« Je n’aime pas ce bien-pensant vers lequel on avance. Partout, on entend que le bien, c’est nous et que le mal c’est l’autre. Avant c’était Castro, aujourd’hui, c’est Poutine, tout ce qui n’est pas aseptisé. Comme c’est triste. Et comme c’est dangereux », écrit Gérard Depardieu dans son livre, Monstre.

La critique systémique de tout ce qui vient de la Russie chrétienne et de son président Vladimir Poutine, ne peut effacer l’apport culturel essentiel de la Russie à la France et ailleurs, depuis des lustres. Tous, français d’origine russe, la comtesse de Ségur, Sacha Guitry, Romain Gary, Joseph Kessel, Maurice Druon, Henri Troyat, Marc Chagall, Chaïm Soutine, Jacques Tati, Lily Laskine, Haroun Tazieff, Laurent Terzieff, Jean Ferrat, Serge Gainsbourg, Michel Polnareff, Marina Vlady, Roger Vadim, Pierre Tchernia, Robert Hossein, Léon Zitrone, Yves Mourousi, Alexandre Adler, Andreï Makine, les frères Bogdanoff, (je dois certainement en oublier , surtout ceux devenus américains), ont chacun contribué au rayonnement d’une grande partie de l’Occident, et d’abord de la France.

  Grace à ces émigrés de la révolution « d’octobre », la cuisine russe a envahi les tables réputées françaises. Le grand chef Urbain Dubois (1818-1901)  recense et célèbre les mets russes appelés à devenir des piliers de la cuisine française, comme le caviar sauvage (disparu de nos jours) qu’il présente comme un produit très sain, qu’il convient de servir avec des cuillères en ivoire sur de tendres blinis tièdes. Mais aussi l’agneau pascal au beurre, le blanc-manger à la russe, le bortsch, la carpe à la russe, le kacha, les zakouskis et le bœuf « à la Stroganoff » . Ce dernier plat a été inventé par un cuisinier français, André Dupont, quand il était au service du comte Alexandre Grigorovitch Stroganov.

  À la fois aristocratique et populaire, l’influence de la cuisine russe a été grandissante en Occident, depuis plus de deux siècles. Plusieurs tables, un peu partout dans le monde perpétuent cette symbiose, en revisitant certains plats emblématiques de la « mère » Russie. 

La grande armée napoléonienne, a ramené avec sa retraite, bon nombre de mots qui sont devenus courants dans la langue de Molière. Le plus emblématique est « bistro » qui ne désigne aucun estaminet, mais veut dire simplement « vite ». Ce terme a été le premier que les grognards de Bonaparte ont assimilé, en venant, en Russie, demander à boire un coup, à ce qui est devenu aujourd’hui un bistrot.

Faut-il suivre Konstantin Malofeev, l’oligarque russe qui milite pour la restauration des Tsars ? Il semble que cela ne soit pas nécessaire avec Poutine aux manettes.

  Rappelons-nous, dans la cour des tsars, c’est le français qu’on parlait. Le kremlin a toujours considéré la Russie partie de l’Europe. Il ne faut pas céder à la démarche américaine qui, conformément au testament politique de Bzrezinski, revu et complété par Henry Kissinger, considère la Russie comme l’ennemi de toujours. Pour Bzrezinski, l’Union européenne ne doit jamais intégrer la Russie, cela en ferait une troisième grande puissance mondiale, contraire aux intérêts des États-Unis. 

  Quelque soit la politique des Occidentaux, la Russie, le plus vaste pays du monde, comme le déclarent les russophiles, restera la Russie éternelle. Elle survivra et se développera malgré la déclaration tonitruante de Bruno Lemaire, ministre des finances et de l’économie de la France, qui annonçait l’effondrement de l’économie russe. Ce fut une bien belle déclaration de guerre, un peu hasardeuse. Aujourd’hui, le rouble ne s’est jamais aussi bien porté, tandis que l’Euro s’effondre, la balance commerciale russe est excédentaire et le pays n’est pratiquement pas endetté. La France, avec d’autres pays européens, se prépare à grelotter cet hiver, l’inflation et le pouvoir d’achat posent problème. Monsieur le ministre Lemaire a-t-il perdu sa guerre ?