C'est la fête, mais prenons un moment pour se pencher sur les stratégies des grandes puissances. Vendredi, voici ma chronique politique hebdomadaire:

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La stratégie géopolitique suivie par Washington est constante depuis plus de quarante ans. 

Le célèbre politologue américain, Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller du président Carter, de 1977 à 1981, a rendu public, peu avant sa mort (2017) , en avril 2016, son étude concernant la nouvelle stratégie de Washington. Il y annonce que «la fin du rôle global de l’Amérique, serait très probablement le chaos mondial». Pour éviter cela, le partisan de l’hégémonie américaine des États-Unis a suggéré un réalignement mondial. 

Pour permettre aux États-Unis de maintenir leur pouvoir, Brzezinski propose:

a) Faire œuvrer les principaux rivaux géopolitiques de l’Amérique – la Russie et la Chine – pour les intérêts américains, en utilisant la crise au Moyen-Orient. 

b) Faire travailler le monde islamique pour les intérêts américains. Pour ce faire, Brzezinski rappelle une fois de plus sa doctrine du réveil démocratique mondial, qui justifie la participation des États-Unis dans les Printemps arabes.

On remarquera qu’étrangement, les forces djihadistes, ISIS en tête, créent des problèmes à tout le monde, sauf aux États-Unis.

 c) Maintenir la présence militaire américaine au Moyen-Orient par tous les moyens. 

Un retrait complet du monde musulman, favorisé par les isolationnistes américains, pourrait donner lieu à de nouvelles guerres (par exemple, Israël contre l’Iran, l’Arabie saoudite contre l’Iran, une intervention égyptienne majeure en Libye). 

En d’autres termes, Brzezinski propose une stratégie, où le Moyen-Orient joue un rôle clé :

 

1. Fomenter le chaos et la guerre dans la région, en se fondant sur la force du réveil démocratique mondial.

2. Déclarer la guerre au terrorisme et en transférer la charge sur la Russie et la Chine, en les attirant dans un conflit sans espoir dans la région.

3. Maintenir ou même augmenter sa présence militaire sous le prétexte de préserver la stabilité au Moyen-Orient.

 Tout cela sera masqué par les thèses de la lutte contre le terrorisme et l’attention accordée à la souffrance des musulmans et des habitants du Tiers-Monde. 

«La menace globale du terrorisme islamique» n’est pas une menace en elle-même. Les États-Unis n’ont été gravement touchés par l’islamisme qu’une seule fois dans leur histoire, le 11 septembre 2001 et subit un attentat à Boston un 15 avril 2013. 

 Aux États-Unis, les musulmans représentent environ 1% de tous les citoyens, par opposition aux populations musulmanes de plusieurs millions en Russie et en Chine. Et contrairement à ces deux pays, il n’y a aucune région aux États-Unis où la menace islamiste du séparatisme peut émerger. »

Ainsi, ils peuvent se permettre de jouer sur deux tableaux à la fois, soutenir secrètement les extrémistes et combattre le terrorisme, entraînant la Russie et la Chine dans le conflit, affaiblissant aussi, par la suite, le monde islamique.

L’Amérique espère utiliser les extrémistes islamiques, qu’elle a formés et équipés, pour réengager la Russie dans son orbite – probablement après Poutine. 

Il est significatif que Brzezinski, selon la tradition géopolitique classique, considère la Russie comme l’ennemi principal des États-Unis et non pas la Chine.L’analyse de Brzezinski explique pour partie, certaines aberrations apparentes de la politique étrangère américaine. 

La politique menée par le président Poutine ne s’inscrit pas dans un héritage impérial quelconque, mais illustre plutôt une renaissance impériale. Il est surprenant  que le stratège américain voit la Russie comme l’un des États de l’Union européenne.

 Il n’y aura pas de chaos, si une  solution alternative plus adéquate à l’unilatéralisme américain, est mise en place.

En réalité, Brzezinski met en évidence les tentatives désespérées de l’élite américaine à maintenir son hégémonie dans le monde.