Chronique politique de la semaine

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Unknown

L’Occident, Washington en tête, semble découvrir subitement le péril djihadiste. Tant que leurs opinions publiques se considéraient loin de se qui se passait en Syrie, en Irak et dans d’autres pays arabo- musulmans, tant que ces mêmes opinions publiques ne se considéraient nullement concernées, les gouvernants occidentaux n’ont pas voulu prendre la mesure des désastres engendrés par la décision du président américain George W Bush, d’envahir l’Irak.

L’origine politique et idéologique de l’EI remonte à cette invasion de l’Irak en 2003 suivie du démantèlement de l’armée, de la police et de l’administration de Saddam Hussein. C’est cette action qui donnera un an après, en 2003, naissance à un embryon de guérilla sunnite, qui se transformera, plus tard en Daech (Etat islamique). L’EI se différencie d’Al-Qaïda par sa volonté de créer un califat sur un terrain spécifique. Organisation salafiste djihadiste, en guerre avec les chiites, ses objectifs sont locaux avec la défense du sunnisme et la recherche d’un remodelage des frontières. Leur leader actuel, Abou Bakr Al-Baghdadi, ne se situe pas dans une perspective mondialiste. Il ambitionne d’unir les terres d’Islam dans un vaste Califat.

Servi par le chaos et l’insécurité qui règnent en Irak, par la guerre civile en Syrie, il se constitue une véritable force armée dont les hommes sont

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prêts à mourir pour une cause qui leur semble sacrée. Leur engagement s’édifie dans une haine de l’Occident, nourrie par l’amertume et les rancoeurs des djihadistes européens. Le maintient de l’exaltation de ces hommes, ne souffre pas de compromissions. Il lui faut l’application sans faiblesse des lois de la Charia. Pour eux, il ne s’agit pas de cruauté ou de barbarie, mais du respect des textes sacrés, dans une interprétation rigoriste : tuer l’infidèle, le renégat.  Terroriser les autres devient, entre leurs mains, une arme redoutable. En réalité ce Djihadisme est l’expression d’une ambition, celle de Al-Baghdadi, d’une haine, celle de l’Occident et d’une revanche, celle sur le colonialisme passé.

Devant les scènes de barbarie pure mises sur la toile par l’EI, scènes où on égorge allégrement des êtres humains, l’opinion américaine , révulsée à juste titre, oblige son président, Barack Obama, à prendre la tête d’une coalition pour, je cite, éradiquer le djihadisme, détruire l’Etat islamique. Obama va et doit s’efforcer  d’éviter plusieurs écueils : la composition de cette coalition, sa nature et son objectif final. Il ne peut y avoir que des pays occidentaux, cela transformerai une action louable en guerre de religion, plus, en choc de civilisation : le monde arabo-musulman contre le monde judéo-chrétien. Cette coalition ne doit pas être politique mais guerrière : il s’agit de combattre militairement l’Etat islamique et non publier des « condamnations unanimes ». Les Etats arabes qui rejoignent la coalition doivent être conscients qu’il s’agit de leur propre avenir, devant les ambitions affichées d’Al-Baghdadi.

Un grand problème que tout le monde cherche à occulter est le véritable état d’esprit de la rue arabe. Il est vrai qu’il est tabou d’en parler lorsque la rue n’est pas en phase avec les positions officielles de leurs gouvernants. Une grande partie de l’opinion arabe, certes, condamne les exécutions mais a le sentiment confus d’une revanche sur l’Occident et plus particulièrement sur les ex-pays coloniaux.

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L’Etat islamique a encore des beaux jours devant lui. Ceci tient au double jeu de la Turquie et du Qatar. Pour Erdogan, le Président de la Turquie, le masque est tombé : il n’est pas l’islamiste modéré qu’il a toujours faire croire à ses alliés de l’OTAN. Il a menti à son opinion publique. Les faits nous apprennent qu’il est un islamiste pur et dure, volant, tant faire se peut, au secours de l’Etat islamique. Ses services ont dirigé les djihadistes vers la frontière syrienne, tout en empêchant les volontaires kurdes de venir en aide à la ville frontière, Kobané, assiégée par les hordes de l’EI. Malgré les pressions de l’allié américain et le feu vert donné par le parlement turc, l’armée reste l’arme au pied à la frontière. Erdogan joue avec le feu, mais jusqu’à quand ?

Le Qatar, lui, un Etat tellement insignifiant militairement mais tellement riche, nourrissant des ambitions géopolitiques sans commune mesure avec sa réalité, a financé des Katibas extrémistes qu’il espérait des marionnettes. Avec de tels alliés, Washington a des soucis à se faire. Si la stratégie militaire d’Obama est : pas de soldats au sol, il ne devrait pas nourrir l’illusion que les troupes au sol viendront des pays arabes. Seront-elles aussi motivées que les djihadistes, seront-elles aussi fiables que les GI de l’oncle Sam ? Car cette guerre contre l’islamisme ne se gagnera ni en quelques jours, ni en quelques mois, ni même en un an. Cela fait plus de trente ans que l’Occident a fermé les yeux sur les pétrodollars finançant l’exportation  de l’idéologie wahhabite et les groupes terroristes extrémistes.

On peut se poser la question : si l’EI n’avait pas égorgé des journalistes occidentaux, spectaculairement en outres, la coalition aurait-elle été lancée pour mettre fin au massacre des chrétiens d’Orient, des yazidis, des chiites, des alaouites et de tous les innocents qui se sont trouvés sur leur chemin.