Voici ma chronique politique hebdomadaire:

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Le principe de Peter : Dans une hiérarchie, tout homme a tendance à s’élever à son niveau d’incompétence, semble s’appliquer également aux hommes politiques. Recep Tayyip Erdogan a, sans conteste, grimpé ces échelons jusqu’à la charge suprême. Petit scribe qui a fréquenté une université où personne ne se souvient l’avoir vu, il fait étalage aujourd’hui de son incompétence en matière financière. Intimant l’ordre au gouverneur de la banque centrale de ne pas modifier les taux d’intérêt, il a précipité et accéléré la chute de la livre turque. Le président turc s’est juré de répondre aux ‘menaces’ des Etats-Unis visant à faire libérer un pasteur américain, refusant l’apaisement dans les relations des deux alliés de l’OTAN.

Poursuivant son bras de fer avec le président américain Donald Trump, il crie au complot et demande à la population d’échanger ses devises et ses lingots d’or contre la livre turc. Difficile d’être entendu, lorsque le pouvoir d’achat est érodé journellement par une inflation galopante et une chute de la devise turque que rien ne semble pouvoir arrêter. En économie, les incantations ne suffisent pas. « Ils ont les dollars, nous avons notre peuple et Allah ! » déclare Erdogan. Insuffisant, monsieur le Président, le peuple a besoin de dollars pour manger. En pleine crise économique et monétaire, il ne suffit pas de bomber le torse face aux menaces américaines.

Hélas pour lui, il a fini par céder et libérer le pasteur Brunson, offrant ainsi à Donald Trump une victoire à l’approche des élections de mi-mandat du 4 novembre prochain. Erdogan était venu voir Poutine pour obtenir que les forces d’Assad appuyées par l’aviation russe n’attaquent pas Idleb, la dernière grande poche tenue par les rebelles. Peine perdue, il a obtenu la mise en place d’un corridor démilitarisé le long de la frontière turque, ce qui réduit les capacités de mouvement des djihadistes. La situation économique du pays est difficile, la récession est évidemment difficile à digérer pour le leader de l’AKP. Il doit son ascension et celle de son parti à l’essor qu’a connu la Turquie depuis le début des années 2000. La situation ne tient pas aux tweets de Donald Trump, mais à une réalité plus terre à terre.

Après des années de croissance miraculeuse, dû en grande partie aux crédits bon marché, la Turquie vit aujourd’hui au-dessus de ses moyens. Des réformes structurelles s’imposent. La mauvaise situation des banques turques, le lourd endettement (souvent en dollar) des entreprises, aggravés par l’effondrement de la monnaie nationale, risque de déclencher, même en Europe, une crise financière. Aux dires de l’économiste turque Özlem Albayrak : « Le pays subit un important déficit courant.

Aujourd’hui, la convergence des problèmes économiques et géopolitiques ne fait qu’accentuer une crise qui était prévisible depuis 2013. » Si des solutions rationnelles n’interviennent pas rapidement, ce sera le début de la fin de l’ère Erdogan. L’économie aura, encore une fois, eu raison d’un régime dictatorial aux yeux de nombreux observateurs.