Chronique politique hebdomadaire su vendredi

-------------------------------------------------------------

Le luth iranien a rejoint cet ensemble que l’on s’obstine à appeler « le concert des Nations ». Sa note, tantôt grave, tantôt aigrelette, contribuera-t-elle à améliorer la cacophonie ambiante.

Le bras de fer USA/Iran a enfin pris fin par l’accord nucléaire signé à Vienne le 14 juillet 2015. Le régime des mollahs peut considérer qu’il a gagné, l’économie de nombreux Etats occidentaux peut espèrer y trouver son compte. Mais, si l’accord nucléaire, arraché par l’obstination de Washington, récompense un Obama en fin de mandat, il enterre l’objectif premier recherché par les stratèges de la Maison Blanche : la fin du régime des mollahs.

Dès la levée des sanctions le 10 janvier dernier, la Chine a mis en place un programme d’échanges de plus de 600 milliards de dollars sur dix ans avec l’Iran. Dans la foulée de la récente visite de Xi Jinping à Téhéran, Rohani, le président iranien, a entamé une série de visites dans les capitales européennes. Tel un père Noël tardif, il a retiré de sa hotte, 17 milliards d’euros de contrats pour l’Italie dans l’énergie, la sidérurgie et les infrastructures, et pour la France, une commande de 118 Airbus pour 25 milliards d’euros, des accords de développement pour Total et Renault, la modernisation des aéroports pour Vinci et ADP (Aéroports De Paris) et enfin le retour de PSA sur le marché iranien. Trente-cinq années de diète donnent faim et l’Iran a récupéré ses moyens financiers et ceux de commercialisation de son pétrole, pour y faire face.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, l’Arabie saoudite n’était plus considéré comme un allié fiable par les Américains. Sur 19 terroristes, 15 étaient saoudiens. L’indépendance énergétique retrouvée de l’Amérique a achevé le retournement des alliances.

L’Iran, hier encore le Mal incarné, est devenue incontournable aussi bien pour la guerre à l’Etat islamique que pour trouver une solution en Syrie. Le retour de l’Iran sur la scène politique mondiale, est un évènement majeur qui bouleverse la donne  géopolitique et économique mondiale. Il redevient un acteur important au Moyen-Orient, contestant le leadership à la Turquie et à l’Arabie saoudite. Malgré une quarantaine de trente années, l’Iran reste la troisième économie du Moyen-Orient (pour le moment). Avec plus de 80 millions de consommateurs, une classe moyenne importante, urbaine, éduquée et avide d’ouverture sur le monde, 700.000 diplômés de l’enseignement supérieur par an, des entreprises au dynamisme incontestable, le pays va faire un bond en avant dans tous les domaines. Comme par hasard, l’activité bancaire est toujours soumise aux sanctions. Cet handicap, voulu par les Américains, va obliger les Iraniens à trouver des solutions en dehors du dollar.

Si Washington a perdu son pari concernant le régime des Mollahs, c’est l’ouverture au monde, le développement, le pouvoir d’achat retrouvé, l’afflux des touristes, qui feront vaciller le régime. Il aura à se réformer malgré les conservateurs ou à céder la place.