L’Occident en Afghanistan, a fait preuve de son incapacité à saisir les réalités d’un pays complexe.  En fait, elle illustre l’impuissance actuelle de l’Occident à maîtriser les vérités de l’islamisme.

A Kaboul, les personnes sensées, ne peuvent qu’être abasourdies de constater qu’avec la bénédiction des responsables américains sur place, l’envoyée d’une ONG a présenté L’Urinoir de Duchamp à des Afghanes qu’elle espérait admiratives. Elle leur demande de prendre au sérieux, les élucubrations d’un esprit dérangé ! Que peuvent-elles penser d’une civilisation pour qui le sommet de l’art est un urinoir sous des projecteurs. Est-ce pour cette civilisation que des soldats de plusieurs nations, ont donné leur vie ?

Les Talibans ont détruit les Bouddhas millénaires de Bâmiyân. L’épopée messianique conduite par les États-Unis n’a rien trouvé de mieux à proposer pour raviver l’art sur ces décombres, qu’un urinoir.  Il aurait été plus utile de parler aux Afghans de l’art gréco-bouddhique qui s’épanouissait jadis sur leurs terres, fruit de l’épopée d’Alexandre et de la rencontre entre deux civilisations. Cette ONG aurait mieux fait de leur parler des miniatures persanes et des estampes japonaises, leur dire que les occidentaux sont les héritiers du Parthénon, et des bâtisseurs de cathédrales et de vitraux enchâssant la lumière dans des symphonies de pierre ciselée. On aurait pu montrer à ces Afghanes, que les Talibans enferment sous l’obscurité ignoble du tchador, la manière dont la civilisation occidentale célèbre la beauté féminine depuis des millénaires. Mais non, une obscure ONG leur a montré L’Urinoir de Duchamp, parfait symbole du ricanement cynique et du nihilisme qui rongent l’Occident.

Mais il faut se garder de généraliser. Beaucoup de mes amies et amis, se sentent plus proches des Afghanes effarées, que de l’ONG « éducatrice ». 

Les Occidentaux, qui se veulent encore héritiers des philosophes d’Athènes, des chevaliers de la Chrétienté et des savants des Lumières, qui considèrent que l’Opéra Garnier est de l’art, mais que des pneus plaqués or, n’en sont pas et n’ont rien à y faire,  attendent autre chose qu’un urinoir, un carré blanc sur fond blanc, ou les œuvres grossières enrobées de discours pédants de Jeff Koons. Ceux-là ne sont pas les responsables de la défaite face aux Talibans. Pourtant, ils sont aussi coupables. Coupables, parce que pervertis eux aussi. Pervertis et rendus lâches, car ils acceptent sans réagir, qu’un prétendu « politiquement correct » lentement les déposséde de leur histoire, de leur dignité, par une éducation qui les dévitalise, qui glorifie l’effacement de soi et le renoncement. 

 Les occidentaux sont coupables d’avoir laissé la soif de beauté se déliter, étouffée par la banalisation du moche plus encore que du laid.  L’Occident est coupable d’avoir renoncé à l’élan vers la grandeur, victime du Dieu Argent.

 Pourtant, l’Occident était parvenu à imposer l’abolition de l’esclavage sur la quasi-totalité du globe. Il a remporté des batailles éclatantes, au champ d’honneur et sur lui-même. Il a permis à l’humanité entière de lutter contre les épidémies et les famines, et de réduire de façon presque miraculeuse la mortalité infantile. Il a apprivoisé l’électricité et l’atome, et ouvert la route vers les étoiles. Mais si l’Occident veut un jour pouvoir à nouveau défendre véritablement la dignité de l’Homme, il devra d’abord retrouver la conscience de sa dignité, de ses responsabilités, et relever la tête. Ces peuples, qui se disent civilisés, devraient, comme Diogène, une bougie à la main, chercher des hommes dignes de les diriger. Mais, hélas, je n’en vois pas beaucoup se profiler et émerger de la meute.