Voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi

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   Le 18 mars prochain, aura lieu le premier tour de l’élection présidentielle russe. Le deuxième tour se déroulera au plus tard, le 8 avril 2018.

Vladimir Poutine est naturellement candidat pour un deuxième mandat consécutif, et affrontera six candidats dont une femme. Largement favori, nul doute que le 8 avril ne verra pas un changement de locataire au Kremlin.

 Chef de gouvernement, Président de la Fédération russe par intérim puis en titre, Poutine est en fait au pouvoir depuis 1999, soit 18 ans.

Malgré cette longévité, il reste une énigme, pour nombre d’observateurs occidentaux. Dans le livre que lui a consacré le cinéaste américain, Oliver Stone, on découvre un Poutine dont la colère rétrospective contre la naïveté d’Eltsine dans ses rapports avec les américains ne s’est pas encore calmée. Formé à l’école du KGB, il n’est jamais à l’initiative, mais toujours en réaction. Il n’oubli jamais rien : le Kosovo, la guerre menée par les américains en Irak, le chaos libyen. Il y répond par l’annexion de la Crimée et l’intervention militaire en Syrie.

   Il regrette sa main tendue rejetée par l’Occident à son arrivée au pouvoir. Il est toujours persuadé que l’avenir de la Russie est avec l’Europe, mais, pragmatique, se trouve obligé de regarder ailleurs, plus à l’Est, vers la Chine.

Par contre, il considère que l’OTAN n’a plus de légitimité, depuis la chute de l’Union soviétique, et qu’elle se cherche un ennemi pour survivre et pérenniser l’hégémonie américaine. Il est convaincu que la géostratégie américaine n’a jamais renoncé à ses principes fondamentaux, la division entre l’Allemagne et la Russie, pour conserver son leadership en Eurasie et partant, sa domination mondiale.

En réalité, Poutine est à la tête d’une nation qui se cherche, entre une idéologie communiste défunte et une identité nationale russe en reconstruction, avec en filigrane, le retour en force de l’Eglise orthodoxe. Vladimir Poutine est le représentant des blancs russes, pris en tenaille démographique entre, à l’intérieur, l’exubérance musulmane qui représentera 30% de la population à l’horizon 2035 et la montée inexorable de la puissance chinoise, à l’extérieur.

L’été 2017 aura marqué une étape supplémentaire dans le refroidissement des relations russo-américaines. Le vote de nouvelles sanctions par le Congrès à l’égard de Moscou, signifie que la mésentente américano-russe va durer. La russophobie est profondément ancrée dans les gènes du parti républicain, bien plus que chez les démocrates.  Le souhait du Kremlin de voir relancer une relation nouvelle entre les deux pays, par une rencontre au sommet, est impossible au jour d’aujourd’hui ; le président américain a une marge de manœuvre bien moindre que l’hôte du Kremlin.

Poutine a perdu toute illusion sur les capacités de Trump à maîtriser le système américain de contre-pouvoirs.

Par contre, l’absurdité du divorce Europe-Russie est évidente, pour ceux qui connaissent un  tant soit peu le penchant européen de Poutine. Depuis 2008, on assiste à un mouvement de fond géopolitique du délitement progressif entre l’Union européenne et la Russie. Cette dernière se sent pourtant, culturellement et politiquement proche de l’Union.

Après les attentats islamistes à New-York et à Washington du 11 septembre 2001, Moscou avait mis à la disposition des américains leurs facilités logistiques contre le terrorisme. Malgré leurs conseils aux Américains, de ne pas s’installer militairement en Afghanistan, les Russes maintinrent leur soutien logistique à l’armée américaine.

Le raidissement de Poutine est la conséquence de l’extension toujours plus à l’est de l’OTAN et, en géopoliticien classique, il a le sentiment que les Etats-Unis cherchent  à encercler la Russie. Il suffit, en effet de regarder sur une carte le déploiement des forces de l’OTAN aux frontières de la Fédération russe, pour s’en persuader.

Le divorce Europe-Russie est absurde, eu égard des menaces que font peser sur leur civilisation, la radicalisation de l’Islam, et sur leurs économies, la stratégie chinoise des routes de la soie.

L’Union européenne a besoin de la Russie pour lutter contre l’hégémonie commerciale de la Chine, et la Russie a besoin de l’Europe pour construire chez elle un Etat de droit ; unies, ils représenteraient la première puissance économique mondiale.