Voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi.

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La Syrie est en train de préfigurer ce que va être le nouvel ordre mondial. La guerre d’Alep a vu la Russie et l’Iran en être les principaux acteurs, démontrant que les Etats Unis et l’Europe n’ont plus le monopole de la puissance.

En venant au secours du régime de Bachar el-Assad, la Russie a fait un retour spectaculaire sur la scène mondiale, et devient incontournable au Moyen-Orient.

Profitant de sa démonstration militaire, Poutine relance le processus de paix, force son allié syrien et ses opposants à accepter une transition politique, et obtient de la Turquie de mettre entre parenthèse son opposition au maintien de Bachar el-Assad. Ni les Etats Unis, ni l’Europe, ni l’ONU ne sont invités à participer à la reprise des négociations de paix, au Kazakhstan et non plus à Genève. En attendant, le cessez-le-feu négocié entre les parties prenantes, sans la participation des Etats Unis, est accueilli avec soulagement par l’opinion internationale. Moscou va jusqu’à le faire approuver par l’ONU.

Après l’Ukraine, la Crimée, aujourd’hui la Syrie, on voit se dessiner par Moscou, une politique du fait accompli, appuyée par la force. C’est un tournant stratégique dans les relations internationales. On constate une organisation du Monde, d’avantage basée sur la politique de puissance, dans laquelle l’Occident a du mal à conserver sa place dominante.

Les vétos successifs, de la Russie, la Chine et les Etats Unis, sont en train de tuer l’ONU. Les principes qui constituaient le fondement de l’ONU, le respect des règles internationales et des droits de l’Homme, la non-ingérence et le règlement pacifique des litiges entre les pays, sont balayés et vidés de leur sens, par une réal politique qui renverse le tabou qu’a été jusqu’à ce jour l’utilisation de la force. Ceci a commencé par les malheureuses interventions militaires des Etats Unis en Afghanistan, en Irak, suivies par celles de Moscou en Syrie.

La chute d’Alep illustre ce changement, perceptible depuis de nombreuses années. Aujourd’hui, les tabous tombent les uns après les autres, désormais, les valeurs comptent moins que les intérêts.

L’entente annoncée entre Vladimir Poutine et le nouveau président américain, Donald Trump, symbolise un nouvel ordre mondial en train de naître sous nos yeux. Mais cette entente survivra-t-elle à la divergence des intérêts des deux pays ?

A la guerre conventionnelle, s’ajoute aujourd’hui la cyberguerre, domaine où la Russie a pris une nette avance sur l’Amérique. Cette réponse asymétrique à la puissance militaire américaine, est inscrite, aujourd’hui, dans la doctrine militaire russe. Le talent des pirates russe a fait depuis longtemps le tour du « dark Web » où s’échangent les programmes, ces programmes qui provoquent des cauchemars chez toutes les institutions financières de la planète. Il y a trois ans, j’annonçais dans une chronique l’arrivée de nouveaux champs de batailles, nous y sommes aujourd’hui.

En Syrie, le nouvel ordre mondial a pu émerger par la politique de Barak Obama, faite d’hésitations et de reculs. Il a sans doute compris avant les autres que l’hégémonie des puissances occidentales manque de cartes à jouer au Moyen Orient et ne fonctionne plus, précipitant son effacement dans la région.

Si l’ONU ne se réforme pas, particulièrement dans le fonctionnement du Conseil de sécurité, le nouvel ordre mondial risque d’être un cauchemar pour les petites puissances, y compris les Etats européens.