Les séries de sanctions à l’égard de la Russie n’ont fait que mettre à mal l’économie de l’Union européenne. Recherchant à se libérer du gaz et du charbon russes, elle n’a fait que changer de maître en la matière, avec des surcouts pénalisant le développement de son économie. On peut dire que le résultat de toutes ses mesures est à l’inverse du but recherché.

   Par son suivisme aveugle à l’égard des Etats-Unis, elle s’est mise dans une situation dangereuse. Pourra-t-elle retrouver son autonomie géopolitique ? On peut en douter.

 Dans son rapport du 28 avril dernier, le « Centre for Research on Energy and Clean Air », on peut lire que la Russie, malgrè la baisse des volumes, voit ses revenus des ventes du gaz et du charbon à l’Union européenne pratiquement doubler, grâce à la flambée des prix et ce, uniquement pour les deux premiers mois de la guerre en Ukraine. Elle a engrangé pour cette période près de 62 milliards d’euros dont 44 milliards de ses exportations vers l’Union européenne, contre 140 milliards pour l’ensemble de l’année 2021.

On constate, malheureusement, que l’UE frôle de plus en plus la « stagflation ». L’Allemagne voit son excédent commercial s’effondrer et son PIB stagner.

 Les ambitieux objectifs climatiques sont remisés au placard. L’Allemagne, la République Tchèque, la Bulgarie, la Roumanie et l’Italie envisagent aujourd’hui de suspendre leurs plans de sortie du charbon, vu le risque d’une rupture d’approvisionnement en gaz. 

  En 2021, 70 % du charbon importé par l’UE provenait de Russie (Eurostat), et sont peu nombreuses les alternatives. Peu d’espoir du côté de l’Afrique du Sud dont la production stagne.

Les États-Unis, eux, ont fait le choix de privilégier leur marché asiatique et 15 % seulement de leurs exportations sont destinées à l’UE. 

La vérité est que la politique d’embargo pousse l’UE vers de nouvelles dépendances.

Le 25 mars, elle a conclu un accord avec les États-Unis pour la livraison de 15 Gm3 de GNL supplémentaires d’ici la fin de 2022, à un tarif supérieur à celui du gaz russe. Ceux-ci s’ajoutent aux 22 Gm3 qui devaient déjà être livrés en 2022.

 Bravo pour les États-Unis, qui fins manœuvriers et seuls bénéficiaires des sanctions, sont devenus le premier exportateur mondial de GNL. La dépendance de l’Europe existe donc toujours : elle a simplement changé de bénéficiaire. Mais attention, alors que les prix du pétrole grimpent, la production américaine reste inférieure à son niveau de prépandémie à 11,9 mb/j fin avril, contre environ 13 mb/j en 2019.

 Il semble que le principal objectif de l’industrie pétrolière et gazière américaine, aujourd’hui, n’est plus la croissance de la production, mais plutôt le remboursement des dettes et la rémunération des actionnaires.

 L’approvisionnement en gaz des compagnies d’électricité devient, aujourd’hui, une farouche bataille entre Chinois et Européens.

 Les États-Unis qui n’exportaient pas de GNL en 2015, sont devenus, maintenant, le plus grand exportateur de gaz naturel (méthane) au monde. La guerre en Ukraine a surement des dégâts collatéraux, mais elle a, aussi surement, des avantages pour certains. 

Les nouvelles dépendances aux matières premières risquent de devenir plus graves que celles dont l’Europe veut se prémunir actuellement.

 Le développement passe par la maitrise a minima de 7 ressources dites vertes, aluminium, cobalt, cuivre, lithium, nickel, argent et zinc. Or la Russie est un des principaux producteurs avec la Chine. 

On n’oubliera pas de citer les « terres rares » dont la Chine assure 71 % de la production mondiale, loin devant l’Australie et les États-Unis. L’UE va donc se retrouver rapidement dépendante, là aussi, en particulier vis-à-vis de la Chine et son allié, la Russie.

 D’après une étude de l’Université de Louvain publiée en avril dernier, pour remplacer les combustibles fossiles et atteindre la neutralité carbone en 2050, l’UE aura besoin à cette date de :

  • 35 fois plus de lithium qu’aujourd’hui du fait des véhicules électriques et des éoliennes,
  • 26 fois plus de terres rares,
  • 3 fois plus de cobalt,
  • 2 fois plus de nickel,
  • 33 % de plus d’aluminium, 35 % de plus de cuivre, 45 % de plus de silicium…

 En outre, il faut noter que la Chine assure 40 % du raffinage mondial du cuivre, 60 % de celui du lithium et 90 % des terres rares.

  La Secrétaire américaine à l’Énergie a précisé le 25 mars dernier que : « les matières premières pourraient devenir le nouveau point faible des États après le gaz russe ». 

 Le seul vecteur d’indépendance de l’Union européenne est le nucléaire dont elle cherche à limiter le développement ! L’incohérente politique de la Commission européenne refuse d’inclure le nucléaire comme énergie verte dans la taxonomie des investissements durables. Fidèle à sa position farouchement anti-nucléaire, l’Allemagne, soutenue par quelques États européens, rejette le nucléaire et manœuvre pour le marginaliser et l’exclure. Elle a même refusé une dernière chance offerte par la crise ukrainienne.

Il semble impossible pour les instances européennes d’élaborer une stratégie cohérente si l’idéologie et l’affairisme continuent à dominer le réalisme et l’efficacité.

  Entrainée dans le conflit des relations houleuses entre les États-Unis et la Russie depuis 1944, l’UE a décidé de rompre avec une partie de l’Europe, la Russie, et de se repositionner dans le giron américain.

Elle a entrepris une guerre économique contre la Russie, sans avoir vraiment identifier ses adversaires. En entretenant une politique énergétique absurde, elle est la principale victime d’une crise qu’elle a, pour une bonne part, contribué à créer.

L’Europe n’a pas fini de souffrir des incohérences de sa politique économique antirusse, pour le moins irresponsable.