Nous sommes vendredi, le jour de ma chronique politique hebdomadaire.

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             Jacques Brel considérait l’objet de son amour comme : »l’Amérique à moi ». Aujourd’hui, il serait mieux venu de choisir un autre pays. Trump, le nouveau président des Etats-Unis, dénie le rêve américain aux ressortissants étrangers.

Trump n’a jamais caché qu’il voulait une Amérique aux américains, sa politique reflète son slogan : America first (l’Amérique d’abord). Naïf ou « roublard », il veut tenir ses promesses de campagne, une première dans le monde politique. Donald Trump est le produit, hors norme, de la société civile américaine.

On ne peut qu’être désolé devant ce que l’Amérique est en train de devenir. Certes, il risque d’être un très bon président pour les américains, à regarder les records que bat la bourse américaine, mais une catastrophe pour le reste du monde.

Après les illusions des années Bush, les hésitations du règne d’Obama, nous vivons, d’ores et déjà, le style clownesque de Trump. Il a parfaitement compris le concept du « réality show » en nous surprenant chaque jour un peu plus.

Il est le résultat d’une lente maturation, que les responsables politiques n’ont jamais voulu ou pu voir. Depuis longtemps, l’essentiel du peuple américain se détachait de la mondialisation. Les élites n’ont jamais pris conscience du gouffre profond qui les séparait du peuple. Le plus évident est l’échec d’Obama à réduire les inégalités, échec qui a frappé de plein fouet la classe moyenne américaine.

Wall Street continuait à s’enrichir, lorsque l’américain moyen voyait son pouvoir d’achat péricliter. Si Obama n’avait pas suffisamment la volonté de déplaire, Trump n’en a cure et y prend même un malin plaisir.

Il faut s’abstenir de regarder Washington, aujourd’hui, avec nos regards de citoyens du monde, mais avec celui de ceux qui l’ont porté au pouvoir, exercice difficile. Nous hurlons pour son interdiction de laisser entrer des citoyens d’un nombre de pays ciblés, mais d’un récent sondage, on retiendra que 57% d’américains l’approuvent. Peu de choses peuvent retenir Donald Trump du chemin qu’il s’est tracé. Il est loin d’être tétanisé par la complexité du monde et peu sensible aux contraintes qui modulent les décisions. Il est, en fait, un disciple de Reagan et Bush.  Il partage avec eux cette confiance dans l’aptitude illimitée des Etats-Unis à imposer leur agenda aux autres, même s’il est fantaisiste. Il est édifiant de relire ce qu’un des plus proche conseiller de Bush déclarait : «  Vous croyez que les solutions émergent de votre analyse de la réalité observable. Ce n’est plus de cette manière que le monde marche réellement. Nous sommes un empire maintenant et, lorsque nous agissons à nouveau, nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudiez cette réalité, judicieusement, nous agissons à nouveau et nous créons d’autres réalités nouvelles…. Nous sommes les acteurs de l’Histoire. »

Trump est de ce moule, la provocation en plus. Il fait fi de toutes les règles diplomatiques et de bienséance. América First est à ce prix. N’a-t-il pas dit à ses fans qu’il allait salir le nez de l’establishment ?

Mais jusqu’à quand le monde acceptera-t-il, par exemple, de financer la dette abyssale des Etats-Unis ? C’est notre problème, aurait-il dit.

Pour beaucoup, l’Amérique a été la solution, aujourd’hui, l’Amérique est un problème.