Voici ma chronique politique hebdomadaire du vendredi. C'est la dernière de la saison. Je reprendrai cette publication à la rentrée, la première semaine de septembre. Pour ceux qui partent, je leur souhaite de bonnes vacances.

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C’est un cadeau de Dieu, s’est exclamé le Président turc, Recep Tayyip Erdogan, pour évoquer le coup d’Etat manqué et surtout si mal préparé. Aussitôt, la machine répressive s’est mise en route, les purges succédant aux purges. Si Erdogan veut mettre au pas l’Etat turc, il veut surtout asseoir son autorité absolue. Il n’a jamais abandonné le rêve de faire de la Turquie un Etat islamique avec un Président (Erdogan) à vie, nanti de tous les pouvoirs.

Semaines après semaines, s’allonge la liste des exclus, des démis, des emprisonnés. Aucun secteur n’est épargné, à croire que ce coup d’Etat avait des ramifications dans tous les rouages de l’Etat et de la société civile. 45 journaux, 16 chaînes de télévision, 23 stations de radio, 15 magazines, 29 maisons d’édition, 3 agence de presse, 8832 soldats placés en garde à vue, 3718 placés en détention, 149 généraux et hauts gradés démis, 87 de l’armée de terre, 30 de l’armée de l’air et 32 de la marine, 1099 officiers, plus de 66000 fonctionnaires limogés, remplacés sans doute par des partisans du président, voilà l’ampleur de la purge, à ce jour. Elle s’est étendue, ces derniers jours, au domaine de la santé et à celui des affaires. Trois industriels de premier plan ont été mis en garde à vue. Le nombre des exclus doit être multiplié par 5 ou 6, si on prend en considération les familles touchées.

Il veut éradiquer l’influence de Fethullah Gülen, aujourd’hui, son ennemi mortel. Le même, qui alors son allié, dans sa marche au pouvoir, appelait : « les morts à sortir de leur tombe pour voter oui ».

Isolé sur le plan international, il hausse le ton contre l’Occident, s’en prend à l’Union européenne et traite les Etats-Unis de mauvais allié. Sa réconciliation avec Poutine et Israël, ne doit pas le leurrer. Poutine n’oubli jamais un affront, mais utilise pour le moment la Turquie, dans son poker menteur avec Washington. Faut-il rappeler à Erdogan, qu’Israël est maintenant allié avec les Etats arabes du Golf, en particulier l’Arabie saoudite, qui lui conteste le leadership au Moyen-Orient.

L’économie turque va moins bien, car la partie facile du rattrapage a été faite, comme en Chine. Les attentats, les violences policières et aujourd’hui, les purges, font fuir les investisseurs et les touristes.

C’est à un véritable changement de régime en Turquie, auquel on assiste.

L’Etat de droit est en train de s’effacer par l’absolutisme présidentiel d’Erdogan et par un système judiciaire sinistré. Ne va subsister que la raison du plus fort. L’opposition intérieure au régime ne va plus avoir d’autre choix que de se radicaliser, n’ayant plus rien à perdre.

En fait, Erdogan a réuni, ainsi, tous les ingrédients d’une explosion populaire, voir une révolution. Si le coup d’Etat devient impossible, si l’opposition est muselée, alors , il ne lui reste plus que la violence et l’assassinat. C’est ce qui risque d’arriver à Erdogan, tôt ou tard.