Chronique politique hebdomadaire, série : Un regard sur le monde;

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Lorsque l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques implose, l’Amérique accueille cet événement planétaire, comme une victoire. Gagnante à ses yeux de la guerre froide, elle entendait que la Russie se conduise en Nation battue. Toute la stratégie du Pentagone va être de détacher les anciennes républiques soviétiques de l’influence de Moscou, en s’appuyant sur un allié docile, Bruxelles, et un instrument sur mesure, l’OTAN. 

Progressivement, on voit alors se développer un encerclement du territoire russe par les missiles de l’OTAN. L’entrée de l’Ukraine dans l’Union européenne et ipso facto dans l’OTAN, aurait parachevé la manœuvre, en mettant en prime, la marine russe sous son contrôle en Crimée, si Poutine n’avait mis le holà.

Ce dernier, depuis sa prise de pouvoir, n’aura de cesse à redonner à la Russie, sa place dans la communauté internationale, rendre leur dignité aux Russes, et s’assurer d’un retour gagnant sur la scène diplomatique.

Le drame syrien et le défi de l’Etat islamique, vont lui en donner l’occasion.

Allié à la Chine au Conseil de sécurité (ONU), il bloque toute décision qui pourrait nuire à son protégé, Bachar el Assad. Il considère avoir été trompé en Libye et assure qu’à Damas, il n’y aura pas un deuxième Kadhafi, dont on se rappelle encore la fin tragique.

C’est le grand retour de la Russie dans le monde arabe. En intervenant militairement dans le conflit, Moscou devient incontournable dans la recherche d’une solution en Syrie. La détermination russe et l’inaction américaine, plonge l’opposition non djihadiste à Assad, dans le désarroi. La chute d’Alep va achever la déroute de l’opposition modérée, elle va laisser, face à face, Bachar el Assad et l’Etat islamique, mais va aussi priver les Occidentaux de leur levier. La puissance de feu russe est en train de bouleverser le paysage politico-militaire de la Syrie.

En envoyant son armée au secours de Bachar el Assad, Poutine en fait le combattant contre le terrorisme et DAECH. La disparition des opposants syriens modérés, laisse les groupes djihadistes, des terroristes souvent mercenaires de l’Arabie saoudite, mener un combat contre Damas, qui n’est pas le leur. Poutine réussi ainsi un de ses objectifs, faire de Bachar el Assad, le héros de la guerre contre le terrorisme.

Allié à l’Iran, ennemi de l’Arabie saoudite, défenseur d’Assad, ennemi juré de la Turquie, Poutine par sa présence, défie ses deux puissances régionales. Mais l’une n’a pas les moyens de sa politique, et l’autre, avec son appartenance à l’OTAN, ne peut se permettre aucun aventurisme.

Après son annexion de la Crimée, son action volontariste au Moyen Orient, Poutine fait un véritable pied-de-nez à l’Europe avec ses  sanctions.

En s’engageant militairement en Syrie, Poutine prend sa revanche sur l’Amérique, vainqueur de la guerre froide, mais aussi, en affaiblissant et en divisant les Européens, il puni le suivisme de Bruxelles.

Poutine a toujours considéré l’implosion de l’URSS comme un drame, plus, une injustice. Le jour de la disparition du régime socialo-communiste, et l’adoption de l’économie de marché, les Occidentaux auraient du accueillir les bras ouverts le retour de l’enfant prodige.

Mais, suivant en cela l’analyse de Washington, ils vont faire preuve d’une réserve inappropriée et regrettable.

L’Amérique a sous estimé les capacités de régénération de l’Ours soviétique. Il semble qu’elle ait vendu sa peau un peu trop tôt.