De retour à Casablanca, je reprends la publication de ma chronique politique hebdomadaire du vendredi.

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                             Après le réveil de la Chine, on assiste, enfin, au réveil de l’Afrique, quoique très discret pour le moment. En fait, il y a deux Afriques, celle encore empêtrée dans les dissensions tribales et sous le joug de dictateurs odieux. Des dictatures, souvent criminelles, avec des potentats qui s’accrochent à leur siège et à leurs prébendes. Et une autre Afrique, celle des décollages économiques qui se font jour dans la société civile. C’est celle des entrepreneurs, qui ne se rêvent pas dans des palais présidentiels, entourés de gardes-mercenaires, de courtisans et de prévaricateurs professionnels. On y voit des nationaux qui veulent investir dans leur pays leur épargne, fruit de leur travail. Ils le font dans des industries de transformation, des infrastructures et des sociétés de services.

Le retour au pays des jeunes africains diplômés de grandes écoles européennes ou américaines, montre la confiance retrouvée par une jeunesse prometteuse, dans leur continent.

L’autre Afrique, vivote dans le sillage de dictateurs incompétents. Les exemples abondent, illustrant la mauvaise gouvernance de beaucoup de pays africains. La famine dont souffre actuellement la Corne de l’Afrique est due en grande partie à la piètre administration des Etas qui la composent. Aucune vison, aucune mesure préventive, pas de politique de retenues de eaux de pluie, aucune protection de la nappe phréatique. La sècheresse est là, et aucun gouvernement n’a anticipé les aléas climatiques.

L’exemple du Soudan Sud est encore plus frappant. Indépendant depuis 2011, avec des richesses naturelles et 5 milliards de dollars de la part des pays donateurs, pour aider au démarrage du jeune Etat indépendant, au lieu de s’atteler à l’organisation de l’Etat, à le doter des infrastructures lui ouvrant la porte du développement, on assiste à une lutte fratricide pour le pouvoir, se transformant rapidement en guerre tribale, les Nuers contre Dinkas.

Pour l’Afrique qui marche, l’économie qui se construit est transversale et diversifiée, plus besoin de passer par Paris, pour commercer entre la Côte d’Ivoire et le Gabon. Le Maroc l’a compris, qui investit dans ces pays en devenir, favorisant l’implantation de banques réellement régionales, qui ne sont pas succursales de banques européennes ou chinoises.

Aux richesses naturelles, réelles et abondantes, s’ajoute, aujourd’hui, le développement progressif d’une agriculture durable, capable de nourrir la population.

Les maux dont souffre l’Afrique sont identifiés et les remèdes connus. L’Afrique draine que 7% des investissements internationaux dans les pays émergents. Pourquoi ? : Instabilité des institutions, instabilité politique, absence de paix sociale, absence d’Etat de droit.

Depuis les indépendances des années 60, l’Afrique a vécu de nombreux modèles de développement : le communisme, le néocolonianisme, les interventions de la Banque mondiale et du FMI, celles des chinois, sans « conditions politiques ». On se doit de constater qu’elles ont toutes échoué.

Le salut et le réveil de l’Afrique vont venir de ces jeunes entrepreneurs africains qui n’hésitent pas à relever le défi du développement de leur continent, en dehors de toute considération politique.

Le président Obama, recevant, il y a quelques temps, à la Maison Blanche, des représentants de la jeunesse africaines, leur a dit : « L’Afrique n’a pas besoins d’Hommes forts, mais d’institutions fortes »