Chronique politique hebdomadaire du vendredi.

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   Tous les médias, radios, télévisions, papier, n’ont pas cessé de parler de la mort du journaliste saoudien,  Jamal Khashoggi.

Aucun détail ne nous a été épargné. À genoux, debout, torturé (on entendrai presque les cris du supplicié), décapité, démembré. On finit par avoir l’impression d’avoir assisté au drame.

  Mais qui est Khashoggi ? Un journaliste, certes, mais aussi un personnage qui n’hésitait pas à servir les grands de son pays, les princes et leurs rivalités, ami de Ben Laden, à la complicité active avec les moudjahidines du Kandahar. Khashoggi avait des liens avec Turki Al Faycal, chef des services de renseignements saoudiens. Il avait été chargé de convaincre son ami Ben Laden de rentrer au pays, sans succès. Il fut un temps conseiller du prince Tunki Al Faycal, adversaire du prince Mohamed Ben Salmane (MBS) ; Il se rapprocha de ce dernier plus tard, voyant en lui un réformateur, pour en devenir son farouche critique. Il rompt  avec lui pour s’exiler définitivement aux Etats-Unis en 2017. C’est un homme qui, à l’instar d’Icare, s’est approché trop près du soleil et s’est brulé les ailes.

Mais cela ne justifie en rien une telle fin horrible. Cette affaire témoigne de la nervosité et de l’agressivité du prince héritier, MBS, ainsi que de la brutalité de ses méthodes. Un tel excès de confiance ne peut venir que du sentiment d’impunité que lui procure le blanc-seing américain. Comme toujours dans ces cas là, les personnes qui ont été destituées sont des lampistes donnés en gages à l'administration Trump pour proposer une version crédible.

Mais cet assassinat, au delà du personnage de Khashoggi, pose la question du devenir de l’Arabie Saoudite elle-même. Le pays fait face à de nombreux défis : La coupure croissante de la monarchie avec la population. Une population de 28 millions de personnes dont 58% est âgée de moins de 20 ans et impactée par le printemps arabe ; la remise en question de l’alliance nouée depuis 1744 par les Saoud avec le wahhabisme qui a débouché sur un djihad mondialisé. Autre défi majeur, la fin programmée de la rente pétrolière qui assure encore aujourd’hui, 42% du PIB et 90% des recettes d’exportation et des revenus budgétaires. Problème existentialiste, l’expansion de l’Iran qui pousse ses pions chiites au Proche-Orient, jusqu’au pré carré du Royaume.

Mohamed Ben Sllman a concentré tous les pouvoirs pour redessiner l’Arabie Saoudite, sa transformation est la condition de sa survie. La transition vers un nouveau modèle économique se structure autour de la diversification de l’activité et une priorité donnée au secteur privé. Le prince héritier mène une action sur tous les fronts, économique, social et religieux, peut-être trop, peut-être trop vite. Sur le plan stratégique, la priorité absolue est donnée au cantonnement de l’Iran chiite par la création d’un axe avec l’Egypte et Israël et bien sûr un réalignement total et absolu avec les Etats-Unis de Donald Trump. Mais Jamal Khashoggi va avoir un pouvoir de nuisance plus grand, mort que vivant. Il risque d’entacher l’action du prince héritier durablement.

L’Arabie Saoudite et le roi Salman se trouvent à une heure cruciale de vérité. Car le royaume reste incontournable pour le marché pétrolier comme pour l’équilibre du Moyen-Orient.