Pour ce vendredi, j'avais préparé une chronique sur la situation au Liban, mais l'actualité m'oblige à traiter de deux sujets qui me sont chers à plus d'un titre.
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À Rabat, le cabinet royal a annoncé deux événements à priori sans lien entre eux. L'un concerne le Sahara marocain, l'autre plusieurs milliers de kilomètres plus loin, le Moyen-Orient.
Honnêtement, on savait que le Maroc aller normaliser ses relations avec Israël, mais beaucoup plus tard, dans tous les cas, pas avant les prochaines élections législatives.
Pour le Sahara, une cause nationale, les grandes puissances tout en étant favorables aux thèses marocaines, prenaient leur temps, en attendant une résolution de l'ONU.
On savait que Donald Trump, encore président des États-Unis jusqu'au 20 janvier prochain, menait une véritable campagne pour que les Etats arabes du Moyen-Orient et ceux du Maghreb, normalisent leurs relations avec l'État hébreu.
Ces deux événements sont-ils liés ? Officiellement, non ; politiquement oui. On a là un exemple de ce que peut faire la diplomatie bien comprise, dans l'intérêt des parties.
Donald Trump a signé un décret présidentiel reconnaissant la marocanité du Sahara. En décidant d'ouvrir un consulat à Dakhla, il met un point final aux utopies du "Polisario" et siffle ainsi la fin de partie pour l'Algérie. Par ailleurs, c'est un signal fort qu'il donne aux investisseurs américains qui lorgnaient depuis quelques temps déjà sur ce nouvel eldorado.
Emettre un décret présidentiel, sans attendre la décision du Conseil de sécurité de l'ONU, seul Donald Trump pouvait le faire. Joe Biden, sans être opposé aux thèses marocaines, n'est pas homme à bousculer les procédures. En outre, en étant mesuré, il est de notoriété publique que le parti démocrate américain ne comprend pas très bien les monarchies de notre siècle. Comme on dit à l'aérospatial et ailleurs, la fenêtre de tir risquait de se refermer après le 20 janvier 2021.
S.M. Mohammed VI, a fait preuve de courage politique, d'anticipation et de grand défenseur des intérêts supérieurs de la Nation, nonobstant les critiques éventuelles des uns et des autres. Sa décision, d'une portée politique et géopolitique des plus importantes, souligne l'attitude visionnaire du Souverain et témoigne de son sens des responsabilités, inhérent aux grands gouvernants.
Cette décision de normaliser les relations avec Israël, était espérée par près d’un million de Marocains en Israël. Ces Israéliens qui ont toujours gardé en leur cœur l'amour des terres de leurs ancêtres et un attachement héréditaire au Trône des Alaouites. Les juifs marocains, qu'ils soient en Israël, aux États-Unis, en Europe ou au fin-fond du monde, restent le meilleur lobby des causes du Maroc. C'est dire que cette normalisation a un côté « justice rendue » à des citoyens de la diaspora.
Elle n'est pas, en aucune façon, faite au détriment de la cause palestinienne. Sa Majesté l'a souligné en s'entretenant avec Mahmoud Abbas, qu'il a tenu à informer personnellement de sa décision. On peut espérer que c'est plutôt un pas de plus vers une paix, qui jusqu'ici, paraissait utopique pour de nombreux observateurs. Le Souverain n'a pas cherché le confort politique qu'il sait furtif et illusoire.
Comme le souligne le communiqué du cabinet royal, S M, le Roi Mohamed VI jouit d'un statut particulier, et a des relations distinguées avec la communauté juive d'origine marocaine dont des centaines de milliers établis en Israël.
L'établissement d'un ligne aérienne Casablanca-Tel Aviv, va permettre enfin à bon nombre de juifs marocains de venir au Maroc, sans contraintes. Ils seront visiteurs, touristes et investisseurs, pour le bien de l'économie marocaine.
Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, avec les précautions d'usage, a salué la décision royale de normalisation, en précisant que plus de pays ont des relations bilatérales, meilleur est-ce pour le multilatéralisme et pour la communauté internationale