Les démocraties souffrent d’un mal endémique : le temps court. La nature même de la démocratie impose un temps plus ou moins court à l’exercice du pouvoir : 4 ans pour un président américain, 5 ans pour un président français. Par contre, les états à régime autoritaire ont le temps long pour eux. En Chine, le président Xi est élu à vie, en Russie Poutine restera président, tant qu’il le voudra. On ne parle pas des Monarchies qui sont installées « à vie ».

 Aussi, le temps long explique bon nombre de conflits.    La nature des conflits et de la violence a connu une véritable transformation depuis la création de l’ONU. Les conflits sont moins meurtriers mais durent plus longtemps et opposent plus souvent des groupes internes que des États. Par ailleurs, les progrès technologiques favorisent l’utilisation comme armes des drones, de la retransmission en direct, des cyberattaques, des logiciels rançonneurs et du piratage de données. Dans le même temps, la coopération internationale est soumise à rude épreuve et la capacité mondiale de prévenir et régler les conflits et les violences sous toutes leurs formes, s’en trouve affaiblie.    De nombreux auteurs décrivent le temps comme un facteur déterminant à l’égard de la guerre. Cela vaut particulièrement pour les guerres asymétriques, à propos desquelles le temps favoriserait le faible. Quant aux démocraties, leurs chances de victoire diminueraient à mesure que la guerre dure dans le temps. La guerre étant un processus complexe, il est délicat de déterminer avec précision quels sont les facteurs qui en déterminent l’issue. Il est plus facile d’identifier certaines tendances, mais plus difficile d’isoler les facteurs pertinents. Le temps long n’est pas un facteur de la guerre, mais une dimension à l’intérieur de laquelle les facteurs opèrent. Des confusions majeures sont faites par les auteurs qui comparent ses effets avec ceux d’autres éléments, oubliant que le temps ne se situe pas au même niveau d’analyse. Il en est de même pour ceux qui traduisent brutalement leurs variables en termes temporels, et croient en mesurer la pertinence à la suite d’objectivations hasardeuses.

 Un président d’une démocratie comme les États-Unis, comment peut-il développer une stratégie à long terme ? Sur ces quatre ans de mandat, il ne dispose en réalité que de trois, la quatrième année est consacrée à la bataille électorale pour sa réélection éventuelle.

 Xi peut se payer le luxe d’attendre quatre ans, que son vis-à-vis quitte le pouvoir s’il est trop agressif. Les mesures de rétention n’ont qu’un temps, tandis que celles de la Chine peuvent durer, durer.

La longue durée : c’est histoire « massive » ou histoire passive. Les historiens ont depuis longtemps opté pour le temps long. Aucun jugement n’est valable sur un temps court. Les politiques, tout du moins en Occident courent après le temps. Ils n’arrivent pas à se débarrasser des réflexes d’une société de consommation obnubilée par le temps… court. Ils se cachent derrière l’argument de l’imprévisibilité du lendemain pour éviter de réfléchir… sur le temps… long. 

 Par contre, la « longue durée » est à la mode chez les historiens. Le « tissu profond de l’histoire », l’évolution des routes commerciales et celle des mentalités populaires, les modifications de l’équilibre démographique et celles des techniques artisanales, les habitudes alimentaires, les mécanismes de la maladie et de la mort à travers les siècles, toutes ces thématiques sont sujettes au temps long. Le président français François Mitterrand avait résumé le débat en déclarant : « Il faut donner du temps au temps ».