Voici ma chronique politique hebdomadaire, aujourd'hui sur la Turquie. L'expulsion de nombreux marocains et marocaines par Erdogan m'a amené à mettre lr projecteur sur la situation, aujourd'hui, de ce pays. 

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  Tout passe, tout lasse ! Il en est de même de l’absolutisme et des dérives dictatoriales. Le vernis de la présidence d’Erdogan en Turquie, se fendille nettement. C’est l’annonce de craquements autrement  plus dangereux pour ce régime policier, au pouvoir exclusif au profit d’un seul homme. L’étoile d’Erdogan s’est mise à pâlir depuis quelques temps déjà.

 Après le coup d’État raté jugé par ce dernier : « Un cadeau du ciel », une épuration sans merci a été entreprise dans toutes les strates de la société turque : enseignement, magistrature, police, armée, médias et société civile. Seuls les bébés ont échappé à la purge chez tous ceux qui, de près ou de loin, virulents ou tièdes, n’aimaient pas Erdogan.

  Depuis, malgré quelques scandales retentissants touchant Erdogan et son fils, le potentat a pris le costume d’un Président omniprésent, sourcilleux dans l’exercice du pouvoir, faisant étalage d’une gestion économique peu orthodoxe. Son bras de fer perdu avec Donald Trump, a couté très cher à la devise turque. Il vient de limoger le gouverneur de la banque centrale qui refusait, en bon défenseur de la monnaie nationale, de baisser les taux d’intérêt. En mettant la main sur la politique monétaire, Erdogan va refroidir les investisseurs internationaux dont le pays a tant besoin.

L’AKP d’Erdogan a perdu la mairie d’Ankara et celle d’Istanbul : un camouflet pour un président qui avait scandaleusement annulé des élections perdues de peu, et qui se retrouve, cette fois-ci avec une défaite majeure et sans appel.

 La situation catastrophique, économique et sociale du pays, l’a lourdement sanctionné. Ce pays de 80 millions d’habitants, a vu sa croissance économique progresser que de 1%, alors que l’inflation atteint 13% et que le déficit public dépasse les 5% du PIB. 

 Cela faisait 25 ans que la capitale économique était dirigée par l’AKP d’Erdogan, qui en a lui-même été maire de 1994 à 1997.

 À ces soucis économiques s’ajoutent les problèmes géopolitiques majeurs du pays :

-     La question Kurde toujours explosive pour une minorité qui réclame son indépendance depuis un siècle. Ils seraient environ 12 millions sur un total estimé à 20 millions, soit 14% de la population turque.

-     L’appartenance à l’OTAN : que signifie-t-elle aujourd’hui ? le traité était conçu pour contrer la menace de l’ex-URSS.  La commande aux Russes des missiles anti-aériens, les S400, fait désordre dans l’alliance et braque un peu plus l’allié américain. 

-     La guerre de Syrie : elle est réputée remportée par Bachar el Assad et la hantise d’Erdogan est la réunion des communautés kurdes créant un État.

L’inflation ronge le niveau de vie et l’équilibre social de la nation.

Le président Erdogan, durant la campagne de son parti, plus agressif que jamais, n’a pas hésité à exploiter l’attentat de Christchurch.

 Cela lui a permis d’écouler ses thèmes favoris: la lutte contre l’Occident «islamophobe», la nation en danger contre les ennemis de l’intérieur et de l’extérieur. «Avec l’aide d’Allah, ni les résidus de Croisés, ni les nostalgiques de Byzance, ne nous écarteront de notre voie», clamait-il le 19 mars dernier. 

  Pour les observateurs, c’est le commencement du déclin. Certes, la perte des deux grandes villes du pays, Istanbul et Ankara, ne le priverait ni de son fauteuil ni de sa majorité, mais le risque est que certains, au sein de l’AKP, se disent: «puisque le déclin a commencé, il faut quitter le train tant qu’il est encore temps.»

Le principal opposant au président Recep Tayyip Erdoğan n’est plus politique, mais financier. La devise nationale, la livre, dévisse plus que jamais. Après au moins 30 % de baisse l’année dernière, déjà 10 % pour les quatre premiers mois de 2019 dont une chute de 15 % contre le dollar américain. Le toboggan monétaire engloutit rapidement les réserves officielles de change détenues à la Banque centrale de Turquie.    Malgré cela, la devise nationale est passée sous la barre symbolique des 6 livres pour un dollar. 

 

Abdullah Gül, ancien président ou Ahmet Davutoğlu, ex-premier ministre, fait sans précédent, se sont désolidarisés de leur ancien patron.

 Erdoğan ne devait pas perdre le 23 juin dernier Istanbul, la grande place du business turc, qui pèse un tiers du PIB, sans doute plus encore dans les finances de l’AKP et de ses affairistes. Cela a été un aveu de faiblesse insupportable pour un homme qui se prétend fort, à l’image des sultans ottomans.  

  La croissance économique est négative (− 3 %). Entrainée par la chute de la livre, l’inflation fait rage : + 20 % en un an au mois de mars, mais + 30 % pour les produits alimentaires, une charge insupportable pour les budgets des ménages modestes où se recrute une part importante des électeurs de l’AKP. Mais d’autres grandes villes aussi l’ont sanctionné, avec des écarts encore plus importants que ceux du Bosphore. En un an, le chômage est passé de 10,8 % à 14,7 % de la population active, soit près de 5 millions de sans-emploi.

Le Président Erdogan n’est pas seulement dans la tourmente, mais dans un déclin inéluctable.