Paris, décembre 2018,

Voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi :

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                     Depuis la nuit des temps, les sociétés successives ont toujours gravité autour des nantis, des privilégiés et des dépositaires du pouvoir. Pendant des siècles, la suprême autorité était de droit divin et son premier cercle, la classe supérieure. Les peuples étaient soumis aux Rois, Empereurs et chefs héréditaires, sans qu’ils ne fassent l’objet d’aucun rejet. Chacun avait ses satisfactions et sa forme de bonheur. Le savetier avait la noblesse de son métier et le noble l ‘avantage de sa naissance.

 Depuis, l’information et l’éducation a relégué les us et coutumes dans le tiroir des oubliés.

Depuis, il y a eu la révolution française qui remit en question l’organisation de la société et demandé « qui t’as fait roi ? ».

Depuis, le développement, les nouvelles technologies, ont mit fin au travail musculaire et donné la priorité à l’intellect. Ce n’est plus une révolution de classes, mais une transformation de la société à laquelle le monde s’adapte non sans mal.

Aujourd’hui, le vieux monde, jugé résiduel et folklorique, inadapté et inadaptable à la mondialisation, se rebiffe. Les laissés-pour-compte se rappellent au bon souvenir des élites et des nantis. La télévision, cette lucarne impitoyable, leur fait vivre un monde féerique auquel ils n’ont pas droit. Pourquoi ? demandent-ils. Ils seront de plus en plus, un peu partout dans le monde, à poser la question : Pourquoi pas moi ?

Le pouvoir a donné la priorité aux nouvelles minorités identitaires, nées de la déconstruction des normes traditionnelles. Si de grands pans de la société n’acceptent pas de s’y dissoudre, il ne sont pas pour autant indignes de solidarité.

Comme l’a déclaré récemment Frédéric Beigbeder : «  Le nouveau monde, je n’y comprends pas grand-chose. Je suis en train de voir chaque jour disparaître tout ce que j’aime. » Le monde change et laisse une partie sur le bas-côté. Ces inadaptés seront de plus en plus nombreux et exigeront leur part du « gâteau ». La peur du déclassement, la puissance de l’argent qui échappe aux nations, ont tout emporté. Ils veulent exister encore, reconnus, dans un univers atomisé, où les individus ne sont plus que des rouages anonymes d’une machine aveugle et emballée. C’est ce désordre là qui a enfanté les jacqueries auxquelles nous assistons.

 Ces mouvements viennent de loin. Ce ne sont pas des simples révoltes fiscales ou des luttes pour le pouvoir d’achat. C’est l’expression d’un malaise face aux changements de la société et du monde du travail. Cette évolution  crée des barrières et de la distance. Elle développe inéluctablement le sentiment d’être abandonné. Au-delà des revendications économiques, c’est leur mode de vie que ces oubliés défendent.

Une partie de plus en plus grande des territoires en Europe, se dérobe aux cultures des pays d’accueil. Il ne faut pas penser que seules les revendications salariales justifient les mouvements des foules. Ils sont aussi la traduction d’une défense d’identité profonde.

Il ne faut pas croire que l’Histoire se répète, elle suit inexorablement son chemin.