Quand les baleines sont lasses de vivre elles vont s’échouer sur les rivages pour y mourir. Quand les pachydermes sentent leur dernière heure arriver, ils partent doucement vers le cimetière des éléphants. L’Occident, c’est les baleines et les éléphants réunis.

Comme eux l’Occident est énorme, riche et puissant. Et comme eux il est fatigué et las. Comme eux il a accepté de passe de vie à trépas. D’ailleurs pourquoi, au nom de quoi, se battrait-il encore ? Le monde d’aujourd’hui est un monde en quête d’inaction, d’ataraxie et de limites. Nous ne savons plus, ne voulons plus savoir ce que nous sommes. Se gargariser avec le mot « démocratie » n’est pas un programme d’action, voire de vie. L’Occident semble fatigué de vivre et devient partisan du moindre effort. Il ne vit plus, il survit ! Nous sommes entrés dans l’ère des cibles nulles. Nous sommes face à un monde plus que jamais préoccupé par ses limites en tous genres, un monde fini, un monde en quête d’absolus et de stabilité.

 Le zéro est devenu le symbole de ses objectifs : risque zéro, zéro covid, zéro déchet, zéro carbone, zéro calorie, zéro pollution sonore, zéro immigration.  Ce chiffre c’est l’absence et le vide. La vie ne signifie-t-elle pas tout le contraire ? Après la croissance illimitée, l’Occident rêve aujourd’hui de retraite, de doux confinements, de télétravail et de décroissance économique. Il semble fatigué de l’élan qu’il a lui-même déclenché avec la mondialisation. On ne veut plus d’abondance, l’austérité parait plus rassurante. Comme tous les vieux retraités, on aspire au repos après avoir sorti de force les autres civilisations de leur immobilisme. Il maquille sa fatigue par les envies de permanence de l’écologisme et ses utopies.

On régule à tour de bras, on multiplie les contrôles, ce n’est plus de l’action mais de la rétention.

 L’Occident ne cherche plus à se surpasser, mais à revivre le passé. Le déclin géopolitique des États-Unis illustre ce repli. Après les avoir presque toutes abolies, l’Occident rétablit des frontières entre les groupes grâce au multiculturalisme, entre les individus grâce à la pandémie.

 Le wokisme venu d’Amérique converge avec le sanitarisme. On est entré dans un monde où l’individu est roi, loin de l’ombre de son prochain, comme si les corps étaient eux-mêmes des frontières. On ne vit plus  ensemble, mais côte à côte.

 La gouvernance, aujourd’hui, avec les nouvelles technologies, s’efforce de domestiquer la foule, ses instincts et ses élans. On ne veut plus le bouillonnement de la vie, mais un sage fleuve canalisé, qui coule tranquillement vers un destin tracé.

La France qui résistait encore quelque peu au courant, est en train de s’y soumettre, comme le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et certains États américains, avec un grand naturel.

L’Occident d’aujourd’hui semble habité par une pulsion de mort. C’est la victoire de tous ces puritanismes en vogue. Est-ce la victoire de Thanatos sur Éros, la victoire d’une vision stérile de l’existence humaine ? 

 L’Occident vieux et fatigué, va-t-il pouvoir résister à cette malédiction qu’est le Wokisme ? Ce Wokisme qui veut libérer la société de toutes les formes imaginables d’oppressions patriarcales et « coloniales ». C’est la défense absolue des « racisés », cette nouvelle forme de racisme anti-blanc. Réhabilitant certains thèmes religieux, il est traversé par une volonté de purification ne pouvant se traduire politiquement que par une gouvernance dictatoriale. Le Président français, feu Jacques Chirac, avait à lui seul, illustré ces tendances par sa doctrine simpliste : « Pas de vagues ».  

  Ces théories venues d’outre-Atlantique veulent une société pure. Mais la pureté nécessite de supprimer les forces vives jugées hostiles à l’établissement du Bien.  C’est une volonté d’unité fondamentale contraire au libéralisme. Les puritanismes en vogue sont fondés sur la logique du safe space née dans les universités américaines, c’est-à-dire sur cette idée d’un espace à 100% sécuritaire. À l’origine, les safe spaces étaient des espaces où la liberté d’expression est limitée pour ne pas heurter la sensibilité de gens qui ne partagent pas les mêmes idées, mais il semble que la notion tend à être étendue à d’autres sphères. 

Aujourd’hui, il s’agirait d’étendre la zone de confort des individus le plus loin possible, comme si les États n’avaient plus d’autres fins que d’assurer la sûreté de leurs membres atomisés. Leur sécurité sanitaire, identitaire, écologique et psychologique en particulier, en assurant le maintien de leur bulle contre une jungle environnante pouvant toujours mettre en péril leur fragile intégrité.

 Ce monde, mon monde, est en train de mourir, et personne ne semble s’en soucier.