La chronique de ce vendredi, un coup d'oeil sue ce qui se passe chez les Saoudiens

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        L’arrivée sur la scène politique à Riyad du prince saoudien, Mohamed Ben Slimane, MBS, avait été accueillie avec un apriori positif. Lors de son accession au pouvoir, Mohamed Ben Slimane avait fait, de l’entrée de l’Arabie Saoudite dans l’économie moderne, le cœur de son action politique. Son plan « Vision 2030 », ambitieux et courageux, voulait transformer l’Arabie Saoudite en un état moderne, ouvrir le pays au monde, au tourisme international, diversifier son économie et développer les investissements en dehors du secteur énergétique. Le financement de ce vaste programme de réformes reposait essentiellement sur l’entée en bourse de la société nationale Saudi Armco avec la vente de 5% du capital. 

  Depuis trois ans on a, de report en report, repoussé l’entrée en bourse, faisant face à un scepticisme des milieux financiers internationaux.

   Longtemps présenté comme « l’opération du siècle »le joyau de la couronne saoudienne ne mobilise pas les investisseurs. Pour les experts de la finance internationale, Saudi Armco est surestimé par le Prince MBS. Aux 2000 milliards de dollars de l’évaluation princière, ces experts avancent, dans l’estimation la plus haute, 1400 milliards.

  Face à la froideur des investisseurs, l’introduction, initialement souhaitée à New-York, aura lieu uniquement à Riyad sur le Tadawul, le marché saoudien. On n’est plus devant l’affaire du siècle, mais tout simplement devant une banale opération boursière nationale. L’introduction reposera sur essentiellement des investisseurs saoudiens avec comme partenaires étrangers, la Chine et la Russie. L’objectif de 100 milliards de dollars ne sera pas atteint et de loin. La vente de 1,5% et non plus 5% du capital de Saudi Armco ne rapportera pas plus que 25 milliards de dollars.

  Les raisons à ce désamour sont multiples. Tout d’abord la défiance envers le royaume n’est plus à démontrer, depuis un certain 11 septembre 2001, aussi bien du point de vue géopolitique qu’idéologique. Les sordides affaires d’exécutions de masse et l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, n’ont pas amélioré l’image ressentie. L’échec de l’opération « Tempête décisive » au Yémen et la promesse de porter la guerre jusqu’à Téhéran n’ont fait que fragiliser un peu plus l’équilibre précaire du Moyen-Orient et spécialement au Golfe Persique.

 Il semble que le prince MBS a sous-estimé la perception de l’Arabie Saoudite par les investisseurs étrangers dont la priorité est la transparence.

  L’économie mondiale ralentit, c’est à dire une baisse de la consommation de pétrole et surement des prix. Par ailleurs les pays développés sont en pleine transition énergétique et sont en train de sortir de la dépendance aux hydrocarbures. L’évolution de l’industrie automobile vers les voitures électriques ne plaide pas, non plus, vers une prépondérance du pétrole. Il faut le savoir, le pétrole n’est plus un investissement d’avenir du XXIème siècle.

Le golfe persique, l’Arabie Saoudite, ne sont plus dans les priorités de Washington depuis que l’Amérique est devenue le premier producteur mondial de pétrole.

 L’entrée en bourse ratée de Saudi Armco illustre cette nouvelle situation au Moyen Orient. L’âge d’or des pétrodollars est révolu, la famille Saoud doit le réaliser. 

La situation de rente qu’avait l’Arabie Saoudite depuis des années et dont les fruits ont été dilapidés au détriment du développement du pays, a pris fin. Les Saoudiens en ont-ils pris conscience ?