Chronique politique hebdomadaire du vendredi. Désolé pour la semaine dernière, le sujet demandait encore du travail.

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 Le monde a changé, et seuls les peuples en ont pris conscience. Les hommes politiques s’accrochent aux schémas du passé, aux formules éculées, aux discours dépassés et s’étonnent de leur faillite.

Le peu d’empressement que les citoyens, un peu partout, mettent à se rendre aux urnes, dénote, non pas un désintérêt de la chose publique, mais une conviction que le pouvoir n’est pas là où il semble devoir être.

Hegel écrivait : «  ceux qui occupent la scène, ne sont pas ceux qui font l’Histoire. »

Pour certains, le vrai pouvoir est entre les mains des géants du numérique américains et asiatiques, ainsi que de leurs géniaux et jeunes créateurs : Google, Amazon, Facebook, Apple, Baïdu, Alibaba, Tencen et Xiaomi. Les décisions majeures qui vont déterminer le destin du monde dans vingt ou cinquante ans, se prennent dans les bureaux de la Silicon Valley et non sous les lambris dorés des palais présidentiels. Les règles essentielles qui structurent désormais notre économie et nos rapports sociaux, émanent moins des Parlements que des plateformes numériques. Les marges de manœuvres des politiques sont pour le moins, limitées. Le rôle des Etats n’est plus d’indiquer le cap et décider de l’avenir, mais celui de la voiture-balai pour les perdants de la mondialisation.

La Mondialisation est apparue dans les années 1980, au croisement de la fin de l’ère keynésienne et des réformes libérale de Margaret Thatcher et Ronald Reagan, ainsi que de l’implosion de l’Union soviétique.

Elle a accéléré, avec l’universalité du capitalisme, la révolution des technologies de l’information et la montée d’une société ouverte.

Si la Mondialisation a réussi, ce que le tiers-mondiste avait rêvé et régulièrement échoué à réaliser, sortir 1,2 milliard d’individus de la grande pauvreté en un quart de siècle, elle a eu des effets secondaires graves, pour les classes moyennes, un peu partout dans le monde occidental.

Les délocalisations y ont installé le chômage, durablement, comme la chute des revenues, en détruisant des pans entiers de leurs industries. Plus grave, les populations perdent leurs repères et se posent avec acuité la question de l’Identité, et la dépossession de leur destin. En réaction, le populisme se développe comme le nationalisme et le communautarisme. On constate alors les limites de la Mondialisation, qui ouvrent l’ère de la démondialisation. La crise devient alors politique, avec la montée des partis populistes portés par l’explosion de la colère, face au déclassement et aux inégalités.

 Au plan géopolitique, le démantèlement de la Mondialisation et du multilatéralisme, accélère la désoccidentalisation du monde, en ouvrant la voie à d’autres puissances économiques et militaires, comme la Chine et l’Inde. Elle confirme le retour de la diplomatie russe et l’installe durablement dans le concert des Nations.

Si la Mondialisation est un bien commun des hommes du XXIe siècle, initié par l’Occident, la démondialisation peut devenir une arme de destruction massive pour le développement, la société ouverte et la paix entre les Nations. Il devient alors urgent de corriger les abus et dérives de la Mondialisation.

La contestation des hommes politique, amplifiée par les scandales à répétition, donne un rôle majeur à la Société civile. N’ayant pas accès à la gouvernance, elle verse dans la censure des personnalités et l’exigence d’une transparence qui frise l’obsession. Sa soif de pureté révèle l’écroulement du pouvoir politique. La vie publique devient une affaire de posture et d’image personnelle, au détriment des sujets de fond et de l’intérêt général de la Nation.

Mais la société civile, est-elle un leurre ? Il n’y a pas de société civile opposée à une société militaire, religieuse ou étatique. Ce vocable, en réalité, couvre des associations, des lobbies, cercles et clubs qui pénètrent lentement les institutions, jusqu’au cœur de l’Etat.

Mais où est passé le pouvoir réel ? Si l’Etat n’est plus la solution, il devient alors le problème et les citoyens n’étant plus le problème,  détiennent-ils la solution ?

Plus les dirigeants sont faibles, plus la liberté dépend de la force des citoyens. Burke dès 1774 disait : « le gouvernement et la loi relèvent du domaine de la raison et du jugement, non pas des émotions et du désir. » Il faut éviter le défaitisme d’Etat au nom du dialogue et de l’apaisement.

La mondialisation heureuse, l’accommodement raisonnable, et la discrimination positive, prennent place dans les argumentaires démagogiques.

Charles Péguy rappelait que ; «  le triomphe des démagogues est provisoire mais les ruines sont éternelles. »