Chronique politique et économique de ce vendredi

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  La Russie a eu à faire face à la crise, qui a frappé toutes les économies occidentales, sans exception. À cette crise, s’est ajouté la chute des prix du pétrole et du gaz, qui a impacté les pays producteurs, plus ou moins sévèrement, suivant le degré de diversification de leur économie. Pour un pays, dont les revenus pétroliers, représentent plus de la moitié du budget de l’Etat, le choc pétrolier a été dur, et a amputé la richesse nationale de près de 5,5%. Mais, la résilience de l’économie russe, permet au ministre du Développement économique, Alexeï Oulioukaïev de déclarer : « Le contre-choc pétrolier entamé à l’été 2014, qui a entrainé le cours du baril à moins de 30 dollars, et provoqué une dégringolade du rouble, a finalement eu des conséquences très peu significatives. »

Aujourd’hui, l’inflation est officiellement évaluée à 7,3%, et le chômage stabilisé à 6,5%.

Les mesures d’assainissement du secteur bancaire, vont commencer à porter leurs fruits, dans les mois à venir. C’est plus de 137 établissements financiers, qui se sont vu retirer leur licence par la Banque Centrale. Et la purge n’est pas finie.

« La croissance ne reviendra pas d’elle-même » a déclaré le Président Poutine. Il a appelé à des réformes de structures.

Le gouvernement a pris conscience que la Russie est entrée dans une nouvelle normalité, caractérisée par un développement rapide des technologies, et une baisse de la demande de ressources naturelles. Il s’est résolument engagé dans la voie de la discipline budgétaire.

La relance ne va pas venir de la consommation, mais des investissements et de la mise à niveau de l’outil industriel. Le pays a une grande culture industrielle et des hommes formés, nécessaires au renouveau de la production industrielle.

Les commandes d’Etat repartent et des recettes sont attendues d’un programme de privatisations partielles, qui va concerné, particulièrement, le géant pétrolier Rosneft et le leader public des diamants, Alrosa.

Semble se dessiner une politique volontariste :  

développement des infrastructures,  soutien aux entreprises exportatrices non pétrolières, et aux investissements étrangers.

L’activité crédit reprend timidement, handicapé par le haut niveau des taux d’intérêts, amenant ipso-facto, une faible demande. Les sanctions occidentales qui pèsent sur les opérations de financement des grands groupes russes, ont amené, pour la première fois, la Banque Centrale, le 10 juin dernier, à abaisser de 0,5 point son taux directeur, le portant à 10,5%.

En octobre 2015, Vladimir Poutine considérait que le pic de la crise avait été franchi. Quelques mois plus tard, la Banque mondiale confirmait le fait, dans une formulation qui lui est propre : «  L’économie russe serait en train de tâter le fond ».

Tâter le fond, franchir le pic, les faits sont là : la résistance et la réactivité de l’économie russe a surpris plus d’un.

Les mesures adaptées à la situation présente, et l’augmentation des prix du pétrole, s’ils vont accélérer le retour à la normale, n’assureront pas une pérennité au développement. Le vrai défi auquel doit faire face le pays, est de fonder la croissance sur d’autres moteurs que les hydrocarbures. La hausse actuelle des prix du pétrole et du gaz, doit être mise à profit pour pousser la mise à niveau de l’outil industriel et la diversification des ressources de l’Etat.

Le succès européen du Forum de Saint-Pétersbourg, le Davos russe, préfigure une levée des sanctions, vraisemblablement progressive. La participation d’une substantielle brochette de dirigeants politiques européens, avec à leur tête  Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission européenne, marque une volonté, des uns et des autres, à trouver une issue à l’impasse dans laquelle se trouvent les relations russo-européennes.

Vladimir Poutine est condamné à réussir, il a une lourde responsabilité, non seulement vis-à-vis de son peuple, mais également d’un grand nombre d’Européens. Ces derniers voient en lui, le défenseur d’une société traditionnelle, enracinée dans son Histoire et sa culture, qui tient à ses racines, quand les leaders occidentaux font de l’individu déraciné et décontextualisé, le centre d’une société,  où la notion de famille devient une injure. Les populations occidentales, déboussolées, sont paniquées devant la décadence du modèle européen.

Poutine déclare que « seule l’idée patriotique est capable d’unifier la nation russe », oui, à condition que cette nation bénéficie d’une économie saine et pérenne.

L’économie russe est prête et doit rebondir. Vladimir Poutine, n’a-t-il pas déclaré qu’il était prêt à réformer son pays. C’est là,  le défi économique qui se pose à lui.

Poutine et la Russie, seraient-ils une chance pour l’Europe ?

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