Chronique politique hebdomadaire du vendredi

-------------------------------------------------------------

L’élection de Donald Trump a eu le mérite, au moins sur un point, de poser la question de l’intérêt des accords de libre-échange.

Lors de la mise en place de l’Autorité palestinienne et ma nomination de Conseiller économique et financier du Président palestinien, Yasser Arafat, on m’avait demandé si j’allais préparer, pour le futur, les conditions nécessaires à la mise en place d’un marché-commun entre Israël et la Palestine ?  J’ai répondu que j’étais opposé à la mise en place d’une telle organisation. Un marché commun n’est envisageable qu’entre deux économies comparables, sinon c’est l’hégémonie de la plus puissante sur la seconde. Dans notre cas, cela aura été la colonisation de l’économie palestinienne par les Israéliens.

Il en est de même des accords de libre-échange, ceux-ci ne sont profitables pour les deux parties, que s’ils concernent des économies de taille et de puissance comparables.

Le jeu est d’autant plus faussé, avec l’apparition des  méga-groupes internationaux comme Apple, Google, Facebook et autres Amazon. Plus puissants que les Etats, ils s’affranchissent unilatéralement, de toutes les règles communes, qu’elles soient commerciales, fiscales, ou relatives à la propriété intellectuelle.

La Chine, est devenue une des deux plus grandes économies mondiales, sans pour cela avoir respecté les normes des pays  développés. Aujourd’hui, elle ne songe à négocier des accords de libre-échange avec ses voisins, que pour étendre et consolider son influence régionale.

Le Maroc a, par exemple, des accords de libre-échange avec l’Union européenne et les Etats-Unis, il en subit le diktat des normes, des uns et des autres.

La mondialisation a institué le libre-échange comme un système universel, voir comme la nouvelle religion des mondialistes.

L’ouverture des frontières ne peut pas être une fin en soi, mais un instrument au service des peuples. Cela n’a malheureusement pas été le cas, les délocalisations, l’importation de la main-d’œuvre bon marché, n’ont bénéficié qu’à un très petit nombre et accentué les différences. Les fameuses libertés, défendues becs et ongles, par les technocrates de Bruxelles, libertés des capitaux, des marchandises, des services et des hommes, ont été, jusqu’à ce jour, essentiellement, au service des intérêts des élites mondialisées.

Il faut reconnaître, que si la mondialisation a posé un problème aux Nations, disparaissant tout doucement dans un magma indéfini, si elle a détruit des pans entiers de l’industrie européenne ; elle a, à contrario, sortie de la pauvreté des millions de personnes, venues du Sud, soit dans les usines délocalisées, soit dans les métropoles de l’Occident.

Cela a été fait au détriment des classes moyennes des pays développés, accompagné d’une crise identitaire. Ces peuples ne veulent pas mourir, et le font savoir par la seule arme qui leur reste, le vote. Cela est le cas en Amérique et semble vouloir l’être également en Europe.

Il est évident qu’il n’est pas souhaitable de se retrancher derrières les frontières, mais défendre « crânement » les intérêts essentiels des populations.

Attention, le protectionnisme, érigé en système, est aussi nocif qu’un libre-échangisme sans bornes.

La question, qui est devenue d’une actualité brulante, est : le libre-échange est-il un facteur de progrès pour les nations qui s’y conforment ? Si oui, dans quelles conditions ?