Chronique politique hebdomadaire du vendredi

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                     C’est un euphémisme, de dire que la France est dans la tourmente. C’est une vérité, qui n’est ni trop crue, ni trop choquante. La France est, aujourd’hui, en état d’urgence économique et social auquel il faut ajouter un peuple déboussolé, face aux événements politiques, et aux violations des règles élémentaires de la compétition électorale.

L’historien, Patrice Gueniffey, nous dit ; « l’homme providentiel est indispensable aux français. » La recherche du sauveur, est-elle une spécialité hexagonale ? Pour beaucoup de Républicains, l’attente des grands hommes est un symptôme d’immaturité politique. Mais quand on est face à un parti socialiste en morceaux, une droite dans le doute, une extrême droite fascisante, comment ne pas souhaiter l’émergence d’un homme au-dessus de la mêlée. La fonction de Président de la république n’est pas dévolue à un « homme normal » mais à un homme d’exception. C’est, vraisemblablement, ce que le peuple appelle : l’Homme providentiel, celui dont la France de 2017 a la nostalgie. Mais ces hommes qui appellent par leur exemple, à l’effort et à l’oubli de soi, aux changements et aux réformes, le peuple, inconstant, leur préfère des dirigeants à leur image, qui témoignent de leur proximité avec eux. Il est allergique à l’incommensurable distance qui situe les hommes providentiels, du commun des mortels.

Situation paradoxale, car les électeurs ne se laissent plus amadouer par les grands discours des élites. Ils n’ont que trop duré, d’où le désir de voir de nouvelles têtes émerger. C’est là le problème, dans une France tentée par le populisme, les élites brandissent les grands principes, face à des citoyens qui se veulent simplement pragmatiques. Les citoyens ne supportent plus, à bon droit, les privilèges que s’octroie la classe politique. Dans le scandale Fillon, c’est l’acharnement des redresseurs de tort, à faire taire le favori de la présidentielle par tous les moyens, la précipitation des juges à s’autosaisir, qui interpellent les observateurs. L’histoire de sa déstabilisation, reste à écrire. Les pratiques népotiques et dispendieuses qui sont épinglées, sont celles d’un système laissé à lui-même.

Après une année marquée par la victoire de Donald Trump et la décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne, l’élection présidentielle française pourrait réserver des surprises, loin de la route toute tracée du retour de la droite au pouvoir. Si la domination de Marine le Pen au premier tour de la présidentielle ne fait aucun doute pour tout le monde, sa victoire au deuxième tour, n’apparaît plus impossible pour certains. Cette victoire redéfinirait les coutumes de la démocratie européenne. Dans un contexte politique troublé par l’affaiblissement de François Fillon, devant la dynamique d’Emmanuel Macron, les bravades du candidat socialiste, Benoit Hamon, la droite ne doit plus se disperser par des manœuvres  politiciennes, mais se mobiliser derrière leur champion, fusse-t-il une candidature cabossée. On est à moins de trois mois du premier tour, et la division n’est plus de mise, si on veut sortir la France de cette tourmente.

En ces temps marqués par les insurrections populistes, nul ne peut prétendre prédire le verdict des urnes. La France est plongée dans le marasme économique depuis dix ans. Des attentats cruels ont traumatisé le peuple. L’effacement du Président de la république, ajoute à ce sentiment de dérive, qui caractérise les français, aujourd’hui. Ces évènements sont en train de faire éclater la classe politique française.

Dans son dernier livre Le dérèglement moral de l’Occident, Philippe Bénéton nous dit : « Pour les Anciens, la vie était une tragédie, pour les chrétiens, elle est un drame, pour les Modernes tardifs, elle se réduit à un feuilleton. »