Vendredi, c'est le jour de ma chronique politque hebdomadaire

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                 On oppose souvent le populisme à la démocratie, et pourtant pour qu’existe la démocratie, il faut que le pouvoir soit donné par le peuple.

On doit regretter que l’approche politique a tendance à opposer le peuple aux élites politiques, économiques ou médiatiques. 

  En réalité, c’est le sentiment d'exclusion du pouvoir, même élu démocratiquement, qui est à la base de cette attitude. Le populisme s’exprime quand le peuple a le sentiment qu’il est exclu du pouvoir et non écouté par la démocratie représentative qu’il a lui-même mis en place et qu’il juge aujourd’hui coupée des réalités.

Si le populisme a pris des formes variées depuis les années 1800, il s’affirme depuis la fin du vingtième siècle dans le monde occidental. 

 Certaine personnalités politiques s'en prétendent le porte-parole alors qu'elles appartiennent le plus souvent aux classes sociales supérieures.

   Le peuple étant souverain, son vote ou son opinion ne peut à proprement parler être qualifiée de populiste. C'est la manipulation du peuple dont se rend coupable l’homme politique qui relève du populisme.

  De nos jours, populisme est empreint d’une approche péjorative. En réalité, nous assistons là au Réveil des peuples, un peu partout dans le monde. Leur majeure partie est aujourd’hui plus éduquée que les générations précédentes et surtout plus informées. Avec les moyens média d’aujourd’hui, le peuple est pratiquement informé en temps réel. Aussi, la gouvernance ne peut plus s’exprimer comme il y a un siècle, voir vingt ans. Les responsables politiques n’ont pas, dans leur majorité, pris la mesure de cette évolution et sont tout étonnés de leur rejet par la population.

  Mais ce n’est pas une évolution nouvelle. Déjà, dans la Rome antique, les élites se sont trouvées devant la première manifestation dite populiste. Menée par les frères Gracques d’origine aristocratique, les manifestants rejetaient les élites du moment, réclamaient l’abolition des privilèges des sénateurs et une redistribution des terres. Cicéron dénonçait ces populistes « qui méprisaient les avis du Sénat, l’autorité des gens de bien et l’héritage des anciens. » En d’autres termes, il leur reprochait de rejeter les élites, clés de la civilisation romaine, garante de la paix. Nous sommes en l’an 494 avant notre ère, Rome va connaître sa première grève. Les plébéiens se révoltent contre les conditions de travail. Il semble que cela soit la première grève de l’histoire de notre civilisation. 

 La Rome antique n’a pas pris en compte ces manifestations, n’a pas procédé aux réformes nécessaires et lentement, sa civilisation a disparu.

 Sommes nous devant un éternel recommencement ? Le cycle des régimes politiques, déjà dessiné par Polybe, mathématicien et théoricien politique grec (208av J_C/126av J-C) admiré de Cicéron pour sa lucidité, nous rappelle que le pouvoir, in fine, est détenu en dernier ressort par le peuple. Le peuple est à Rome le seul maître des honneurs et des peines, écrit Polybe. La distinction des valeurs, le jugement politique et le maintien de la concorde, si le peuple le décide, sont entre ses mains, les meilleures armes pour sauvegarder la démocratie. De temps à autre, le peuple se réveille pour le rappeler aux élites fourvoyées.