Voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi:

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  Certains ministres français, à commencer par Bruno Le Maire, chargé de léconomie de la France, développent les vieilles thèses anti-profit des années soixante. On pouvait croire que la gauche et les autres étaient vaccinés contre les faux-procès du capitalisme et du profit.

Dans une interview accordée au magazine Le Point le 24 juillet dernier, Bruno Le Maire affirmait : que « le capitalisme que nous avons connu au XXe siècle est dans une impasse ». Selon lui, « le capitalisme ne peut plus se donner comme seul objectif de générer du profit. Il doit avoir un sens politique et social. Il a conduit à la destruction des ressources naturelles, à la croissance des inégalités et à la montée des régimes autoritaires. Entre le capitalisme financier américain et le capitalisme d’État chinois, nous devons définir un capitalisme européen durable et responsable ».

 Si on veut éviter la récession qui sannonce, il faut baisser les impôts, les taxes et alléger les réglementations ainsi que le train de vie de lÉtat.  La cible ne peut pas être le capitalisme mondial !

 Cest la politique consumériste « du toujours plus » qui a et continue à détruire les ressources de la planète. Ce nest pas le fonctionnement du régime capitaliste qui crée les inégalités, mais ce que lon fait des richesses quil produit. Les entreprises doivent faire du profit, cest aux politiques de décider ce quil faut en faire.

  Les temps où il était de bon ton pour les pseudo-marxistes de s’en prendre au profit, sont révolus. Marx faisait le lien entre la lutte des classes et le profit, considérant que celui-ci est un instrument d’exploitation dans les mains de la bourgeoisie. Or, l’histoire du capitalisme a montré exactement le contraire : le profit capitalistique a créé les richesses qui ont sorti les masses de la pauvreté. À aucune autre période de l’humanité, nous n’avons été aussi riches et aussi bien portants. Et cela grâce au profits générés par le capitalisme. Le problème nest pas le capitalisme, mais la redistribution du profit dans certaines économies de la planète. Oui, il faut humaniser non pas le profit, non pas le système capitaliste, mais la finance internationale avec son économie virtuelle. 

 Oui, les inégalités subsistent, principalement dans des autocraties comme la Russie et la Chine, ou dans des pays encore en développement comme l’Inde. Mais globalement, dans le monde, au vu du rapport. de la Banque mondiale, elles se réduisent, tout comme la pauvreté : « les inégalités dans le monde sont en recul constant depuis 1990 et, bien souvent, les inégalités au sein de la population d’un même pays refluent depuis 2008 ». Toujours selon la Banque mondiale, désormais 800 millions de personnes ne disposent que de moins de 1,90 dollar par jour pour vivre, contre 1,95 milliard en 1990, alors même que la population de la planète a augmenté de 50% sur la même période. 

 Dire que le capitalisme a conduit à la destruction des ressources naturelle, est une ineptie. Cest la surconsommation, le laisser-aller et la gabegie de nos sociétés. Grâce à l’innovation, de nouvelles ressources sont découvertes et de nouveaux moyens pour les extraire sont utilisés. En fait, les ressources naturelles n’ont jamais été aussi abondantes, à commencer par le pétrole. 

 Par ailleurs, contrairement à ce que soutient monsieur Le Maire, les régimes autoritaires ne sont pas plus nombreux aujourd’hui. En 1989, moins de 50 % de la population mondiale vivait dans des pays démocratiques contre deux tiers maintenant. (sources ONU).

La crise que nous vivons n’est pas celle du capitalisme mais celle de l’étato-capitalisme. Ce dont on souffre, ce n’est pas de trop de marché, mais de pas assez de marché. Tel est le message que répand une génération d’économistes contestataires. 

 La pensée libérale est en train de renaître, d’évoluer d’une manière scientifique. Cette approche tend à donner un sous-bassement scientifique à une idéologie, à une conception du monde, qui jusque-là était essentiellement de nature politique.

  Aux dire du philosophe, Jean-François Revel, «  La société souffre non pas de trop de marchés, mais de trop d’État. »

La paradoxe est que battu en brèche tous les jours au niveau idéologique, le capitalisme est vigoureusement courtisé au niveau pratique. Aussi bien les pays socialistes (Chine comprise désormais) que ceux du tiers monde, font appel aux investissements, à l’aide technologique, à la capacité importatrice de la poignée de pays capitalistes développés dont ils proclament, d’autre part, le système mortellement atteint.

