Le président américain, Donald Trump, a exposé son plan de paix pour le Moyen-Orient. Ayant été dix ans le conseiller du président palestinien, Yasser Arafat, je me dois de consacrer ma chronique politique hebdomadaire du vendredi aux propos de Donald Trump.

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   Mardi dernier, le président américain a présenté son plan pour la paix au Moyen-Orient. C’est un alignement sans précédent sur les exigences israéliennes qui prévoit des concessions massives de la part des Palestiniens. On aurait tendance à qualifier ce plan de manœuvre électoraliste pour Donald Trump et de bouée de sauvetage pour le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu. L’un, en campagne électorale, est soumis à une procédure de destitution au Sénat, l’autre est sous le coup d’inculpations graves pouvant le mener à la case prison.

Voici les principaux points du plan Trump :

- Jérusalem restera la capitale indivisible d'Israël.

- La création d'un État palestinien serait possible à condition que les Palestiniens se plient aux conditions prévues dans le plan de paix. Ils devront notamment reconnaître Israël comme "État juif", "rejeter le terrorisme sous toutes ses formes" et renforcer leurs institutions.

 -L’État palestinien sera constitué "d'un seul tenant"( ?). Les différentes parties seraient alors reliées par "des réseaux de transport modernes et efficaces" et des tunnels.

 -  Création d'une capitale palestinienne dans "Eastern Jerusalem", ce qui peut désigner Jérusalem-Est ou les localités limitrophes. 

- La vallée du Jourdain sera partie intégrante de l’État d’Israël 

  -  Washington reconnaîtrait les colonies comme faisant partie d'Israël à l’opposé des positions onusiennes. 

   - Israël s'engagerait à geler le développement de toute colonie pendant quatre ans, durée pendant laquelle les Palestiniens pourraient donc revenir sur leur rejet actuel de ce plan.

   - Les réfugiés palestiniens n'auront pas droit au retour en Israël. Ils auront le choix entre vivre dans le futur État palestinien, s'intégrer dans les pays où ils résident actuellement, ou s'installer dans un pays tiers.

-      Une aide financière de plusieurs milliards de dollars, sur plusieurs années, est prévue en soutien au plan, mais aucune précision n’a été donnée sur les montants exacts ni sur les modalités.

Ce plan « gagnant-gagnant » est plutôt un plan « gagnant-perdant » que même les Israéliens ne devraient pas soutenir. Lors de sa présentation, le Président américain a ajouté qu’il fallait qu’il

  « fasse beaucoup pour les Palestiniens, ou ce serait injuste » mais n’a pas été explicite sur ce qu’il entendait par « faire beaucoup.»

   C’est, à l’évidence, une proposition unilatérale non négociée, sachant que les relations entre Palestiniens et Américains sont gelées.

  Ce projet nommé par Netanyahu « l’accord du siècle » n’intervient pas dans un moment propice, ni à bon escient.

Présentée d’abord lundi 27 janvier dernier par Donald Trump au premier ministre par intérim, Benyamin Netanyahu et à son challenger arrivé en tête des dernières élections de septembre 2019, Benny Gantz, la proposition a été établie sans pourparlers avec les Palestiniens. Comment prétendre mettre en place un plan qui ignore la moitié des interlocuteurs ?  

  Aucun responsable palestinien n’a été invité à Washington pour discuter du plan avec l’administration américaine. 

  Benyamin Netanyahou est maintenu au poste de Premier ministre par intérim. Un statut quelque peu précaire pour négocier un accord international. C’est pourquoi, le président Trump avait également convié à Washington le leader du parti Bleu Blanc, Benny Gantz. 

Ce plan considéré par son auteur comme un « grand pas vers la paix », d’une asymétrie éclatante, risque de rester un vœu pieux.

 Les Palestiniens ne pourront tirer le moindre avantage de cette « vision » avant d’avoir rempli une longue liste de pré-conditions, à commencer par le désarmement de la milice du Hamas, à Gaza.

 Ce plan a naturellement été immédiatement rejeté par la partie absente à Washington, l’Autorité palestinienne. 

Officiellement présenté mardi, il s’inscrit dans la solution des deux Etats soutenue par les Nations unies : la création d’une Palestine au côté d’Israël. Dans ses détails, la version de Donald Trump tire un trait sur toute référence aux résolutions onusiennes concernées. 

  Ce plan est tout simplement un « coup » de communication israélo-américain. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il est irréalisable en l’état.

Il est rejeté par toutes les parties concernées, sauf Israël.

L’Egypte a adopté une position prudente et le Maroc comme l’Arabie saoudite « apprécie les efforts de l’administration du président Trump. » 

La formule de « solution négociée et viable à deux Etats, acceptable par les deux parties » a été reprise par le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas.

L’EU allait « étudier et évaluer les propositions avancées ». La Russie a pour sa part prôné des « négociations directes » entre Israéliens et Palestiniens, afin de parvenir à un « compromis mutuellement acceptable ». 

A New York, le porte-parole des Nations Unies a rappelé que l’organisation internationale s’en tenait aux frontières définies en 1967. « La position des Nations unies sur la solution à deux Etats a été définie à travers les ans par des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale auxquelles est tenu le secrétariat de l’ONU ». 

  Le seul mérite de ce plan aura été de remettre le problème israélo-palestinien sur la table des différentes chancelleries.