Chronique politique du vendredi matin dans les Matins Luxe sur Luxe Radio

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La Suisse a perdu la bataille du secret bancaire. Rien n’est plus comme avant au pays des comptes à numéros, au pays du secret et de la discrétion. Cette célèbre place financière a perdu de son opacité.

 

Soixante dix sept ans de lutte autour du secret bancaire. Soixante dix sept ans que la Suisse résiste aux pressions internationales, des grandes puissances comme des moins grandes. Le secret bancaire, qui protège du fisc des fonds déposés dans les établissements helvétiques, a été attaqué dès sa naissance, dans les années 1930. Depuis les périodes de tranquillité n’ont jamais duré très longtemps. Sans être totalement interdits, les comptes à numéros se font rares de nos jours. La nouveauté est que les banquiers suisses sont devenus prudents et circonspects, vis-à-vis d’une clientèle qui ne respecterait pas ses obligations fiscales.

 Pour comprendre cette nouvelle situation, il faut savoir que depuis 1998, lorsque, menacées de sanctions aux Etats-Unis, les banques helvétiques acceptent de payer 1,25 milliards de dollars, fonds en déshérence, aux héritiers des victimes de la Shoah, la guerre n’a pas cessé. L’administration Clinton et l’Union européenne exigeaient des échanges d’informations permettant d’identifier les comptes suisses de leurs ressortissants. Ces trois dernières années, la pression diplomatique n’a pas cessé et a finit par faire sauter les principaux verrous de la place financière suisse. Le blocage par la Suisse, ces derniers jours, de plus de 200 demandes fiscales françaises, s’apparente plus à une bataille d’arrière garde.

 Dans la foulée du scandale UBS de 2009, Paris, Berlin, Washington et l’OCDE avaient menacé la Suisse d’être inscrite sur la liste noire des paradis

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fiscaux. Depuis, tout a changé, le secret bancaire qui a fait la fortune des banquiers suisses, n’a plus la même étanchéité. Ils n’ont plus le choix, ils doivent se conformer aux normes internationales plus exigeantes. A ce jour, plus de 20 conventions bilatérales sont entrées en vigueur, dont une avec la France. Malgré ces avancés, les gouvernements continuent de se plaindre du manque de coopération des autorités helvètes.

 Devant cette nouvelle situation, on peut se demander quel intérêt à maintenir ou placer son argent en suisse. Les experts suisses vous rétorqueront : pour notre expertise et notre savoir-faire. Aujourd’hui encore, on estime à 2100 milliards de dollars le montant des avoirs étrangers en Suisse.  Il faut le reconnaître, malgré la bataille perdue du secret bancaire,  la finance reste un secteur clé pour la Suisse, qui demeure le premier gestionnaire de fortune au monde.