Depuis quatre ou cinq ans, un groupe de jeunes économistes français a développé une recherche originale. L’objectif est de faire la théorie du capitalisme tel qu’il est, et aussi tel qu’il peut être, en se tenant à égale distance de l’optimisme de la théorie libérale classique et des critiques caricaturales de la vulgate marxiste.

Mais ces économistes de la nouvelle école ne se livrent pas à une attaque simpliste de l’Etat, ils montrent seulement que l’Etat n’est pas un bon économiste. 

  Pour eux, les difficultés des sociétés occidentales révèlent moins de la faillite de l’économie des marchés que de la faillite des mécanismes politiques. Il faut mettre au point une nouvelle technologie politique, une démocratie affinée, par rapport aux procédures de choix, inventées au XIX° siècle et trop brutales pour la complexité des options . Qu’ils soient de droite ou de gauche, les techno-bureaucrates d’Etat ont des méthodes semblables pour se substituer aux vrais décideurs : les citoyens, les consommateurs, les entrepreneurs. 

La mondialisation économique, qui s’est accélérée au cours des dernières décennies, est en train de conduire à une convergence des modèles nationaux de capitalisme vers un modèle unique de capitalisme de marché. 

Plusieurs économistes, sociologues, écrivains de renom se sont penché sur ce capitalisme que l’on dit moribond.

D’aprèsImmanuel Wallerstein, il y a de bonnes raisons de croire à un effondrement prochain du système capitaliste, tel qu’on l’a connu jusqu’à ce jour .

Graig Calhoun estime qu’un capitalisme réformé́ pourrait être sauvé, si une fraction suffisamment éclairée des décideurs capitalistes assume ses responsabilités et affronte les coûts systémiques de son action. Il souligne que le capitalisme est une économie politique, dans un cadre institutionnel et façonné́ par des choix politiques, et qu’il ne peut pas survivre sans les États-nations. Il évoque divers scénarios d’organisation institutionnelle possibles, estimant que l’émergence d’un capitalisme d’État de type chinois, avec davantage de régulations et de contrôles, est une hypothèse plausible. 

Michael Mann est également favorable à une solution de type social-démocrate aux problèmes du capitalisme, mais il met en évidence la complexité́ des interrelations entre l’économie, la politique, la géopolitique, l’idéologie, la diversité́ régionale du monde contemporain. Cette complexité́ rend l’avenir très difficile à prévoir. 

 

L’incertitude entraine de la confusion, de la colère, des rebellions contre les élites et surtout une peur aiguë. Cette vague d’anxiété́ encourage la recherche d’alternatives politiques inédites. Elle attise la recherche de boucs émissaires. Mais elle favorise aussi la possibilité́ de déconstruire les préjugés profondément enracinés sur le fonctionnement du système du monde moderne.

 Nous devons aller résolument vers un capitalisme humaniste.

Les académiciens définissent ainsi le mot humanisme : « doctrine, attitude philosophique, mouvement de pensée qui prend l’Homme pour fin et valeur suprême, qui vise à l’épanouissement de la personne humaine et au respect de sa dignité ».

 Propagateurs de la pensée humaniste, les philosophes de la Renaissance, Dante, Pétrarque puis Marsile Ficin, Pic de la Mirandole et plus tard Montaigne  se sont systématiquement référé aux penseurs grecs et romains et n'ont eu de cesse d'en faire l'éloge.

 Ernest Renan écrit : « organiser scientifiquement l'humanité, tel est le dernier mot de la science moderne, telle est son audacieuse mais légitime prétention »

 Le patronat français, par la voix de sa présidente d’alors, Laurence Parisot citait en 2012 Érasme: « L’esprit d’entreprise est bien supérieur à l’activité de commerce qu’il engendre. » L’humanisme est fréquemment présenté comme une référence par les managers.  

La considération du profit ne domine pas l’économie mais est et a toujours été tout simplement la mesure de l’efficacité de l’entreprise. Pour un capitalisme humaniste, l’Homme est au cœur du projet de l’entreprise.

Replacer l’homme au centre n’est ni un voeu pieux ni une utopie. Dans le monde d’aujourd’hui, c’est une condition existentielle. Il a fallu peu de temps aux managers des entreprises multinationales pour vérifier que le bon management, efficace, ne peut s’appuyer que sur le respect des personnes.

Le capitalisme n’est pas un des systèmes économiques, mais l’expression de l’Économie et ses lois. Devant l’évolution de nos sociétés, la dimension humaine doit être prise en compte et donner naissance à un capitalisme humaniste dont les rouages de fonctionnement restent immuables, mais dont la répartition des fonctions et des profits doivent être revus.