Chronique politique du vendredi matin des Matins Luxe sur Luxeradio

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Des milliers d’Ukrainiens ont défilé dans les rues de Kiev en criant : «  Nous sommes tous des Européens. Non au chantage, Poutine dégage ! » Déçus du rejet par le gouvernement ukrainien de l’accord d’association avec l’Union européenne, ils l’ont fait savoir bruyamment, sans grand espoir d’un changement rapide. La cause est loin d’être entendue, tant Poutine fait feu de tous bois pour empêcher un mariage qui sonnerait le glas pour son projet d’Union eurasienne.

 Pour calmer les protestations ou gagner du temps, la présidence à Kiev a tenu à préciser qu’elle ne

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renonçait pas à l’euro-intégration, « Nous ne parlons que de la suspension de ce processus. » L’Union européenne aura beau désavouer avec force les pressions de la Russie sur l’Ukraine et maintenir sur la table l’offre d’association, il lui faut admettre qu’elle a été mise en échec par un Poutine intraitable. «  Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire, » déclare le conseiller et stratège  américain Zbigniew Brzezinski, vieux connaisseur de la région. La Russie se trouve coincé entre une Chine au développement envahissant et une Europe qui, avec le prochain accord de libre échange avec les Etats-Unis d’Amérique, représentera un marché de plus de 800 millions de consommateurs, au pouvoir d’achat le plus élevé du monde. Poutine se doit d’y trouver une réponse, pour sauvegarder les intérêts économiques de la Russie.

 

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L’UE a sous-estimé la capacité de nuisance de Moscou et sa détermination à stopper le déploiement de Bruxelles à sa porte. Par ailleurs, l’obstination de Bruxelles à obtenir la libération de Loulia Timochenko, l’icône de la « révolution orange », a été contre-productive. La stratégie d’ouverture de l’Union européenne vers les pays de l’Est, ce partenariat oriental caressé par Bruxelles, est à revoir, devant, pour le moment, le forfait de l’Ukraine. Il ne suffira pas de dénoncer les « pressions extérieures » ni d’envisager, enfin, le soutien de ceux qui veulent s’engager sur la voie des réformes et de la modernisation.

 Au sommet qui se tient depuis hier à Vilnius, en Lituanie, Angela Merkel et François Hollande devront rassurer deux petits Etats qui envisagent de

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rejoindre l’Union européenne : la Géorgie et la Moldavie. Pour contrer les menaces de sanctions commerciales de Vladimir Poutine, l’UE devra  envisager sérieusement des contreparties économiques et financières. Serait-ce suffisant ? On peut en douter, si des négociations sérieuses ne sont pas entreprises avec la Russie. Il faut reconnaître que l’UE est là, dans le pré carré de Moscou.  Poutine a déjà démontré, qu’au delà des sanctions économiques, il n’hésitait pas à recourir au conflit armé.

 On ne peut pas ignorer que le Kremlin a remporté la première manche. Aussi, l’Europe devra parler d’une seule voix et prendre langue avec Moscou. Elle devra apporter des éclaircissements sur une formule « gagnant, gagnant », une formule dont tout le monde doit bénéficier dans la région. Comment ? La formule devra être trouvée lors du sommet UE/Russie prévu en janvier  prochain. Ce sommet devrait rapprocher les positions des uns et des autres.

 Mais la solution ne serait-elle pas la formule chère à De Gaulle : «  L’Europe de Dunkerque à l’Oural » ?