Voici ma chronique du vendredi, loin de la tempête médiatique des événements d'Irak et de l'odyssée de Carlos Ghosn:

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Lorsqu’une théorie est adoptée en Amérique, sa logique est poussée jusqu’au bout, une véritable radicalisation. Les campus américains sont devenus le lieu de batailles ubuesques menées par des étudiants radicaux, qui, au nom de la justice sociale, de l’antiracisme et des inégalités, organisent une véritable surveillance allant jusqu’au lynchage médiatique de ceux qui offensent, par leurs paroles ou leurs actes ce qu’ils jugent « politiquement correct ».

Ce fléau du politiquement correct divise la société américaine, particulièrement la gauche.
Les errements de certains collèges défrayent régulièrement la chronique. Portés par une frénésie idéologique robespierrienne, professeurs, écrivains, journalistes et chefs d’entreprises sont pris à partie par ses « justiciers sociaux » organisés en associations militantes.
Aujourd’hui, aux Etats-Unis, écrivains et artistes s’autocensurent par peur du lynchage.
Les classes dirigeantes sont devenues incapables de nommer le réel, engluée dans un relativisme et une vision sacralisée des droits de l'homme.
Nombre de personnalités politiques et médiatiques usent et abusent d'euphémismes et de termes neutres pour évoquer par exemple le terrorisme islamiste. Les « Élites » sont devenus le symptôme d'une affection institutionnelle très répandue aux Etats-Unis, l’observation maladive du « politiquement correct ». Par crainte de susciter la controverse, c'est-à-dire l'ire du politiquement correct, les membres des gouvernements et de leurs administrations pèsent et soupèsent chacun de leurs mots. Ils se retranchent derrière ce qu’on peut appeler le “langage procès-verbal”.
Le monde occidental a renforcé de plus en plus les droits de la défense, à grand renfort de jurisprudence et moyennant un arsenal législatif pléthorique. En théorie, cela constitue un progrès. Mais en pratique, cela a entraîné un déséquilibre manifeste entre l'intérêt de l'individu et celui de la société. Les droits de l'homme sont devenus une notion fétichisée, particulièrement en France, qu'il est très difficile de questionner sans essuyer un tombereau d'indignations. 
Les critères moraux et politiques sont sacrifiés sur l'autel de l'individualisme. C'est le triomphe du relativisme à tous les étages.
La classe dirigeante a peur de ses propres turpitudes. Ceux qui votent « mal » aujourd'hui, les ratés de la mondialisation, les analphabètes, les imbéciles, les citoyens de l’Amérique profonde que l'on accuse de racisme ou d'islamophobie, expriment en réalité leurs peurs et leur ras-le-bol du « politiquement correct » dont ils ne voient pas la nécessité et qui est, pour beaucoup, une véritable censure.
Le politiquement correct consiste à policer excessivement ou modifier des formulations qui pourraient heurter certaines catégories de personnes, notamment en matière d'ethnies, de cultures, de religions, de sexes, d'infirmités, de classes sociales ou de préférences sexuelles.
Les locutions et mots considérés comme offensants ou péjoratifs sont remplacés par d'autres considérés comme neutres et non offensants. Le balayeur des rues devient un technicien de surface, un sourd un malentendant etc. Le langage politiquement correct utilise abondamment l’euphémisme, les périphrases, les circonlocutions.
Le monde anglo-saxon considère le « politiquement correct » comme propre à la culture anglo-saxonne.. Le pousser à l’extrême, comme c’est le cas dans les campus américains, revient en réalité à bâtir une société intolérante, à l’opposé de la défense des minorités, qu’on prétend défendre.
Pour la gauche américaine l’expression « politiquement correct » est une invention des conservateurs américains pour discréditer le progressisme souhaité. Le terme, à leurs dires, a été utilisé pour détourner le débat sur les discriminations et les inégalités.
Le « politiquement correct » nuit à la liberté d’expression, quand il est présenté et perçu comme une « police du langage » voire une « police de la pensée. »
Ce « politiquement correct » risque de nous mener vers un monde totalitaire, régulé par l’autocensure et appelé à la destruction de toute forme de créativité.
L’Europe est sur ce chemin, espérons qu’elle n’ira pas jusqu’au bout des raisonnements radicaux des campus américains. Il faut raison garder !