Chronique politique hebdomadaire. Série: questions de société

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 La déchéance de la nationalité, projet porté par le Président français, François Hollande, n’arrête pas d’agiter le landernau politique français et au delà. Présenté comme une arme dissuasive contre les candidats au « Djihad », elle veut renforcer la panoplie mise à la disposition du gouvernement, dans sa lutte contre le terrorisme. On assiste là, à un faux débat, car nulle personne sensée, ne croit que cela tarira le recrutement de DAECH.

Cette agitation autour de la nationalité, nous amène à se poser la question : qu’est-ce que la Nationalité ?

Jusqu’à la Révolution française, ce qualificatif n’existait dans aucun langage, politique, juridique ou diplomatique. On résidait dans un pays ou région donnée et c’est le langage qui faisait le lien entre les habitants.

En 1778 on commence à parler de sentiment national, en 1860 apparaît le principe des nationalités. C’est en 1868 que le mot nationalité apparaît dans la rhétorique politique et plus tardivement dans le langage juridique. Ce n’est qu’en 1930, que la Société des Nations, lors d’une conférence dite de codification de la Haye, légifèrera en matière de Nationalité.

Le théoricien politique, David Miller propose cinq critères :

- Posséder des croyances communes et un engagement mutuel

- Occuper une période définie dans l’Histoire

- Démontrer un caractère national

- Occuper un territoire défini

- Posséder une culture populaire distincte

Pour ma part, je dirai que le sentiment d’appartenance doit être fort, au point de risquer sa vie pour défendre le territoire.

Pour certains, la Mondialisation a détruit petit à petit ce sentiment d’appartenance, le noyant dans une notion beaucoup plus vaste : citoyen du monde. La mondialisation a eu, en fait, un effet pervers, celui de raviver le sentiment du « clocher », un retour aux racines et à un communautarisme flamboyant.

Le Larousse définit la Nationalité comme l’appartenance juridique à la population d’un Etat. De sentiment, il n’est nullement question. On peut considérer cette définition comme restrictive, car la Nationalité est bien plus qu’un lien juridique.

La nationalité est une marchandise comme les autres, constate le FMI, dans une étude intitulée : « un passeport de complaisance ».

Malte, un des 19 membres de la zone euro, contre un investissement minimum de 1,15 million d’euros, vous intronise citoyen de l’ile. C’est vrai qu’il faut verser en outre 650.000 euros au Fond national et social de développement. Un peu plus loin, Chypre, contre sa citoyenneté, demande un investissement de 2,5 millions d’euros. On pourra citer encore : la République dominicaine, Grenade, Antigua et Barbuda. Mais que dire des grandes nations comme le Etats-Unis d’Amérique, qui contre un investissement de 5OO.OOO dollars, vous garantissent la fameuse « carte verte », sésame vers la citoyenneté. Ils sont suivi par le Royaume Uni et le Canada. Mais devant le succès de son programme, l’Etat fédéral du Canada y a mis fin. Près de la moitié des pays de l’Union européenne, dont la plupart en zone euro, ont adopté depuis 2009 de tels systèmes, en faveur des « investisseurs immigrants ». La France est la plus exigeante, elle impose un investissement d’au moins 10 millions d’euros. Le Portugal, avec son « Golden Visa » est devenu une terre d’accueil pour les retraités de toute l’Europe. Les nationaux Chinois sont, depuis ces dernières années, les plus gros demandeurs du « Golden Visa ». Ils représentent les trois quarts des nouveaux visas pour « investisseurs immigrants » émis par le Portugal, le Royaume uni, les Etats-Unis et le Canada.

Cette nationalité, vendue et achetée, va-t-elle rendre caduc l’amour de la Patrie ? Pour Ernest Rostand : "Une Nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a fait et de ceux qu’on est disposé à faire encore." Il ne prévoyait pas les dommages collatéraux de la Mondialisation, ni le règne absolu de la finance, internationale ou individuelle.