Nous sommes vendredi, on reprend les bonnes habitudes. Voici ma chronique politique hebdomadaire:

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          Le 46ème Président des États-Unis, Joe Biden va avoir à relever plusieurs défis dès le 20 janvier prochain. Il ne bénéficiera pas des 100 jours traditionnels de répit avant les grandes manœuvres politiques.

 Le premier défi va être de reprendre le contrôle de l’épidémie de Covid-19. Ce virus a fait plus de 230.000 morts aux États-Unis, faisant de ce pays, le plus touché au monde, avec plus de 9 millions de personnes contaminées. Biden, à l’opposé de son prédécesseur, va écouter les experts et ramener la raison scientifique dans le bureau ovale. Il lui faudra lancer enfin une vraie politique nationale de lutte contre l’épidémie. 

 Le deuxième défi va être la relance de l'économie. Il faut reconnaître que sans la pandémie de Covid-19, Donald Trump aurait peut-être gagné la présidentielle, fort d’une économie qui affichait des résultats incontestables avant que n’arrive la crise sanitaire aux États-Unis : un chômage au plus bas depuis 1969 (3,5 %), des marchés financiers aux performances inédites (l’indice S & P 500 a bondi de 40 % et le Nasdaq a doublé), et un taux de pauvreté qui n’avait jamais été aussi bas depuis 60 ans, même si les inégalités se sont creusées de façon vertigineuse.

  Mais la crise sanitaire a fortement ralenti la croissance, les chômeurs se comptent par millions et le déficit commercial Chine/ États-Unis reste élevé, malgré une baisse de 24,3 milliards de dollars. Joe Biden prévoit moins de protectionnisme pour relancer le commerce extérieur et envisage plusieurs mesures chocs : relever les impôts sur les sociétés à 28 %, créer un impôt de 1 % sur les riches (un impôt sur la fortune ?) et réduire la pression fiscale sur les plus pauvres. Avec une majorité retrouvée au Sénat, il pourra faire passer ses réformes, si les démocrates se trouvent unis derrière le nouveau Président.

 L’autre travail d’Hercule va être l’image et la place des États-Unis dans le monde. Joe Biden va être obligé de faire un véritable volte-face à la diplomatie américaine. Avec Donald Trump , c’était le protectionnisme et l’isolement. Farouchement opposé au multilatéralisme, il avait retiré les États-Unis de plusieurs institutions internationales comme l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ou de traités comme celui de l’Accord de Paris sur le climat. Il a également maltraité ses alliés, notamment ceux de l’Otan, et fermé les yeux sur les exactions du président turc Erdogan, en Syrie contre les Kurdes. Joe Biden va devoir recoller les morceaux avec des relations diplomatiques plus respectueuses, et réinvestir les organisations internationales.  Par contre, il poursuivra la politique de fermeté de son prédécesseur à l’égard de la Chine, et décevra les Européens, qui espèrent sans doute trop du nouveau président. Les relations avec l’Europe seront plus apaisées, mais la politique de Washington vis-à-vis de l’Union européenne ne changera pas au fond. Il poursuivra la politique de Brzezinski en ce qui concerne la Russie : considérer ce pays toujours comme un ennemi des États-Unis.

Son dernier chantier, et pas des moindres, va être de réconcilier le pays divisé.

 Réconcilier une Amérique fracturée, polarisée de façon extrême sur tous les sujets. Donald Trump n’a jamais paru comme le président de tous les Américains. Il n’a gouverné que pour son camp, voire son clan, attisant les discours haineux, se montrant complaisant avec les suprématistes blancs, ceux des nouvelles milices, comme les nostalgiques du Ku Klux Klan. Joe Biden va tenter d’apporter plus  de nuances et reconstruire les liens entre ses citoyens. Va-t-il réussir à réunir le peuple américain, aujourd’hui déboussolé ?

Son premier geste, le plus facile, sera vraisemblablement le retour dans l'Accord de Paris sur le climat.

 Pour mener ces véritables travaux d’Hercule, il va avoir besoin, non seulement des démocrates, mais également d’une bonne partie des républicains. Donald Trump, hors de la Maison Blanche, va-t-il se retirer sous sa tente, ou, fort des 72 millions de citoyens américains qui ont voté pour lui, s’adonner à son rôle favori de « trublion de service ». La bataille en cours sur le réseaux sociaux, comme Facebook ou Tweeter, dont certains ont fermé arbitrairement les comptes de Donald Trump, est vraisemblablement une action anticipée en vue d’empêcher le Président sortant de venir perturber la présidence Biden. Le monde sera fixé très vite dès fin janvier.