisseurs, non seulement redonne à Téhéran les moyens de ses ambitions, mais va remettre en route le développement économique, avec une plus grande liberté de circulation des uns et des autres.

L’ouverture, inévitable vers le monde occidental, va ranimer une américanisation qui avait été mise entre parenthèse, depuis la révolution. Le pouvoir n’est jamais parvenu à éradiquer la fascination exercée par le modèle américain sur les jeunes et les moins jeunes. Près d’un million d’iraniens vivent aux Etats-Unis.

Le 26 février dernier, les Iraniens ont été appelés aux urnes. Ils avaient à élire les 290 membres du Majlis, le parlement iranien, et les membres de l’assemblée des experts, qui a le pouvoir de nommer et de révoquer le Guide suprême. Les résultats ont humilié les ultras-conservateurs. Le peuple a pu se débarrasser de conservateurs comme l’ayatollah Yazdi Mesbah, inspirateur spirituel de l’ancien président Ahamdinejad, connu pour ses théories sur un Islam qui cautionne la violence, présumé inspirateur de la vague d’assassinats qui décapita la communauté intellectuelle de l’époque. C’est lui qui encouragea les miliciens à étouffer par la force, les manifestations estudiantines de 1999.

Les mollahs ayant été pris la main dans le sac de la corruption, la population des villes rejette, avec la discrétion qui s’impose sous un tel régime, le système du velayt-e faqih (le gouvernement des clercs). Elle aspire à un retour de la religion dans la seule sphère privée.

Cette percée des modérés consacre la victoire de la société civile iranienne et sa courageuse obstination à marcher vers la démocratie.

C’est un changement progressif du régime que souhaite la population. Elle se méfie désormais des révolutions. Elle connait leur cout considérable sur l’économie du pays et sur leurs conditions de vie.

Le paradoxe est que le régime ne voulait pas négocier, convaincu que les Occidentaux voulait sa chute.  C’est le succès de cette négociation qui va changer le régime de l’intérieur.

Un coin de voile se lève sur l’Iran, lentement, discrètement mais surement.