Nous sommes vendredi, le jour de ma chronique politique hebdomadaire

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   La bonne gouvernance et l’idéologie de la révolution islamique n’ont pas fait bon ménage. Quarante ans de règne, sans partage, ont fait d’un pays aux immenses potentialités, un champ économique en ruines.

  La révolution iranienne de 1979 a chassé le Shah et installé l’Ayatollah Khomeiny, marquant ainsi le retour de la religion au premier rang de la politique.  Démentant toutes les prévisions des observateurs de l’époque, après quatre décennies, la République islamique est toujours en place. 

La terrible guerre avec l’Irak, huit ans de sang et de larmes, un million de morts et un nombre jamais chiffré d’estropiés, n’a pas mis à genoux le nouveau régime. Au contraire, jouant sur la fibre patriotique du peuple, uni devant la «Patrie en danger’,  Khomeiny a mis à profit ces huit années de guerre, pour organiser et asseoir le pouvoir des Mollah.

  Malgré sa mise au ban de la communauté internationale, malgré les embargos et les sanctions commerciales, le Régime a réussi à constituer un empire shiite.

  L’invasion et la destruction de l’Irak baasiste, n’a pas seulement accouché de l’État islamique, elle a aussi permis la mise en place d’un arc shiite qui s’étend du Liban à l’Afghanistan, en passant par la Syrie, l’Irak, le Yémen et le Qatar.

  Le basculement de la stratégie géopolitique des Américains, du Moyen-Orient vers le Pacifique, a fait de l’Iran des mollahs, une puissance dominante de la région. 

  Cette résilience a été obtenue par un coût exorbitant pour le pays et surtout pour la population. 

Les immenses ressources de l’Iran, une population de 80 millions d’habitants, urbanisée et éduquée, une classe moyenne dynamique, entreprenante et des femmes à l’avant-garde de la modernité, auraient dû faire de ce pays un État émergeant exemplaire.

  Mais la corruption à tous les stades de l’autorité, la confiscation de la rente pétrolière par les Mollahs et la mainmise sur la plupart des secteurs de l’économie par les Gardiens de la révolution, ont annihilé ces atouts. 

Les sanctions internationales, la mauvaise gouvernance et le mauvais choix des priorités,  ont installé la récession dans une économie déjà éprouvée.

 Il n’est pas étonnant que le pays traverse alors, une crise sociale.  La pauvreté est devenue massive, quarante pour cent des Iraniens disposent de moins de 10 dollars par jour. Vingt cinq pour cent de la population active est au chômage, dont 50% de jeunes. On assiste aujourd’hui, à une véritable fuite des cerveaux, 125000 diplômés par an quittent le pays. Des pans entiers de la société, les cadres, les fonctionnaires, les femmes et les étudiants versent dans la contestations. Leurs manifestations sont violemment réprimées par les autorités. 

Le régime s’est aliéné les classes moyennes, ainsi que  la partie la plus conservatrice et la plus déshéritée de la population. Plus grave pour ceux qui connaissent les mécanismes politiques iraniens, les Mollahs ont perdu le soutien du Bazar de Téhéran. 

  L’idéologie de la révolution islamique est morte, par la mauvaise gouvernance et l’avidité de ses dirigeants. Seul la terreur exercée par les pasdarans, les gardiens de la révolution, permet au régime de survivre, jusqu’à quand ? Lorsque des millions de femmes iraniennes exprimeront leur ras le bol, et chasseront les « marchands du temple », car c’est elles qui sont aujourd’hui, à la pointe du combat.

  La théocratie a enrichi le clergé et ruiné les citoyens. La priorité donné au budget militaire, plus de 16 milliards de dollars, et la surexpansion impériale, plombent le développement et installent la misère.

  Le régime des mollahs ne peut à terme ni se maintenir ni se réformer.

  L’incohérence de la politique du président américain, Donald Trump, à l’égard de l’Iran, a des effets pervers auprès de la population, qui reste très nationaliste. Comment prétendre constituer une coalition contre l’Iran, en se coupant de ses alliés européens ?

 S’appuyer sur une autocratie saoudienne,  en se retirerant du Moyen-Orient, ne fait que renforcer l’arc chiite pro-iranien et risque de ressouder les Iraniens autour de la République islamique. Est-il devenu l’allié objectif de l’Ayatollah Khamenei ?

 Devant l’échec patent du régime des Mollahs, on ne peut que constater l’impasse de l’Islam politique en Iran.