Chronique politique hebdomadaire du vendredi

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Depuis 2011, la Syrie est dévastée par une guerre civile, qui au fil des années, accompagnée de plus de 250000 morts, est devenue également une guerre énergétique, une guerre par procuration et pour une grande partie des belligérants une guerre sainte.

  Cette guerre illustre le patchwork qu’est le monde arabe, avec ses luttes intestines, les ambitions d’hégémonie des uns et des autres et les soutiens inavoués d’Etats comme le Qatar ou l’Arabie Saoudite, de milices djihadistes ou tout simplement terroristes. Outre l’Armée syrienne libre, on rencontre sur le terrain, le Front islamique, une alliances de brigades islamistes sunnites, tout ce monde soutenu, sponsorisé, appuyé plus ou moins ouvertement par les pays du Golf, , la Turquie et l’Occident mené par les Etats-Unis.

En face, résiste depuis plus de quatre ans, le Régime syrien avec à la tête Bachar el-Assad, aidé par le Hezbollah, les brigades chiites irakiennes et surtout l’Iran et la Russie.

L’arrivée des salafistes djihadistes, représentés principalement par le Front al-Nostra, branche syrienne d’Al-Qaïda va polluer l’ensemble et neutraliser l’Occident qui ne peut plus intervenir directement sans aider de-facto Al-Qaïda.

C’est dire les difficultés que doit affronter tout « faiseur de paix » comme l’ONU, neutralisée par le véto sino-russe. Pendant longtemps, Washington a ignoré Moscou, persuadée que la situation sera assainie par la victoire des révoltés et leurs alliés. C’était sans compter sur la détermination d’un Poutine appuyé par Téhéran et l’irruption sur la scène syrienne déjà bien encombrée, de l’Etat Islamiste de El-Beghdadi : DAE’CH.

 Une solution politique sera possible, si tous les acteurs, sans exclusive, s’assoient à une même table et abandonnent les grandes théories pour le pragmatisme. Devant l’entêtement de certaines puissances, en particulier la France, à exiger le départ du Président syrien avant toute négociation, l’Iran et la Russie exposent leur crainte d’un effondrement des institutions dans la foulée d’une élimination de Bachar et de son clan, qui engendrera un chaos où s’engouffreront des monstres. Observez la situation en Irak et en Libye. Ce message semble avoir été reçu 5/5 par Obama.

Aussi, le sommet de Vienne du vendredi 23 octobre 2015 consacré à la guerre en Syrie, souligne le retour, au XXIe siècle, de la Realpolitik.

 Voilà quatre pays, totalement différents quant à leur puissance, ou à leur régime politique,  au delà de leurs divergences, qui décident de se mettre autour d’une table afin d’esquisser, ensemble, un avenir pour la Syrie.

Ces quatre puissances ont écarté le France, estimant que devenue plus royaliste que le Roi (USA) en politique étrangère, elle n’apporte aucune valeur ajoutée diplomatique particulière. On n’a même pas retenu la France pour jouer un rôle de médiateur, trop rigide dans ses postures à l’égard du maintien ou non de Bachar el-Assad. Marginalisée, la France a peu d’atouts pour revenir dans le jeu diplomatique. Laurent Fabius, le Ministre français des Affaires étrangères, n’a pas été invité à la première réunion de Vienne du 23 octobre dernier, pas plus qu’à la rencontre quadripartite, organisé jeudi 29 octobre, en amont de la réunion du 30 octobre, entre les Etats-Unis, la Russie, l’Arabie saoudite et la Turquie. La France est « hors-jeu » au Proche-Orient, donner des leçons de morale ne fait pas de vous une grande puissance écoutée. La Russie, qui joue un rôle central en Syrie depuis son intervention militaire, a fait savoir aux diplomates européens qu’elle n’était pas « mariée » avec Bachar el-Assad, mais qu’il n’y aura pas un second Kadhafi. Elle veut conserver Tartous, sa seule base navale en Méditerranée, et nourrir sa double image d’alliée fidèle et de protectrice de la chrétienté d’Orient. En lançant un vrai processus politique dans la foulée de son offensive militaire, Moscou a montré tout son sérieux. L’Amérique se sent, enfin, le devoir moral de réparer un chaos qu’elle a crée par son invasion irakienne de 2001.

À Vienne, en entrant dans le détail de la transition, chacun commence à s’habituer à une Syrie post Assad, y compris ses soutiens russes et iraniens. L’impossibilité de remporter un succès décisif pousse tout le monde à la négociation. C’est toujours au moment où la guerre atteint son paroxysme que se préparent les conditions de la paix.

On arrive à cette paix parfois par les armes, toujours par le dialogue.