Le confinement, la déferlente des informations et des chiffres concernant la crise sanitaire, demandent un peu d'air. Aussi ma chronique politique hebdomadaire du vendredi ne traite pas de la pandémie ou si peu.

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     Les élections législatives en Iran viennent de se tenir. L’abstention a atteint près de 57 %, soit le niveau le plus haut enregistré pour des législatives depuis la révolution islamique de 1979. Les résultats traduisent une victoire sans appel des « principalistes », appellation qui regroupe toutes les tendances du camp conservateur, jusqu’aux plus ultras. De nombreux observateurs avaient prédit une forte abstention après la disqualification massive, par l’organe de contrôle des élections, de candidats réformateurs et modérés, réduisant pratiquement le scrutin à une compétition entre conservateurs et ultraconservateurs. La décision du président américain Donald Trump de dénoncer l’accord anti-nucléaire et de réimposer des sanctions au régime des Mollahs a été suivie, en Iran, d’une violente récession dont le pays peine à sortir. Avec une abstention massive, Donald Trump a offert une victoire aux candidats antiaméricains. 

Si le système politique iranien traverse une crise de confiance en interne, on voit mal ses dirigeants abandonner leurs positions sur le dossier du nucléaire, ou leurs ambitions régionales, surtout si les États-Unis maintiennent leur politique de pression maximale.

Washington pense ainsi aboutir à la chute du régime iranien, mais le pouvoir de Khom a encore 20% d’inconditionnels organisés. Il ne peut y avoir aujourd’hui de chute du régime sans violence. Or les iraniens ne veulent pas de violence, telle est l’état actuel de l’opinion du peuple profond.

La mort du général Soleimani n’a pas remis en cause l’influence de l’Iran au Moyen-Orient. Elle en a simplement démontré ses limites. Ce qui freine l’activisme de l’Iran chiite, est le retour d’un nationalisme patriotique économique et séculier chez les chiites irakiens et libanais. Le modèle de la République islamique est, aujourd’hui, remis en cause. Le Guide suprême y répond en capitalisant sur les erreurs des américains. Le projet de Paix de Donald Trump, par exemple, est tellement déséquilibré, pour ne pas dire partisan, que Téhéran a beau jeu pour se présenter comme le rempart de la cause palestinien, ce que la rue arabe est prête à célébrer.

L’Iran, aujourd’hui, s’oriente vers un parlement avec une majorité écrasante des conservateurs et l’élection d’un dur à la présidence de la République. Ce parlement va se dépasser dans la lutte idéologique contre l’Occident et les États arabes associés au Satan américain, ceci dans le cadre d’une lutte sans merci à la succession du Guide suprême. 

La priorité des conservateurs est que le régime et leurs idées perdurent, à savoir, le rejet de l’influence occidentale, la prépondérance des services de sécurité, épine dorsale du régime, et la préservation de la fonction de guide suprême, qui est de plus en plus contestée.

Les opposants au régime ont créé Le Conseil national de la résistance iranienne. Le CNRI fédère une faction de l'opposition iranienne à l'étranger contre la République islamique d'Iran. Il est présidé par Massoud Radjavi. 

Le CNRI est composé de cinq organisations d'opposition iranienne dont l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien, qui en compose la majorité des membres, et de quelques personnalités indépendantes. Il regroupe également des groupuscules d'extrême-gauche. Le CNRI s'est doté d'un parlement en exil composé de 550 membres dont 52 % sont des femmes. En 1993, le CNRI a élu Maryam Radjavi comme future présidente de Conseil national pour la période de transition.

Paradoxe, cette organisation de résistance au régime des mollahs, avait été mise de 1997 à septembre 2012 dans la liste officielle des organisations terroristes par les Etats-Unis. 

Il ne faut pas se leurrer, le régime vacille peut-être, mais tant qu’il arrivera à monopoliser la redistribution des richesses et à garder le monopole de l’usage de la force, en protégeant les prébendes des gardiens de la révolution, les demandes de réformes de la population resteront lettre morte.

La crise du coronavirus démontre, s’il le fallait, la mauvaise gouvernance du régime et surtout le dédain à l’égard de la population, des responsables politiques et religieux. L’Iran est le troisième pays le plus touché, il dépasse la barre des 1000 morts. Ce triste record est dû à une organisation sanitaire défaillante. Le virus sévit en Iran avec une létalité sans équivalence en raison du déni des autorités, du faible nombre de tests et de l’absence de quarantaine. L’Iran des mollahs est visiblement dépassé par la catastrophe sanitaire et demande la levée des sanctions et l’aide du FMI.

Avec cette crise, les soutiens au régime vont vraisemblablement diminués. Ce régime ne peut tomber et tombera tôt ou tard, pas par les sanctions américaines ou internationales, mais seulement par un sursaut ravageur de la population.