Chronique politique hebdomadaire du vendredi

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On culpabilise devant l’impérialisme du « politiquement correct ». Devant cette pression constante à nous formater, les termes finissent par perdre leur signification première, quand ils n’héritent pas d’une nouvelle définition. Nous ne devons pas dire ou écrire : un aveugle, mais un non-voyant, un sourd-muet devient un malentendant et un balayeur des rues, un technicien de surfaces. On peut, à l’infini, citer ce nouveau vocabulaire qu’on nous impose.

C’est ainsi que le terme tolérance a perdu sa signification première, pour, aujourd’hui, sublimer des rapports de sociétés pour le moins hypocrites. Car la Tolérance que nous retrouvons dans le discours politique, veut nous faire croire à une égalité parfaite dans les droits et les devoirs. Que nenni, un pays tolérant, de par le fait de tolérer, souligne au contraire, les différences de traitement de chacune des catégories formant la société.

La tolérance, aujourd’hui, est devenue un fourre-tout où on mêle joyeusement, l’indifférence, une pseudo égalité, de l’indulgence et une complicité dédaigneuse.

Je te suis supérieur, mais j’accepte de te tolérer. Dans ma mansuétude, je te tolère comme un égal, mais en réalité et au mieux, tu m’indiffères.

Plusieurs auteurs et intellectuels, pas des moindres, se sont penchés sur le thème de la Tolérance.

Pour certains c’est une conscience du mal qui ne peut pas être combattu sans produire un mal plus grave. Pour Jean Rostand : il est dans la Tolérance un degré qui confine à l’injure. À l’opposé, pour Jules Lemaitre de l’Académie française : la Tolérance est la charité de l’intelligence.

Descartes disait que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies et ne considérons pas les mêmes choses.

Gandhi disait : je n’aime pas le mot Tolérance, mais je n’en trouve pas de meilleur. Ce à quoi rétorque Paul Claudel : la Tolérance ? il y a des maisons pour ça.

On oppose souvent Tolérance à Indifférence. André Maurois écrivait : l’indifférence n’a pas besoin de tolérance, le vrai mal de la vieillesse n’est pas l’affaiblissement du corps, c’est l’indifférence de l’âme.

Je n’aime pas la Tolérance. Pour moi, elle est l’expression ultime de la ségrégation. Elle souligne la différence et la supériorité des uns sur les autres.

La vrai tolérance c’est : le vivre ensemble, égaux, libres, avec les mêmes droits et devoirs. Je suis le produit d’une époque récente où l’on ne fermait pas les portes des maisons, où on entrait pour un oui, pour un non, pour du sel ou du sucre, pour annoncer un mariage ou un départ. Une époque où les vieux terminaient leurs jours à la maison, au milieu des leurs. On ne connaissait pas encore les maisons de retraite, pour ne pas les appeler Mouroirs. Les bébés n’avaient pas de race ni de religion. Les mamans donnaient leurs seins au nourrisson qui en avait besoin. A cette époque, aux frères de sang, s’ajoutaient les frères de lait, un lien tout aussi puissant. On ne se tolérait pas, on vivait ensemble.

L’évolution de l’habitat, l’influence de l’urbanisme sur notre mode de vie, l’arrivée des immeubles et des tours, les résidences sécurisées, sont en train de détruire ce que le Maroc, qui n’est pas tolérant (une légende) avait réussi à développer : l’art de vivre ensemble.

Les problèmes de la Tolérance peuvent apparemment sembler en rien concerner la géopolitique et les évènements qui agitent aujourd’hui la planète. Mais tolérance et son envers l’intolérance, animent tous les conflits qui envahissent notre quotidien et nous interpellent.

L’intolérance est l’arme favorite des belligérants, en Afrique, au Moyen-Orient ou ailleurs. Les exemples ne manquent pas, le conflit israélo-palestinien, DEICH en Irak et en Syrie, Boko Haram en Afrique, la guerre civile en Syrie, etc.

Le monde arabe est aujourd’hui en ébullition : Sunnites contre Chiites, avec un affrontement sourd et indirect entre l’Iran et l’Arabie              Saoudite. Pour la plupart d’entre eux, la Tolérance est un manque de Foi.

Au risque de heurter les adeptes inconditionnels de la Tolérance, les sociétés religieuses ne subsistent que par la Foi, la croyance, le dogme et l’intolérance.

Sauvons cet art dont le Maroc a toujours était fier : l’art de vivre ensemble.