Reflexions sur un incident grave Turquie/Russie

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Mardi dernier, 24 novembre, l’aviation syrienne a abattu un avion Su-24 de l’armée russe. C’est un incident sans précèdent, qui va envenimer les relations, déjà tendues, entre Ankara et Moscou.

« C’est un coup dans le dos porté par les complices du terrorisme » a déclaré Poutine, le Président russe, en promettant « des conséquences sérieuses ».

Moscou peut choisir l’escalade en s’attaquant aux avions turcs qui bombardent les Kurdes, en dehors de leur espace aérien. Elle peut se satisfaire d’une démonstration de force en abattant un ou deus avions militaires turcs. Mais l’attaque turque ne devrait pas inaugurer un cycle de représailles, même si la vengeance est un plat qui se mange froid. Aucune des deux parties n’a intérêt à s’engager sur la voie de la confrontation. Les deux partenaires sont engagés dans des projets énergétiques communs et d’importance.

Washington veut tenir l’Otan en dehors de cette crise qu’elle considère ne concerner qu’Ankara et Moscou.

Cet incident, voulu par Erdogan, aura des conséquences, au delà des relations turco-russe. La grande coalition anti-Daech, prônée par le Président français, François Hollande, a pris également un coup de poignard « diplomatique » qui démontre qu’elle ne plait pas à tout le monde et apparemment pas au Président turc.

Turquie et Russie sont indispensables pour une éventuelle coalition, mais c’est un attelage difficile entre ces deux possibles alliés, irréconciliables sur le sort de Bachar el-Assad et ambigus sur leur détermination à lutter contre l’Etat islamique.

Lorsque en 2004, l’Etat islamique commence à prendre de l’importance, Erdogan n’hésite pas à pactiser secrètement avec lui. Ennuyeux pour un allié de l’Amérique, un membre de l’OTAN et un candidat à l’entrée dans l’Union européenne, mais Erdogan est un islamiste convaincu qui louvoie entre ses engagements contradictoires. Il laisse passer les armes à destination du » Calife » El Beghdadi, Les militants de l’Etat islamique blessés, sont soignés sur le territoire turc. La Turquie d’Erdogan n’a pas accouru à l’aide de Kobané assiégée. C’est l’aviation américaine qui viendra en aide aux Kurdes défenseurs héroïques de leur ville. L’Europe est scandalisé et l’Amérique « désappointée ».

 Erdogan exploite la naïveté des occidentaux, en particulier de la Chancelière allemande, par la présence sur son sol, de plus de deux millions de refugiés.

Au risque de provoquer une déflagration majeure, l’islamiste Erdogan veut tuer dans l’œuf la coalition anti-Daeche que le Président français tente  d’édifier. On n’est plus dans des rapports entre alliés, mais dans des rapports de force.

C’est que la course à l’Hégémonie entre la Turquie, l’Iran, l’Arabie saoudite et sur un certain angle la Russie, s’est exacerbée par le vide laissé par les Etats-Unis. Ces Etats-Unis, à l’origine du chaos au Moyen Orient, qui considèrent leurs intérêts au Pacifique prioritaires.

La posture d’un Erdogan, atlantiste, islamiste modéré, démocrate, a volé en éclats. En accourant au secours de l’Etat islamique, Erdogan a laissé tombé le masque.