Chronique politique hebdomadaire, série : Un regard sur le monde.

----------------------------------------------------------------------------------------

La sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne est au cœur du sommet des 18 et 19 février à Bruxelles.

Donald Tusk, le président du Conseil européen, se plait à souligner   le risque de l’éclatement de l’Europe, en cas de départ des Anglais. Il dramatise à souhait, une situation qui n’est autre qu’un chantage. Chantage du premier ministre britannique, David Cameron, qui exige des modifications profondes dans le fonctionnement de l’Union, en faveur de son pays : Droit de véto du parlement sur les décisions du parlement européen, droit de regard sur la politique monétaire de la zone euro, dont le Royaume-Uni ne fait pas partie. En bref, David Cameron veut une Union européenne à sa main. Sinon, c’est le fameux Brexit.

Ce texte extravagant donnerait aux Etats le pouvoir, à tout moment, de réviser les traités, ou encore préjuger du résultat du processus législatif. Ainsi, la rigueur juridique est sacrifiée. L’accord, si il y accord, donnerai aux Britanniques un droit de regard sur certaines décisions relatives à la Banque européenne et aux budgets nationaux des pays de l’euro, tout en étant libérés de tout engagement. Par contre, aucune réciprocité n’est prévue concernant la Bank of England ou les choix budgétaires britanniques.

Certains responsables européens disent voir la sortie de Londres comme une catastrophe et annoncent l’apocalypse. Garder un partenaire comme la Grande-Bretagne, c’est en réalité accepter un frein permanant à la construction de l’Europe. Les Britanniques ont toujours voulu que l’Union se résume à un grand marché commun, sans ambition politique et encore moins une fédération des Etats membres.

La sortie de la Grande-Bretagne mettra un coup d’arrêt définitif au mouvement d’élargissement à marche forcée de l’Union européenne, Londres y voyant un moyen efficace de diluer la dynamique continentale menée par le couple franco-allemand. Sous l’influence de Washington, Londres a toujours favorisé une diplomatie aventureuse comme celle de la guerre d’Irak, la poussée de l’Union vers l’Est, jusqu’à l’Ukraine, avec dans les bagages, les missiles de l’Otan.

Avec la sortie du Royaume-Uni, s’établira une relation apaisée avec la Russie, loin de la nouvelle guerre froide Russie/Occident, que les Etats-Unis voudraient mettre en place.

Les négociateurs à Bruxelles, auront-ils le cran d’un Non, clair et définitif, aux exigences britanniques. Diront-ils à David Cameron : «  here is the door ».

Le Brexit serait une aubaine historique pour la ville de Paris : la City de Londres perdant l’essentiel de sa raison d’être, n’étant plus le centre financier de l’Europe.

La relation britannique au continent européen a toujours été ambiguë, sauf pour le général De Gaulle qui ne voyait pas, ce que le Royaume-Uni avait à faire, au sein de l’Union européenne. Le refus de Maastricht et de l’euro, illustre cette volonté  de favoriser le moins d’Europe possible. Londres est largement responsable de la construction inachevée de l’Europe. Les institutions nécessaires n’ont pas pu être mis en place, avant le lancement de l’euro.

Le Brexit est une chance pour l’Europe.

Le Brexit est une opportunité pour un sursaut européen.

Le Brexit, c’est l’heure de vérité pour les vrais européens.

Il est regrettable que cette importante question ne fasse pas l’objet d’un débat public, au parlement européen, en demandant à David Cameron de venir, en séance plénière, défendre ses exigences. Au lieu de cela, on assiste à des négociations informelles à huis clos.

L’Union européenne, est-elle fâchée avec la démocratie ?