Chronique politique hebdomadaire du vendredi.

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Le Dieu d’Israël, le Dieu de Mahomet, le Dieu de Jésus, enfin Dieu qui est Un et unique, semble avoir abandonné la Terre Sainte, celle d’Abraham, d’Isaac et d’Ismaël. Il doit l’avoir quitté, devant tant de morts, de sang versé et d’injustice.

Deux peuples, enfants d’un même Dieu, s’entretuent, le plus fort écrasant le plus faible.

Au début, il y a eu le Verbe, aujourd’hui la parole des uns et des autres est devenue inaudible. Non pas parce que les Israéliens ou les Palestiniens se taisent, mais parce qu’ils ne s’écoutent pas.

Seule la violence s’exprime, il y a tant de frustrations accumulées. Oubliés les accords d’Oslo. Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, n’a-t-il pas déclaré qu’il les avait anéanti. Des accords caducs, une occupation de plus en plus pesante, la poursuite d’une politique scélérate, celle du développement des implantations en terre palestinienne, ont détruit tous espoir de solution par le dialogue.

Les conditions sont loin d’être réunies pour croire à la vertu des négociations. Plus personne ne se sent lié par ces accords vidés de leur substance, l’heure est venue pour Israël d’assumer ses responsabilités.

La politique du statuquo, ne peut plus être la réponse à une situation devenue de plus en plus explosive. Vingt deux ans après la signature des accords d’Oslo, l’Etat palestinien est devenu un mirage. Dix ans après son accession au pouvoir, le président de l’Autorité palestinienne, qui incarnait l’esprit d’Oslo et la voie de la paix sans violence, ne peut que constater l’échec de sa politique. Mahmoud Abbas est devenu un dirigeant faible et contesté. Il est déçu non seulement par Israël, mais aussi par la communauté internationale qui a laissé la solution des deux Etats, la seule solution possible, se vider peu à peu de sa substance. En écho, 80% de la population palestinienne, lors d’un sondage mené par le CPRPS (Centre palestinien pour la recherche politique et les sondages) jugent que les grands Etats arabes ont abandonné la cause palestinienne.

Aujourd’hui, c’est des jeunes, ne faisant partie d’aucune organisation politique ou religieuse, qui mènent ces actions dites terroristes. Un fait sur lequel Netanyahu et sa coalition hétéroclite, devraient se pencher. Ces garçons n’ont pas besoin de recevoir des instructions pour démontrer leur ras-le-bol. Contrairement à leurs ainés, ils sont éduqués, et ne se laissent pas « rouler dans la farine ». Ils n’ont pas la patience « diplomatique » de leurs dirigeants. Ils souffrent des checkpoints et des humiliations. Comment alors être étonné de cette crise de violence que l’on constate aujourd’hui ?

Les services israéliens s’étonnent du profil des assaillants, peu religieux et sans affiliation politique. C’est la jeunesse d’un peuple qui est en train de montrer le chemin à ses ainés.

L’Etat d’Israël est face à deux matières explosives, la démographie et l’impatience de la jeunesse palestinienne. Cette impatience risque de déborder l’autorité palestinienne et entrainer dans son sillage, le peuple palestinien tout entier, dans son rejet de l’occupation israélienne.

A moins que d’improbables négociations ne débouchent rapidement sur la création d’un Etat viable et souverain en Cisjordanie, la démographie contraindra le gouvernement à des révisions déchirantes. Si les prévisions des démographes se réalisent, le sionisme sera devenu une idéologie minoritaire d’ici à vingt ans.

En attendant, les Palestiniens sont totalement désespérés, tandis que les Israéliens vivent dans le déni. L’avocat israélien, Daniel Seidemann, dirigeant de l’ONG : Jérusalem terrestre, a récemment déclaré : « Nous, Israéliens, sommes un peuple étrange : quand les Palestiniens sont non violents, nous ne négocions pas avec eux parce que nous n’y sommes pas forcés, et lorsqu’ils sont violents, nous ne négocions pas parce qu’ils sont violents ».

Le soulèvement palestinien s’arrêtera quand l’occupation israélienne s’arrêtera. Le tracé des frontières amènera la fin de cette occupation. Le gouvernement de Netanyahu esquive cette question depuis des années.

 Le cas de Jérusalem est exemplaire de la volonté des Israéliens à ne pas voir les faits tels qu’ils sont. Le mythe de Jérusalem une et indivisible, capitale d’Israël, vole en éclats devant la réalité sur le terrain. Jérusalem est divisée et une frontière, non admise, sépare les deux communautés.

Les organisations palestiniennes se trouvent actuellement dans un état de faiblesse politique sans précèdent. Si la violence s’installe durablement, elle risque de déboucher sur une situation d’anarchie où des milices locales incontrôlables feront la loi. La crainte d’une confrontation entre Palestiniens et Israéliens est réelle. Le renforcement constant de l’occupation, menace de déchaîner des forces de destruction qui échapperont à tout contrôle.

Il est vain d’espérer que Benyamin Netanyahu et son gouvernement se rendent à l’évidence.

Il n’y a, aujourd’hui, que deux alternative à l’instauration d’un Etat palestinien viable : soit une guerre civile qui oblige Palestiniens et Israéliens à trancher, soit qu’enfin, l’ONU, appuyée par l’ensemble des puissances formant le Conseil de sécurité, impose, avec tous les moyens nécessaires, l’exécution  de la résolution du 29 novembre 1947 décidant du partage de la Palestine. La création des deux Etats, l’Etat d’Israël et l’Etat palestinien, devait intervenir le 1er octobre 1948, conformément à ladite résolution.

Si le statuquo perdure, on continuera à compter les morts et les blessés, particulièrement chez les Palestiniens.