Vendredi, jour de ma chronique politique hebdomadaire.

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      La Syrie est-elle en passe de glisser de la guerre civile à une guerre régionale ? Les frappes des Américains et ses alliés sur les sites syriens, en sont-elles les prémices.

Les rodomontades du président américain Donald Trump soulignent les incohérences et les contradictions de sa politique, et l’absence d’une réelle stratégie américaine en Syrie. Ordonner une ou deux frappes contre les forces d’Assad, ne modifie en rien l’équilibre des pouvoirs dans la région et ne renforce pas la position de Washington dans ce pays déchiré par la guerre, sans parler du Moyen-Orient en général.

La riposte occidentale à l’attaque chimique attribuée à Damas, a suscité de sérieuses réserves. En s’engageant à retirer de Syrie les maigres troupes américaines et renoncer à ses engagements en Syrie, Trump a perdu l’opportunité de peser sur l’avenir du pays. Les acteurs locaux et régionaux qui avaient placé leur confiance dans les engagements américains, risquent d’en payer le prix fort. 

Les Kurdes– l’allié le plus fiable et le plus efficace des Etats-Unis dans le combat contre l’EI– ont été abandonnés à leur sort, malgré les assurances des officiels de l’administration Trump. 

Les Kurdes critiquent, à juste titre, cette administration pour les avoir sacrifiés sur l’autel des relations stratégiques turco-américaines. Avec le retrait des Etats-Unis, ils peuvent se sentir obligés de s’allier avec Assad pour assurer leur protection. 

Mais la bataille va être dure, car le départ des Américains renforcera probablement l’emprise de la Turquie. Sans les Etats-Unis, les principales puissances étrangères restant engagées dans le conflit syrien– la Turquie, la Russie et l’Iran–vont consolider leurs sphères d’influence et se partager, après la guerre, le butin de la reconstruction. 

Le président russe Vladimir Poutine est le faiseur de roi, dont l’intervention militaire, au moment opportun, a sauvé le régime d’Assad de la défaite et retourné le sort des armes en sa faveur. Dès lors que les Etats-Unis abandonnent la partie en Syrie, les liens militaires et économiques de la Turquie avec la Russie ne vont que se resserrer.

Comme la Russie, l’Iran est aujourd’hui la puissance régionale la plus influente en Syrie, comme elle l’est en Irak et au Liban. Mais la ruée pour remplir le vide laissé par les Etats-Unis va provoquer l’étincelle qui mettra le feu aux poudres.

La situation de quasi-guerre met désormais aux prises l’État hébreu et les milices dirigées par les gardiens de la révolution iraniens. La présence en Syrie de ces quelques 20,000 hommes n’a apparemment d’autre but que d’y établir un avant-poste pour cibler le territoire israélien.

 On peut légitimement s’inquiéter qu’Israël n’utilise le retrait américain comme un prétexte pour intensifier ses frappes contre l’Iran et le Hezbollah en Syrie– une initiative qui pourrait enflammer toute la région, et y entraîner les Etats-Unis, l’Irak et l’Arabie saoudite, principale rivale de l’Iran pour l’hégémonie régionale.

 De cet embrouillamini ne sortira, pour le moment, que souffrance et douleur pour les peuples toujours otages du jeu politique. Ce jeu géostratégique n’a pas fini de redistribuer les cartes.