Voici ma chronique hebdomadaire du vendredi:
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  Les dirigistes, les marxistes et les étatistes vont vouloir profiter du « rien ne sera comme avant » pour mettre en avant leurs orientations économiques et politiques. Les états qui sortent du confinement dû à l’épidémie du coronavirus, risquent d’aller tout droit vers le collectivisme et l’État providence. C’est ce que laisse entrevoir les décisions politiques et économiques qui sont prises au niveau national et mondial.
La crise sanitaire, un peu partout dans le monde, a imposé le contrôle des prix et les réquisitions. On voit poindre des projets de nationalisation, avec les effets pervers que provoquent de telles interventions.
 
Le 28 octobre, Christine Lagarde disait, dans son discours d’adieux à Mario Draghi : « On sera plus content d’avoir un emploi plutôt que d’avoir une épargne protégée.» Sa préférence pour la sécurisation de l’emploi plutôt que la protection de l’épargnant, est un choix malthusien, car sans investissements, la création d’emplois n’est pas possible. Ressort-elle l’antienne sur l’euthanasie du rentier ? Pourtant emploi et épargnant ne sont pas antinomiques.
Le 9 avril dernier, ce fut au tour de Jérome Powell, le président du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale des États-Unis depuis 2018, de déclarer : « Aucune entreprise, aucune municipalité, aucun emprunteur insolvable ne fera faillite. » Est-ce la fin du risque, des dispositions provisoires pour relancer la « machine ou un discours électoral ?» Attention au risque de voir s’engouffrer dans ces mesures d’exception, les tenants du collectivisme.
 
Dirigée par des socialistes (PSOE) en coalition avec la gauche radicale (Podemos), l’Espagne entend accélérer la mise en place d’un revenu universel. Le socialiste Benoît Hamon, député européen, revient à la charge avec cette idée en France où le gouvernement fait pleuvoir les primes à destination des soignants, des familles modestes et des fonctionnaires d’État de la « première ligne ».
Tout cet argent est créé ex nihilo par les banques centrales. Le risque de la soviétisation du « monde libre » n’est pas seulement économique. Le romancier et homme politique, Benjamin Constant, rappelant combien il est facile pour un pouvoir de restreindre les libertés au nom de la sécurité, nous avertissait déjà dès le XIXe siècle que :
« L’on peut trouver des motifs d’utilité pour tous les commandements et pour toutes les prohibitions. Défendre aux citoyens de sortir de leurs maisons serait utile ; car on empêcherait ainsi tous les délits qui se commettent sur les grandes routes. »
C’est le risque encouru avec le projet de traçage numérique de nos déplacements pour lutter contre la pandémie ? Les drones utilisés par le ministère français de l’Intérieur, s’inscrivent-ils dans un projet de société de contrôle, ou un mal nécessaire et provisoire, dû confinement imposé par la crise sanitaire.
L’état d’urgence sanitaire, probablement comme pour le terrorisme en 2015, verra certaines de ses dispositions entrer dans le droit commun, une fois leur cause première, l’épidémie, éteinte !
Il n’y a pas de responsabilité collective qui vaille : seule la responsabilité personnelle fait sens.
Jean-François Revel, communiste repenti, converti au libéralisme, résume parfaitement les choses :
« La liberté selon les socialistes se définit comme la participation au pouvoir collectif et non plus comme l’extension du choix et de la responsabilité individuelle, avec ses risques et ses récompenses, ses victoires et ses défaites, ses triomphes et ses humiliations. »
Face à un Occident déclassé, et largement dépassé par la gestion d’un coronavirus négligé par des « médecins administratifs », se dresse pourtant l’édifiant paradoxe au chinois. Voilà une économie administrée, un régime autoritaire qui s’ouvre de plus en plus au monde, élabore une stratégie du temps long et se dote d’une vraie monnaie, certes encore largement sous-évaluée mais disposant potentiellement d’une contrepartie en or.
Impossible de ne pas voir en l’année 2020, l’avènement du « siècle asiatique », qui pourrait, pour paraphraser Jean-François Revel dans Comment les démocraties finissent (1983), reléguer l’Occident au rang d’« accident » de l’Histoire et la démocratie à celui d’une « infime péripétie ».