Chronique politique du vendredi matin des Matins Luxe sur Luxe Radio

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L’armée de l’ex URSS a mené durant dix ans, de 1979 à 1989, une guerre en Afghanistan contre les moudjahidines. Cette guerre, du fait de l’implication des Etats-Unis, a été considérée comme la dernière crise de la guerre froide. Depuis, il y a eu le 11 septembre 2001, le plus grand attentat terroriste de tous les temps, avec ses trois mille victimes. L’ONU y répondit en mettant en place l’ISAF, la force d’intervention en Afghanistan. C’était la chasse aux membres de la nébuleuse terroriste, Al Qaida et de son chef et inspirateur, Oussama Ben Laden.

 Et voilà une nouvelle guerre en Afghanistan, cette fois-ci menée par ceux qui avaient contribué à bouter les Russes hors de leur zone d’influence. Une guerre menée par une coalition occidentale, avec les Etats-Unis comme principal chef d’orchestre et essentiel contributeur. C’est dans le cadre d’une guerre contre le terrorisme et une traque sans merci de Ben Laden, que les Boys américains y furent envoyés par milliers. La facture en vies humaines et en dollars, est lourde pour tous les participants, Amérique en tête.

 La mort de Ben Laden n’affaiblit pas les Talibans, mais donne prétexte aux Américains d’accélérer la fin d’une aventure militaire devenue impopulaire aux Etats-Unis. C’est dès 2010, au sommet de l’Otan à Lisbonne, que les Etats engagés dans la Force d’Intervention en Afghanistan, avaient décidé de retirer leurs forces combattantes au plus tard en 2014. La coalition considère que le mandat donné par l’ONU a été rempli, par la pacification d’un certain nombre de zones, comme la vallée de la Kapisa, la mort de Ben Laden et la formation de l’armée nationale afghane, estimée prête à prendre le relai.

 Moscou ne partage pas cet optimisme, tant sur la liquidation du terrorisme que de la pacification. Que dit Vladimir Poutine ? Je cite : «  Il est regrettable que de nombreux participants à cette opération de l’Otan songent à la façon de se retirer… ils devraient soutenir le fardeau et aller jusqu’au bout. Ils ont pris des engagements et devraient mener à bien leur mission à l’ONU. » Et son ministre des affaires étrangères de souligner : « Le retrait précipité des forces de la coalition, déployée en Afghanistan, comporte des risques de déstabilisation dans la région. » Fin de citation.

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 On peut se demander pourquoi la Russie de Poutine tient-elle tant à la présence des forces combattantes de l’Otan, américaines en tête, aux portes de la Grande Russie. Moscou éprouve deux craintes devant le départ des forces de l’OTAN, d’une part l’intensification du trafic de drogue en direction de la Russie, d’autre part et surtout, la recrudescence d’activités islamistes, voire terroristes, sur les frontières des républiques musulmanes d’Asie centrale.

 Pour combler le vide que va provoquer le départ des occidentaux, vide que ne pourra pas remplir l’armée afghane, le réengagement de la Russie n’est pas exclu. L’Afghanistan a toujours été considéré par Moscou comme faisant partie de ses zones d’influence. Nul doute que Moscou ira loin pour empêcher ceux qu’elle continue d’appeler les terroristes, à savoir les Talibans, d’y prendre le pouvoir. En 1989, quand les troupes soviétiques quittaient l’Afghanistan, acculées par la résistance afghane, nul n’aurait pu imaginer que douze ans plus tard, la Russie serait de retour. En attendant, Moscou collabore avec ceux qui ont aidé cette résistance afghane, essaye de les convaincre de sursoir au départ, et même aide par exemple les forces françaises à sortir du guêpier afghan par la Russie. Ceci peut expliquer l’infinie patience des occidentaux à l’égard de la Russie sur le dossier Syrien.