Voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi:

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  Au bord de la faillite dans les années 80, l’Etat hébreu affiche aujourd’hui une croissance insolente de 4 % par an, un niveau de vie comparable à la France - malgré d’importantes inégalités sociales - et un taux de chômagehistoriquement bas, tombé à 3,7 % en janvier. Son savoir-faire en toutes choses cyber se revend à coups de milliards dans la Silicon Valley. Israël a réussi à immuniser son économie du conflit et à se muer en destination touristique, 3,5 millions de visiteurs en 2017. Enfin, le commerce florissant avec l’Inde et l’Afrique, ainsi qu’un rapprochement avec les puissances sunnites contre l’Iran, ont consolidé une normalisation diplomatique sotto voce

 Israël est-elle «la seule démocratie du Moyen-Orient ? » À voir de plus près la politique de Netanyahou et ses alliances avec les partis religieux extrémistes de droite, semble l’avoir fait passer de mode. La formule a perdu de son lustre. Les Israéliens eux-mêmes, de plus en plus,  se posent la question, après presque une décennie d’ère Netanyahou.  Sa politique reste marquée par la dictature  des religieux et des ultranationalistes, clés de sa majorité. 

 Sans volonté politique de sortir du marasme post-Oslo et d’un statu quo avantageux à court terme pour Israël, le mot «apartheid» n’est plus seulement un épouvantail. Certains, à l’instar de Gideon Levy, Cassandre de la gauche, estime qu’il s’agit d’une réalité. D’autres, au sein du Likoud et du parti nationaliste-religieux Le Foyer juif, l’envisagent explicitement, décrivant un «Grand Israël» de la Méditerranée au Jourdain, où les Palestiniens pourraient vivre et travailler, mais pas voter.

 Le projet de la «loi de la nation», du ministre de la Justice, Ayelet Shaked, illustre cette dérive. Exposé en janvier dernier, le but de cette loi est de : «Maintenir la majorité juive, même au prix de la violation des droits civiques.» Cette déclaration n’a fait l’objet d’aucun commentaire ni provoquer aucun scandale.

Composant près de 18 % de la population israélienne, soit près de 1,4 million d'habitants, ces descendants des Palestiniens restés sur leurs terres après la création de l'État d'Israël, possèdent en théorie les mêmes droits que leurs compatriotes juifs israéliens. Ils disposent même de 13 députés au Parlement, la Knesset.

   La réalité est qu’Israël ne peut pas se considérer comme une démocratie à part entière et en même temps entretenir un système d'exclusion et de discrimination.

 La guerre de 1967 a permis aux groupes messianiques d’entrer dans la politique israélienne et par leurs capacités de nuisance, ont transformé Israël en une entité occupante et oppressive dans les nouveaux territoires. 

  Les récentes élections ont donné Netanyahou à égalité avec son challenger, nouveau venu en politique, le général Benny Gantz. Mais à l’opposé de Gantz, Netanyahou est prêt à s’associer avec le diable, les partis religieux et supranationalistes de l’extrême droite pour garder le pouvoir. C’est pourquoi Benyamin Netanyahou va continuer à se pavaner sur la scène politique israélienne et internationale. Il a légitimé comme formation fréquentable, les héritiers du rabbin Meir Kahane, suprémacistes et xénophobes.

  Ces élections, avec un goût d’inachevé, vont avoir trois actes. Le premier est l’élection dont le résultat n’a donné la majorité à personne, le deuxième va être la constitution d’une coalition permettant, grâce à une majorité retrouvée, la formation d’un gouvernement « Netanyahou », le seul à pouvoir le faire. Le destin pénal du premier ministre israélien sera le troisième acte, si Netanyahou, violant toutes les règles démocratiques, ne parvient pas à bloquer les procédures judiciaires lancées contre lui, « Bibi » risque de tout perdre et finir un jour en prison. D’autres éminents personnages politiques l’y ont précédé, le président de l’Etat d’Israël, Moshe Katsav et le premier ministre, Ehud Olmer . Car, si la démocratie est chancelante avec Netanyahou, jusqu’à nouvel ordre, Israël est encore un État de droit.