Voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi:

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   « Il y a un Juif derrière chaque tyran, tout comme il y a un Jésuite derrière chaque Pape. En réalité, les espoirs des oppresseurs seraient vains et la guerre pratiquement impossible s’il ne se trouvait quelque Jésuite pour endormir les consciences et quelque Juif pour faire les poches. »

Qui a écrit cela ? Adolph Hitler dans son livre Mein Kampf, Charles Maurras dans ses nombreux écrits nationalistes et racistes, le Grand Mufti de Jérusalem Mohamed Amin Al Husseini, pro-nazi de la première heure ? Que nenni, cest un juif, Karl Marx dans un de ses nombreux textes antisémites.

 Malgré une barque plus que chargée, Karl Marx  bénéficie toujours d’une fascination de la part d’une partie des élites intellectuelles et politiques.     Il y a quelques mois, l’Union européenne avait jugé bon de fêter les deux cents ans de Marx.

 Il est toujours instructif de relire Marx dans le texte. 

Ce petit-fils de rabbin, de mère juive, fils d’un converti au protestantisme et lui-même baptisé protestant par son père en 1824, se serait-il empêtré dans la « haine de soi », comme l’écrivait Robert Misrahi, dans un Marx et la question juive, en 1972 ? Ce dernier va jusqu’à l’accuser d’avoir écrit « un des ouvrages les plus antisémites du XIXe siècle 

  Jacques Aron, écrivain érudit et brillant, relève pour sa part, des erreurs de perspective et de jugement, des anachronismes et des contresens dans l’article de Misrahi. Attribuer au jeune Marx un antisémitisme de fond relève, écrit-il, d’un détournement de sa pensée. 

On pourrait objecter que Marx s’attaque ici aux Juifs non pas pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils font. Cependant pour le lecteur attentif, il est impossible d’ignorer que nulle part, la distinction n’est établie. L’article de Karl Marx est à l’image de la pensée marxiste, une suite de généralisations grossières et d’amalgames douteux. Au détour d’une phrase, on devine que Marx tient particulièrement en horreur la religion (juive, en l’occurrence), qu’il reproche à certains financiers des pratiques inacceptables. Mais en fait, c’est bien à l’activité économique, supposée de toute une catégorie de population, qu’il s’en prend, sans jamais envisager l’idée que tous les Juifs de son époque ne sont pas des financiers, petits ou grands.

Mais alors, Karl Marx n’avait-t-il pas le droit comme tout un chacun de dénoncer une profession et ceux qui la pratiquent ? En tant que libéral on serait tenté de répondre par oui, mais le contexte, ici, est essentiel. Si Marx n’a pas vécu assez longtemps pour assister au génocide des Juifs à partir de 1941, l’historien cultivé qu’il était, ne pouvait ignorer les persécutions dont ils avaient été victimes à travers l’Histoire.

On peut d’autant moins en douter, que l’article cité plus haut, mentionne l’expulsion des Juifs d’Espagne puis du Portugal pour expliquer leur arrivée massive en Hollande. Étant donné que Karl Marx n’a jamais fait mystère de la nécessité d’une violence physique, pouvant aller jusqu’à la mort, pour combattre ses ennemis désignés, on peut difficilement lui pardonner ces diatribes haineuses, dont se délecte encore, l’extrême-gauche.

 

Nul courant de pensée n’est exempt de contradictions ou d’ambiguïtés occasionnelles de la part de ses chefs de file : à ce titre on peut citer les conseils économiques de Milton Friedman, les positions pro-coloniales d’Alexis de Tocqueville concernant l’Algérie, ou plus récemment les positions de plus en plus violentes d’intellectuels qui se qualifient encore de libertariens, tels Hans-Hermann Hoppe.

Fort heureusement, le mouvement libéral, dans sa grande majorité, a un sens de la nuance plus développé que le mouvement marxiste. Pas question ici de se diviser en deux camps : les amis de la liberté qui souscrivent à toutes les thèses des auteurs canoniques, et les traîtres qui osent s’en détacher ou émettre des critiques. Le libéralisme n’est pas une religion et ses défenseurs doivent éviter de se créer des idoles et de suivre aveuglément toutes leurs positions, surtout si celles-ci contredisaient des principes moraux fondamentaux.

 Tout n’est pas à jeter dans la pensée marxiste, et son influence constante et durable, devrait nous inspirer de l’humilité et nous questionner plus sérieusement, sur ce qui peut faire son attrait dans le monde d’aujourd’hui. Si on ne voit rien à sauver dans les écrits économiques de Marx, son approche de la sociologie n’est pas sans intérêt. On peut relire Marx, en débattre, mais cela n’autorise pas à le glorifier en dépit de ses positions antisémites et de l’influence mortifère que sa pensée a eu sur des régimes politiques les plus meurtriers du siècle passé.

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