Chronique politique hebdomadaire du vendredi 

---------------------------------------------------------------

              La victoire éclatante de Boris Johnson aux élections législatives lui a offert une majorité absolue. Apparemment,  la messe est dite. Le Brexit aura bien lieu, mais à quel prix ?  Pour celui qui a aujourd’hui, la responsabilité de veiller à l’intégrité de l’Empire britannique, ou tout du moins ce qui en reste, va-t-il être l’homme qui a fait éclater le Royaume Uni ?

 Le 31 janvier, le Royaume-Uni aura acté sa sortie de l’Union européenne. Il reste à espérer que sa majorité, lors de l’approbation de l’accord négocié avec Bruxelles, ne l’aura pas trop dénaturé par les possibles amendements des uns et des autres. Car, comme toute élection législative, l’électeur souvent vote pour une personnalité et non pour un parti politique. Alors, les conservateurs grognards et dissidents de la législature précédente, ont-ils retrouvé leur siège ?

 Après la sortie, les choses sérieuses ne feront que commencer. Si le Royaume veut un accord simple et rapidement conclu, Bruxelles s’alignera sur la plupart de ses normes et réglementations. Ce qui briderait la liberté de Londres pout diverger avec l’Union européenne, à l’opposé de la motivation première de ceux qui ont voté oui au référendum. À contrario, si Boris Johnson veut s’affranchir des principes de Bruxelles, les vingt-Sept freineront des quatre fers, pour lui accorder l’accès au marché unique.

  Mais cette victoire électorale retentissante lui a ouvert d’autres fronts dont l’issue n’est certaine pour personne : l’Écosse et l’Irlande du Nord. Dans les deux régions, le succès des partis opposés au Brexit constitue un défi pour le premier ministre Boris Johnson avec un risque d’éclatement du royaume.

La chef du Scottish National parti, Nicola Sturgeon, qui avait fait du vote un pré-référendum pour l’indépendance de l’Écosse, a remporté 48 sièges sur 59 au parlement écossais. Ses déclarations successives ne laissent aucun doute sur ses intentions. Elle considère : « il y a désormais un mandat pour offrir au peuple d’Écosse le choix de notre propre futur ». Tout en déplorant un « résultat amère pour le Royaume-Uni », elle ajoute : «  le Brexit rend la perspective d’une Écosse indépendante plus probable. » Parti en guerre contre son ennemi de toujours, Boris Johnson, elle clame : « Boris Johnson a peut-être un mandat pour sortir le Royaume-Uni de l’UE. Il n’a absolument pas celui de sortir l’Écosse de l’UE. Il y a un désir clair et une approbation de fait que l’Écosse ne devrait pas se trouver avec un gouvernement Johnson et être arrachée de l’Europe contre sa volonté ».

  Du côté de l’Irlande du Nord, la situation n’est pas plus réjouissante pour Johnson. Le vote républicain y devient majoritaire et change le rapport de forces. La domination historique des loyalistes protestants du Democratic Party (DUP) a sombrée avec la victoire des Républicains. Symbolique de cette évolution est la victoire de Sinn Fein dans la circonscription de Belfast Nord. Il faut rappeler que l’IRA était, jadis, le bras armé de son parti. Que dit-il après une victoire nette et sans appel : «  Nous avons vu la menace du Brexit et ce que cela signifiait pour les gens de Belfast. Nous avons vu la menace pour l’économie, la menace pour l’avenir de nos enfants. Et je pense que ce message, cette voix pour le « remain » qui s’est fait entendre en 2016 s’est amplifiée ce soir ».

 Les Unionistes protestants ont tout perdu et les nationalistes catholiques, favorables à la réunification avec la République d’Irlande (membre de l’UE) ont le vent en poupe. Contrairement à l’Écosse, un référendum sur la question n’est pas d’actualité aujourd’hui. Mais il pourrait s’imposer dès lors qu’une majorité d’Irlandais le souhaiterait, selon les termes des accords de paix du vendredi saint. Boris Johnson pourra-t-il résister à cette  vague de nationalisme qui balaie les deux côtés de la frontièr