Voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi

-------------------------------------------------------------------------

                       L’OTAN, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, a fêté ses soixante dix ans.

  C’est fin 1950 que le Conseil de l’Atlantique nord (CAN) a décidé la création d'une organisation militaire intégrée permanente. Cet organisme  englobe l'alliance juridiquement conclue par les pays signataires du traité de l'Atlantique nord, et l'organisation civile et militaire mise en place pour en rendre opérants les objectifs. La France avait décidé en 1966, tout en restant membre de l'Alliance atlantique, de quitter l'organisation militaire intégrée, dont elle est redevenue membre à part entière en 2009.

 À l’époque, le but affiché, aux dires de son premier secrétaire général, Lord Ismay était « garder les Russes à l'extérieur, les Américains à l'intérieur et les Allemands sous tutelle »

Les forces armées de l'OTAN et du Pacte de Varsovie se sont fait face en Europe pendant toute la durée de la guerre froide.

Depuis l’implosion de l’URSS et la fin de la guerre froide en 1991, l’Alliance atlantique a perduré malgré la disparition de sa principale raison d’être initiale.

 Elle a poursuivi une politique d’élargissement en accueillant d’anciens pays du bloc de l’Est et d’anciennes républiques de l’Union soviétique.

 En élargissant ses champs d’action, l’OTAN a revu en profondeur son concept stratégique et son organisation civile et militaire. 

Elle a développé une politique systématique de partenariats en Europe et, dans le monde, devenant l’outil d’intervention préféré des Occidentaux et surtout le bras armé du Pentagone, imposant de fait Washington comme le gendarme suprême.

 Oui, l’OTAN est un pacte entre plusieurs nations, mais le commandement militaire est assuré par un officier américain de haut rang, relié directement au Pentagone. Ce dernier représente la majorité des forces mises à la disposition de l’Alliance et dont le budget est assuré, pour la majeure partie par les Etats-Unis.

  L’OTAN entretient avec l’Union Européenne une relation privilégiée, plus spécialement avec l’Identité Européenne de Sécurité et de Défense (IESD), qui permet à l’Union Européenne de bénéficier des moyens de l’OTAN pour certaines opérations entrant dans le cadre de sa politique de sécurité et de défense commune, sous réserve de l’accord de Washington, mais cela est un non-dit. 

  Le nucléaire est au centre de l’histoire de l’OTAN. La dissuasion est fondée sur les armes nucléaires des Etats-Unis, le parapluie nucléaire américain au bénéfice des Européens. Mais sa crédibilité fait l’objet de débats et de doutes, jusqu’à aujourd’hui. C’est pour cela que la France et aussi la Grande-Bretagne se dotèrent d’une force de dissuasion nucléaire nationale.

Après la chute du mur de Berlin  en 1989, l’implosion de l’URSS et à la dissolution du pacte de Varsovie,  selon les critères habituels des relations internationales, l’OTAN aurait dû disparaître faute d'adversaire.  Mais elle va réussir à assurer sa pérennité grâce au lien qui unit ses membres par la crainte de devoir supporter un budget militaire conséquent pour  assurer leur sécurité sans les Etats-Unis.

La « question existentielle » de l’Alliance atlantique revient périodiquement. L’Occident étant considéré vainqueur de la guerre froide, pourquoi continuer ?

 Après le 11 septembre 2001, l’OTAN a voulu se redéfinir par « la lutte contre le terrorisme ». Elle n’ira pas en Irak… mais se joindra aux Etats-Unis dans le magma de l’Afghanistan. Tant bien que mal, elle se trouvait toujours des raisons d’exister. Aussi est-elle toujours considérée comme l’ennemi principal par Moscou. Poutine est obsédé par l’Alliance ; il va jusqu’à prétendre que le véritable agresseur en Crimée ou dans l’Ukraine de l’Est, est l’OTAN, instrument de puissance des Etats-Unis. 

 Le norvégien Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’Alliance, a déclaré il n’y a pas longtemps : « Soyons francs. Des questions se posent des deux côtés de l’Atlantique sur la force de notre partenariat. Nous avons de sérieuses divisions ».

 L’OTAN est désormais prête à contrôler les crises majeures sur tout le globe. La lettre et l’esprit du traité de l’Atlantique Nord risquent d’être, de plus en plus souvent, violés.

 Avec le traité initial, chaque membre conservait sa pleine souveraineté et devait approuver chaque déclanchement des opérations militaires menées en commun. C’est d’ailleurs, en raison de ce principe que la France, la Belgique et l’Allemagne ont pu s’opposer, au moins partiellement, au renforcement par l’Otan de la défense de la Turquie, à l’approche du conflit irakien.

 Mais il est aujourd’hui de plus en plus clair que les Américains n’ont pas du tout l’intention de se laisser ligoter par des considérations juridiques à leurs yeux surannées. Comme l’a dit Donald Rumsfeld, alors secrétaire à la Défense de Georges W Bush : « c’est la mission qui définit la coalition et non la coalition qui définit la mission ».

 Alors les Nations libres, souveraines et démocratiques, ne doivent-elles pas se poser la question : l’OTAN, pourquoi faire ?