Comme tous les vendredi, voici ma chronique politique hebdomadaire:

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           Ainsi le veut le règlement, depuis jeudi 10 janvier, la Roumanie assure la Présidence tournante de l’Union européenne pour six mois. On ne peut pas dire que cette présidence commence sous les meilleurs auspices.  Le coup d’envoi est un raté pour l’image, aussi bien de la Roumanie que pour celle de la Commission européenne. Bucarest semble vouloir régler ses comptes avec Bruxelles. 

 Jeudi, l’ambiance était électrique et les contorsions nombreuses, entre dirigeants européens et officiels roumains. À l’Athénée roumain où avait lieu la cérémonie d’ouverture de la présidence, les mises en garde se sont succédées de part et d’autre.

 Cette présidence exhibe une fracture entre l’Ouest et l’Est, que d’aucuns ne voulaient ni voir ni prévoir. Poussée vers l’Est par un Royaume-Uni travaillant pour autrui, Bruxelles s’est lancée dans un élargissement vers les pays de l’Est, avec comme corollaire, l’intégration dans le pacte atlantique : l’OTAN.

  Avec la fin de la guerre froide ( ?) et l’implosion de l’URSS, Bruxelles avait banni de son vocabulaire les qualificatifs comme « Europe de l ‘Est, « Europe orientale » ou encore « Europe centrale ». Il n’y avait plus que des États indépendants, de retour au sein de l’économie libérale et de l’Union européenne, pays des droits de l’homme. 

  Dans une Union, il faut tendre à avoir des agendas harmonisés et non divergents. L’Union européenne pensait apporter aux nouveaux arrivants tous les bienfaits, parfois illusoires, de la démocratie et de l’État de droit. Pour les nouveaux arrivants, c’est d’abord une protection contre le grand voisin de l’Est, l’Ours sauvage et revanchard, et un rattrapage économique à la sortie d’un long sommeil soviétique, qui étaient attendus. 

 L’espoir d’une Europe homogène, dont tous les membres partageraient les mêmes normes et devoirs, s’est rapidement évanoui. Intégrer l’Europe de l’Est sans prendre en compte ses identités culturelles, son profond attachement à la religion chrétienne,  ses craintes géopolitiques, aura été une erreur majeure des stratèges de bruxelles. 

  La crise des migrants a fait découvrir aux dirigeants de l’Union, une Pologne toujours catholique, une Hongrie et une Roumanie très attachées à leur identité si marquée et à une culture qui met au second plan les libertés individuelles. Les trois partagent le sentiment d’être traités par Bruxelles de citoyens de seconde zone. Ils sont restés, vraisemblablement, imprégnés de leur ancienne culture communiste.

  Chance ou handicap, les pays de l’Est ont été longtemps « protégés » des mélanges ethniques par le rideau de fer soviétique. De ce fait, ils sont les plus sensibles des européens à la fragilisation identitaire. Ceci explique leur refus de recevoir une immigration arabe ou africaine.

Au libéralisme, ils opposent « l’ordre moral » et la défense des valeurs traditionnelles. Depuis leur départ du carcan soviétique, ils sont pour la première fois, libre d’affirmer une politique étrangère indépendante.

  Si l’Union européenne n’arrive pas à concilier les aspirations de l’Europe de l’Est avec celles des européens de l’Ouest, à concilier les approches géopolitiques des uns et des autres, alors se reconstruira de nouveau un mur d’incompréhensions, pouvant mener à l’implosion de l’Union.